‹ De la méthode littéraireChapitre 418 sur 424 · II. — Deux opinions particulières aux élèves · texte numérisé non relu

II. — Deux opinions particulières aux élèves

La conversation paraissait finie. Un élève, pourtant crut devoir soulever une objection.

B. — Les deux critiques insistent sur V intrigue et les caractères... 11 est bien certain que ce sont les éléments essentiels du drame. Mais les deux autres, que nous avons tant de fois remarqués, ont aussi leur importance...

— Vous voulez parler du sujet, de la valeur morale du sujet...

B. — Justement. J'aime bien que la pièce, en dehors de ses mérites dramatiques, soit la démonstration d'une vérité...

G. — La pièce à thèse !

de M. — La Barricade!...

— M. Paul Bourget se défend d'avoir soutenu une thèse... mais il avoue, aussitôt, qu'il en a soutenu deux par impartialité !

B. — C'est mieux encore!

— Alors, la Barricade vous plaît?...

de M. — Beaucoup.

— Et vous n'êtes pas de l'avis de Sarcey, qui considérait volontiers le sujet comme indifférent. Pourvu que l'intrigue fût bien conduite, les scènes bien construites, la « scène à faire » bien amenée, il était très indulgent pour la donnée même de la pièce, et il s'estimait satisfait quand il pouvait conclure : « 11 y a de l'action... Les acteurs brûlent les planches... En somme, c'est du théâtre !» — Il ne vous suffit pas que « ce soit du théâtre » ; vous voulez aussi de la morale et même de la politique...

de B. — En effet.

— C'est une opinion. Et puisque la majorité d'entre vous la partage, je me garderai de la contredire. Ce fut d'ailleurs celle d'un auteur illustre...

B. — Dumas fils !

— Et r « art pour l'art » n'est plus du tout à la mode. Au contraire, on aime la morale (théorique!) et la politique (très pratique!). On en met à peu près partout. Je ne

JUGEMENT DES ELEVES SLR LE TlIKATHE 7!!

vois pas d'inconvénient, quand les pièces sont aussi bien faites que celle de M. Bourget, à ce qu'on les mette au théâtre. Si nous avions le temps, je vous lirais volontiers, dans ce genre, quelques scènes des Venlres Dorés, de Sous Vêpauleile, de la Clairière, de la Helraite (traduite de l'allemand)... Mais peut-être est-il heureux que nous n'en ayons pas le temps. Nous serions entraînés bien loin ! — Est-ce tout ce que vous avez à dire?

B. — Je trouvais aussi que ces messieurs ne parlent guère du slyle...

— 11 est convenu ({ue le style ne compte pas au théâtre!...

G. — On ne peut pas, en effet, juger un auteur dramatique comme un romancier... Il ne parle jamais lui-même ; il reproduit le style de la conversation...

de M. — Et pas toujours de la conversation mondaine...

de B. — Les ouvriers, dans la Barricade...

B. — Alors, disons que ce style a des qualités particulières, mais non pas qu'il n'en a aucune. C'est un grand mérite pour un écrivain de reproduire exactement la vie, et son style est excellent lorsqu'il est conforme à la réalité.

— Je voulais vous amener là! C'est évidemment ce que pensent, avec Sarcey, les critiques de son école, lorsqu'ils affirment qu'au théâtre le style ne compte guère. 11 compte beaucoup, à vrai dire. Seuleraeni, une pièce ne peut pas être écrite exactement comme les autres genres; lincorrection est parfois permise, recommandée ; les qualités pour ainsi dire « négatives » du style deviennent tout à fait accessoires... Pour y avoir attaché trop d'importance, Féneîon a mal apprécié la langue savoureuse et forte de Molière... En revanche, les qualités positives sont les mêmes...

B. — La force et l'éloquence.

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