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CINQUIÈME PARTIE

II y a trente ans encore, les programmes ne proposaient guère aux élèves que des auteurs du xvir' siècle. De 1881 à 1902, ceux du xviii" siècle y devinrent de plus en plus nombreux, et ils occupent aujourd'hui la place qui leur revient. Les écrivains du xix" sont moins bien partagés. On ne nous offre que trois volumes (i) :

Les chefs-d'œuvre poétiques de Lamartine ;

Les Extraits de Victor Hugo ;

Un choix des principaux historiens du XIX' siècle.

Le programme de Première D ajoute les Extraits des écrivains scientifiques, et invite k étendre les lectures et interrogations aux « principaux écrivains du siècle». Celui de Première G nous arrête en i85o. Les Universités, d'autre part, paraissent assez circonspectes : dans le recueil Jasinsri, nous trouvons trois sujets sur le théâtre romantique et trois sur le théâtre de Victor Hugo ; quatre sujets sur Lamartine, dix sur les recueils lyriques de Victor Hugo, deux comparaisons entre Hugo, Musset et Lamartine, et trois formes de la question : « Quel est votre poète préféré ? » ; plus quatre sujets sur Augustin Thierry ou la définition du genre historique ; — en tout 29 sujets sur 894 donnés par les Universités de province de 1902 a 190*7.

Ce n'est pas que l'on considère les plus grands auteurs

(i) Le XIX' siècle occupe une place, mais bien modeste, dans le Choix des Moralistes français. Nous ne pouvons guère l'indiquer que pour mémoire,

SgO nu ROMANTISME AU REALISME

du xixe siècle comme moins respectables que Corneille, Bossuet, Voltaire ou Jean-Jacques... Depuis que le millésime est changé, à mesure que nous avançons dans le vingtième siècle, nous sentons reculer l'époque précédente et se modifier les perspectives. Déjà les romantiques sont, pour les jeunes gens, des ancêtres à peu près aussi lointains que les classiques ; les grands écrivains de la seconde moitié du siècle ne sont plus des « contemporains » pour votre génération, et l'heure des Pages choisies a sonné pour beaucoup d'entre eux. 11 est donc probable que les prochaines commissions officielles ne seront pas si timides que celle de 1902 et feront une place plus importante au xix'^ siècle. — Mais nous vivons aujourd'hui sous le régime de 1902 ; vous n'êtes pas du tout préparés à disserter sur ces auteurs ; et nous ne pouvons que remercier les Facultés de leur prudence. Contentons-nous donc de voir, sur les points auxquels doit se borner notre enquête, ce qui, chez les romantiques, peut attirer notre attention ; tâchons de distinguer en eux des parties caduques, périssables ou déjà mortes les beautés durables que la postérité admirera sans réserves. Un critique ingénieux a voulu montrer, jadis, le « romantisme des classiques » ; nous chercherons, au contraire, ce qui, chez les poètes de i83o, doit être considéré comme se rapprochant du goût moyen de tous les siècles : nous essaierons de définir ce qu'il y a de classique chez les romantiques. — Quant à la seconde moitié du siècle, qui nous est presque interdite, nous y pénétrerons avec les historiens ; mais je vous laisserai le soin de juger ensuite, sans mon aide, les romanciers et les poètes. La méthode qui vous a conduits jusqu'au seuil de la période contemporaine doit suffire seule, dans l'avenir, à diriger votre jugement. Le but du maître, nous l'avons dit plus dune fois, est de se rendre de moins en moins indispensable ; il n'est satisfait que le jour où vous avez acquis le moyen d'appliquer sans lui ses conseils, où il vous a mis en état de lire et déjuger par vousmêmes.

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