SCÈNES ET PORTRAITS HISTORIQUES
— Les hommes :
— ofTiciers du palais, barbares ou Romains dorigine;
— familles gauloises ou barbares exerçant tous les métiers nécessaires à la colonie (Ici encore, énumération de détails techniques, orfèvrerie, fabrique des armes, tissage, corroierie, broderie en soie et en or, préparation de la laine et du lin).
— Le cadre : la grande forêt gauloise oîi chassent les chefs mérovingiens.
De sorte que ces mots modernes prennent, par leur rapprochement, une valeur historique. Ce n'est qu'à une certaine époque, sous un certain régime politique, dans un certain état économique et social, qu'un grand chef vit ainsi de la vie rurale, la vie rurale étant la seule connue, et se subordonnant les industries indispensables à une société naissante. Cette existence est d'ailleurs toute proche encore de la vie forestière, telle que l'avaient aimée jusque là les Germains, et la chasse reste la grande distraction de l'aristocratie franque, même lorsqu'elle a cesse d'être nécessaire à sa nourriture.
B. — Les autres images sont indiquées par des mots latins ou germaniques , sous la forme qu'ils avaient dans la langue du vi'" siècle. Rien ne nous dépayse, en effet, plus puissamment que l'emploi de ce procédé. Mais Augustin Thierry sait qu'il faut en user avec discrétion; autant un de ces mots produit de l'efiet lorsqu'il est préparé, expliqué à l'avance, lorsqu'il évoque en nous un cortège d'images précises, et porte avec lui son histoire, autant il resterait un son vide et puéril, un ornement prétentieux et inutile dans d'autres conditions.
Ainsi, pour l'habitation, Augustin Thierry juge inutile de recourir à ce genre d'enluminure. Il lui suffit de remarquer que les portiques sont « construits en bois poli avec soin, ornés de sculptures qui ne manquaient pas d'élégance » : nous comprenons que cette ferme est la résidence d'un chef.
Le premier mot ancien qu'il emploie lui paraît néces-
saire pour désigner les hommes, parce que les institutions changent plus que les choses de la campagne, et que l'idée, germanique ou latine, n'a plus ici d'équivalent exact dans celles du \i\« siècle. Clother est toujours le chef d'une bande germanique; les hommes de son entourage immédiat se sont bien, comme lui, comme son père Chlodowig, déguisés à la romaine ; mais d'autres continuent à constituer, avec leurs guerriers, la truste du roi, sous un engagement spécial de vasselage et de fidélité... La truste nous reporte à un passé plus lointain, au temps où les Francs campaient dans les forêts de la Germanie; le vasselage é\e\\\e des images plus récentes et nous montre au temps mérovingien l'origine du lien féodal. Et voilà, par l'emploi de deux mots chargés de souvenirs historiques, l'état social de la Gaule franque au vi" siècle indiqué, situé dans la suite des temps, entre la bande germanique et la hiérarchie féodale.
C'est dans la même intention qu'il désigne les familles gauloises adjugées au roi par la conquête sous le nom tudesque de lites et le nom latin de fiscaUns... Ces noms, même si nous ne les comprenons pas entièrement, ont au moins l'avantage d'en écarter d'autres qui seraient tout à fait faux, et éveilleraient des idées trop modernes... L'orthographe des noms propres, Franks, Clother, Chlodowig, vient constamment nous rappeler l'origine germanique des possesseurs du sol... Et si cette couleur locale n'est pas, ne peut jamais être l'exacte reproduction du passé, elle nous en rapproche au moins en nous arrachant à nos habitudes, à notre milieu, à notre langage.
Vous pouvez appliquer cette méthode, soit aux autres passages d'Augustin Thierry, soit au livre de Walter Scott qui a exercé sur les historiens romantiques une influence au moins égale à celle de Chateaubriand, le beau récit d'Ivanhoé. Vous relèverez notamment dans le premier chapitre (Le domaine de Cedric le Saxon) nombre de détails matériels qui nous font connaître les institutions et les mœurs du xii* siècle en Angleterre : c'est de l'excellente couleur locale.
DEVOIR
Quelle est rntilité scientifique et littéraire de Vhistoire pour des élèves de la division C ?
On se plaint que les cli'ves dos divisions scientific[ues négligent quelque peu l'histoire. Vous montrerez que c'est là pure calomnie, et qu'il n'est pas besoin d'être des spécialistes, comme vos camarades des divisions A et B, pour découvrir les caractères de la méthode historique.
Vous nous direz, en vous appuvant sur des souvenirs personnels, dans quelles circonstances vous avez compris :
I" la force de la méthode scientifique dans la recherche et le choix des documents ;
a" le charme de la méthode littéraire, soit dans l'expression dos idées, soit dans la peinture des mœurs et des caractères.