LA SENSIBILITÉ DE VIC'BOU HUGO ÔSQ
Contemplations (Pauca mex)... Celle qui commence par les vers :
Elle était pâle et pourtant rose,
Petite avec de grands cheveux,
B. — Va surtout la dernière, où il rappelle les jeux avec ses enfants, « sur la colline qui joint Montlignon à Saint-Leu »...
O souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
Lorsqu'elle était petite encore, Que sa sœur était tout enfant...
C'est là que nous vivions ! Pénètre, Mon cœur, dans ce passé charmant...
Plus loin, je ne me rappelle plus.
— Ouvrez le livre. Ceci n'est pas une digression : nous commentons l'auteur à l'aide de l'auteur lui-même ; nous le prions d'expliquer le sens de son expression : « contes charmants », il nous répond par des exemples. Cherchez-les dans notre Recueil.
— Le soir, comme elle était l'aînée, Elle me disait : Père, viens !
Nous allons t'apporter ta chaise, Conte-nous une histoire, dis I Et je voyais rayonner d'aise Tous ces regards du Paradis.
Alors, prodiguant les carnages, J'inventais un conte profond, Dont je trouvais les personnages Parmi les ombres du plafond.
— Le sujet de ces contes est généralement une bataille. Qu'est-ce qui ravit les enfants à Guignol ?
J. — Le gendarme rossé par Polichinelle.
— Ou même Polichinelle par le gendarme. Pourvu qu'il y ait des coups de bâton bien appliqués, l'auditoire est
63o DU ROMANTISME AU REALISME
satisfait. Pourtant, je reconnais que sa joie est au comble quand la ruse trionaphe de la force, la beauté de la laideur et l'esprit de la sottise :
Toujours, ces quatre douces têtes Riaient, comme à cette âge on rit, De voir d'affreux géants très bêtes Vaincus par des nains pleins d'esprit.
D'autres sujets étaient plus fins, moins fantastiques, empruntés à la vie de chaque jour. M. Faguet refuse à Victor Hugo tout autre genre d'esprit que la bouffonnerie, celle qu'il a définie dans Rabelais :
... Et cet éclat de rire énorme Est un des gouffres de l'esprit.
Les enfants donneraient à M. Faguet un énergique démenti. Leur grand ami savait sourire ! Il observait ce petit monde ; il en saisissait les naïvetés, les ridicules ; et il trouvait la matière de ses contes dans les aventures mêmes de ses jeunes auditeurs. Bien entendu, ses plaisanteries ne prennent jamais la forme de la moquerie ; il déteste la moquerie ; il sait qu'elle n'est guère que « l'indigence d'esprit «.
... J'aime le rire, Non le rire ironique aux sarcasmes moqueurs, Mais le doux rire honnête ouvrant bouches et cœurs...
Il a tort de comparer ensuite les dents à des perles. C'est la seule tache de ce charmant récit : le mot est impropre, et les perles fausses ! Passons : nous avons trop de motifs pour lui pardonner cette faute unique ; et revenons au psychologue de l'enfance. Il la connaît admirablement... Les enfants (il le sait), si naturellement moqueurs, si cruels quand on les laisse faire, sentent très bien ce qu'il y a d'odieux dans la taquinerie lorsqu'on prend soin de leur faire aimer un autre genre d'esprit ; il est aussi facile de leur inspirer le mépris de la raillerie méchante que de leur en laisser prendre la détestable ha-