‹ De la méthode littéraireChapitre 340 sur 424 · Valeur de ce terme · texte numérisé non relu

Valeur de ce terme

Ce mot, comme presque tous ceux qui désignent des idées nouvelles, a pris d'abord un sens négatif. Le romantisme était surtout la négation du classicisme. Phénomène aussi fréquent que naturel ! Nous connaissons les choses que nous avons sous les yeux, et nous savons fort bien que nous n'en voulons plus ; l'avenir, au contraire, est toujours nébuleux, et pas plus dans les lettres que dans la politique, nous n'arrivons à définir aussi exactement la cité future. « Le moi se pose en s'opposant », disait Fichte. L'avenir se dessine en s'opposant au passé ; le romantisme a su d'abord qu'il différerait en tout de l'âge précédent ; les hommes de la Constituante ont défini leurs })rincipes par opposition aux abus de 1 Ancien Régime ; on trouve la forme nouvelle en brisant la forme précédente.

Bien plus ! L'esprit humain est tellement timide, il procède si bien, comme la nature, par tâtonnements incertains, qu'il aime à se rattacher toujours et malgré tout au passé. Rompant avec le passé d'hier, il cherche volontiers

000 LE ROMANTISME ET l.k REVOLUTION

un ancêtre dans le passé d'avant-hier. De là le second caractère du romantisme naissant. De même que les Constituants, pour briser les abus de la Monarchie, prétendaient revenir aux vieilles « franchises » du moyen âge, de même M'"*' de Staël, pour rompre avec les conventions imposées par la Renaissance, croit se rattacher aux « traditions chevaleresques » et au pur christianisme. Et ceci également répond à un instinct de la nature. On a comparé la marche de l'humanité à une spirale ascendante, chaque spire la faisant repasser par un cercle un peu plus grand mais parallèle au cercle déjà parcouru... Nil novi sab sole! Tout recommence ! Il n'est pas une idée qui n'ait été annoncée dans le passé, pas un progrès que n'aient entrevu nos pères...

De là le double sens du mot « romantisme » dans M"* de Staël: roman, c'est-à-dire contraire à la règle classique du xvii" siècle ; roman, c'est-à-dire qui revient aux traditions romanes du christianisme sans mélange.

Nous verrons quelles nouvelles nuances y ajouteront les romantiques de la génération suivante, à mesure qu'ils prendront conscience de leur force et de leur talent.

2"' Note : Les premiers sentiments romantiques chez un adolescent, de 1800 à 1805.

Texte de Lamartine : Préface des Méditations, écrite en

Page 1