DERNIÈRES INDICATIONS GÉNÉRALES
— A quelle date finit le romantisme ?
B. — Les manuels d'histoire littéraire rattachent à la chute des Burfjraves, en 1847, '^ ^" '^^ ^^ période romantique.
— C'est bien aux environs de i85o, en effet, que le public éprouva le besoin de revenir, au moins en par-
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tie, aux principes de l'art classique. Pendant un siècle entier, depuis l'apparition de J.-.I. Rousseau, on avait volontiers subordonné la raison à la sensibilité. La littérature avait été surtout lyrique, poétique, s'adressant plus au sentiment et à l'imagination qu'au jugement, cherchant plus à émouvoir qu'à convaincre, et à suggérer de beaux rêves qu'à faire connaître la plate, la triste réalité... En i85i, on était un peu las des rêves : des rêves littéraires, parce qu'ils avaient beaucoup perdu de leur fraîcheur; des rêves politiques, parce qu'ils venaient d'échouer et que le coup d' Ktat semblait en consacrer la faillite ; des rêves philosophiques eux-mêmes, parce que l'idéologie n'avait paru mener à rien, et (jue la bourgeoisie se résignait à ne plus s'occuper que d'affaires, sans prévoiries malheurs à venir. Au milieu de toutes ces ruines, une seule force grandissait, et celle-là même, quoiqu'elle dût devenir la source d'espérances ou d'illusions nouvelles, frappait plutôt alors par son caractère positif : cette force était la science, celle qu'avait entrevue Descartes et qui était en train de faire de la vision du philosophe une réalité tangible. Les grandes énergies de la nature, définies au xviii® siècle, étaient depuis près de cinquante ans au service de l'humanité ; si l'on ne faisait qu'entrevoir l'avenir de la chimie et de l'électricité, si le domaine de l'air ne devait pas s'ouvrir avant le xx*^ siècle à l'audace de nos Proraéthées, la machine à vapeur avait déjà donné aux terres civilisées l'aspect que nous leur voyons aujourd'hui... Aussi allons-nous constater de plus en plus, même dans les choses littéraires, l'influence toute-puissante de Y esprit scientifique.
Une explication de la Nature par la Science, de la nature extérieure, de l'univers qui nous entoure et de l'humanité que dominent les forces du grand Cosmos : voilà ce que saluèrent dans la philosophie, dans la poésie, dans l'histoire, et jusque dans les genres qui semblaient le plus détachés des soucis de cet ordre, le roman et le théâtre, les jeunes écrivains de i85o. Voilà ce que voulurent plus ou moins réaliser les hommes qui, dès leur trentième année, apparaissaient comme les guides de la gêné-
ration nouvelle... Ils le sont restés un demi-siècle, et la génération suivante a subi leur ascendant. Je ne puis vous dire de quelle admiration, à la fois familière et respectueuse, la jeunesse de 1880 à 1890 entourait ces grands vieillards. Nous avions foi en eux, dans leur œuvre, dans leur influence, plus encore peut-être qu'eux-mêmes, dont 1 âge avait calmé l'ardeur. Tandis que Renan poussait le dilettantisme jusqu'à douter (en apparence) des thèses qu'il avait constamment soutenues ; tandis que Taine allait s'interrogeant sur les conséquences incertaines de telle ou telle de ses plus chères doctrines, nous admirions en bloc leur vie tout entière, et nous trouvions honorables, mais excessifs, leurs doutes ou leurs regrets. Si V Avenir de la Science de Renan avait témoigné d'une confiance un peu naïve, il n'en reste pas moins vrai que tout ce qui contredit la Science est mort ou moribond, et que seules sont appelées à vivre dans l'avenir les traditions assez souples pour évoluer avec elle.
C'est ce que nous disent, après Renan et Taine, les plus éminents de nos contemporains, (i) Et comme ils nous ramènent à notre point de départ, comme nous retrouvons en eux l'accent de Descartes et de Pascal — le Pascal du Traité du Vide — nous pouvons rattacher sans crainte nos conclusions à nos prémisses ; les caractères du monde moderne, définis par les premiers, sont très peu différents de ceux que nous retracent les derniers; et la meilleure préparation à la lecture des grands écrivains modernes est encore d'avoir fait, à l'école des auteurs classiques, l'éducation de son jugement.
(i) Lire à ce sujet, en Philosophie ou plus tard : Boutroux, La contingence des lois de la nature : Behgson, Matière et mémoire. L'évolution créatrice.
A. — Des rapports de la Science et de la Poésie.