LA SENSIRIMTK DE VICTOR HUGO
et des albums pour les dessiner... Ce sont bien là des « choses vues » ; un grand-père même n'inventerait pas cela :
Les petits — quand on est petit, on est très brave — Grimpent sur mes genoux ; les grands ont un air grave. Ils m'apportent des nids de merles qu'ils ont pris, Des albums, des crayons qui viennent de Paris ; On me consulte, on a cent choses à me dire I
Et lui :
J'admire les crayons, l'album, les nids de merles...
Il admirerait, il admire, n'en doutez pas, les pièges à souris, les soldats de plomb et, qui sait même ? pipes, cigarettes...
Non, pas les cigarettes ! Car, décidément, vous avez eu tort de le croire faible à l'excès. Il n'encourage plus les choses défendues, il n'ébranle plus l'autorité ! Et à toutes ces « leçons de choses », il en ajoute une dernière à laquelle vous ne vous attendiez pas : les enfants rendent, en sa personne, un hommage à l'autorité. Aux compliments que nous avons remarqués, ils joignent celui-ci, parti du fond du cœur :
U est du même avis que Monsieur le Curé !
Fine et juste remarque ! Toutes les autorités sont sœurs. Les enfants excellent à surprendre les contradictions, même légères, entre les personnes « également constituées en dignité » ; ils sentent queux aussi doivent « diviser pour régner » ! Entre la famille et le professeur, le professeur et l'aumônier, ils cherchent (et de quelle oreille !) les plus fines dissonances, et leur joie... votre joie est sans bornes quand vous pouvez nous donner tort à tous en même temps... Ici, le pouvoir civil et le pouvoir spirituel sont d'accord. Rien ne produit un plus puissant effet sur les masses. Victor Hugo s'en réjouit ; il est d'autant plus flatté qu'il n'a pas toujours pu se féliciter, en ce qui le concerne, d'une pareille harmonie !
628 r)U ROMANTISME AU RKALISME
Mais ceci pourrait nous mener bien loin. Revenons vite au dialogue entre le poète et les enfants.
6) Les paroles.
Le dialogue, jusqu'ici, tout anime qu'il pût être, était plutôt en gestes et en actes qu'en discours... Or c'est dans les discours surtout que triomphe Victor Hugo.
Ils disent...
Que je raconte, à l'heure où la lampe s'allume,
Oh ! des contes charmants qui vous font peur la nuit,
Et qu'enfin je suis doux, pas fier et fort instruit.
N'est pas instruit qui veut dune pareille science ! Et plus d'un parmi nous serait embarrassé si ce jeune auditoire le mettait dans la situation où le poète se représente.
Puis, lorsqu'ils ont jasé tous ensemble à leur aise, Ils font soudain, les grands s'appuyant à ma chaise. Et les petits toujours groupés sur mes genoux, Un silence, et cela veut dire : Parle-nous.
Silence redoutable pour ceux qui n'ont pas l'imagination de Madame de Ségur ou l'esprit d'Alphonse Daudet ! Silence encourageant pour l'auteur de l'Art d'être grandpère; car il était capable d inventer l'histoire du Général Doarakine ou les Malheurs de Sophie, et d'y joindre les contes charmants par lesquels le Petit Chose ravissait les w petits >> du collège de Sarlande.
Sa verve était intarissable. ()ue lui demandaient les enfants ? Des contes fantastiques, des contes dramatiques, des contes « qui vous font peur la nuit ! » En cela ils ressemblent aux hommes, qui trouvent l'existence plate et morne et veulent au moins soll'rir des émotions dans les livres. Malheureusement, les exemples qu'il nous donne dans la seconde partie de cette pièce ne sont pas des plus heureux. Soyez certains qu il s'est calomnié; il n'a pas rappelé son meilleur répertoire. C'est dans d autres recueils qu'il faut chercher des exemples. En connaissez-vous ?
A. — On en trouve dans les pièces en décasyllabes des