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La rédaction de vos devoirs

Kt pourtant, même faite avec soin, la rédaction de ces notes n'est encore qu un travail élémentaire, un travail de j)réparation... Votre tâche essentielle, à laquelle toutes les autres seront subordonnées, doit être d'exprimei- votre })ropre pensée... Finis sit coUegendi notulas, disaient volontiers nos vieux maîtres à ceux qu'ils voyaient trop séduits par le jeu des petits papiers ; et tout en vous conseillant d'y recourir tous les jours, je vous répéterai avec eux : « N'oubliez pas que la lecture, même faite avec intelligence, môme fixée par des notes prises judicieusement, n'est qu'un moyen de vous soutenir dans l'expression personnelle de vos propres idées, et qu'il faut av;mt tout penser par vous-mêmes. — Or on ne pense gu'i'e sans écrire : et l'on n'apprend à bien penser qu'en apprenant à bien écrire. — 11 y a quelques années déjà, quand on ne parlait pas encore de la Crise du Français, j'entendais, non sans inquiétude^ un docteur es pédagogie déclai-er avec assurance : « Autrefois on s'attachait beaucoup au style; aujourd'hui, s'il fallait absolument choisir, je sacrifierais la forme pour m'attacher aux idées. » Gomme si Vidée pouvait avoir une valeur un peu sérieuse quand elle est Bezard. — Ml' th. it")

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mal exprimée! (i) Comme si la forme n'était pas une partie de la pensée, comme si l'on pouvait penser sans être correct et clair, éloquent et spirituel ! L'éloquence et l'esprit, disent les mauvaises langues, n'en passent pas moins un mauvais quart d heure. Certains croient les posséder (et les possèdent quelquefois) sans avoir eu besoin de les acquérir; d'autres, ne partageant pas cette illusion de grands seigneurs, se font un mérite de leur pauvreté et accablent les « stylistes » d'un dédain peu dissimulé; tous rejettent au nom de la Pédagogie les conseils surannés de la Rhétorique. Aussi la Crise du Français n'estelle pas un vain mot, et l'on n'a jamais su moins bien dire les choses que depuis que l'on prétend avoir plus de choses à dire.

Vous ne tomberez pas dans cet injuste et dangereux dédain de la tradition. Vous saurez que l'étude scientifique des documents, telle que nous l'avons pratiquée, n'a pas son but en elle-même ; vous vous rappellerez l'exemple et les conseils des deux professeurs de Sorbonne qui maintiennent plus que jamais, au-dessus de l'érudition, le culte de la beauté et l'éducation du goût; et vous constaterez, d'après les sujets mêmes que proposent leurs collègues au baccalauréat, que tel est encore aujourd'hui,

/ (i) Tout récemment M. Lavisse posait la même question {Journal des Débats, ■/ai août JQio) : « De mal écrire un travail sérieux, utile, instructif, ou bien de savoir bien écrire, mais, parce qu'on n'a pris ni le goût ni la méthode du travail, ne rien écrire du tout, qu'est-ce qui vaut le mieux ?» — Hélas ! cher Maître, sans hésiter, il vaut mieux ne rien écrire ! Comment une pensée mal exprimée pourrait-elle être « sérieuse » ? Comment une suite de mots impropres et de phrases sans logique pourrait-elle nous être « utile » ? Et quelle leron tirer d'un émule de l'abbé Trublet, sinon celle que le vieil Horace donne aux a maçons » de la poésie:

. . . mediocribus esse poelis Non di, non homines, non coneessere columnx.

Sommes-nous devenus plus indulgents qtie les hommes et les dieux et les libraires réunis ? Décrétons-nous la négligence d'utilité publique ? Faut-il réserver nos faveurs à la médiocrité ?

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toi sera demain, je l'espère, l'esprit de la Faculté, (i) Ces messieurs vous demandent avant tout de mettre de l'ordre dans vos idées; ils vous recommandent l'art de la composition. Aussi avons-nous adopté, dès le début de cette année, l'antique mais toujours solide « théorie du paragraphe ». Relisez, avec le discours de Prévost-Paradol, les analyses qui l'accompagnent; rapprochez-en les copies écrites par vos camarades : et vous verrez quelles sont toutes l'application de la formule chère à Hector /Lemaire : une idée par paragraphe, énoncée dans la pre- I mière ligne, expliquée dans les suivantes, prouvée par I trois ou quatre exemples, et résumée, pour finir, par un j trait, par une image plus ou moins saisissante... Avant de '; chercher à écrire une dissertation, apprenez avec nous à j composer une page ; avant de soutenir une thèse, apprenez à réfléchir, patiemment, sur une idée... Un sujet continuel d'étonneinent, pour les professeurs de lettres, est de voir des élèves assez hons en mathématiques incapables de raisonner sur toute autre espèce de matière ; tel d'entre vous qui suit bien une déduction géométrique n'arrive pas à découvrir par l'analyse les nuances d'un sentiment; le plus habile à exposer la solution d'un problème reste muet quand il s'agit dénuraérer quelques preuves à l'appui d'une idée morale... Cette différence vient sans doute de ce que la nécessité de l'ordre frappe

(i) Ceci n'est pas l'expression d'un optimisme aveugle, mais la réflexion toute naturelle d'un professeur de lycée. Certes, nous n'ignorons pas les discussions soulevées par d'autres sujets, à la Licence, à lÊcole ÎSormale, à l'Agrégation, c'est-à-dire aux examens où l'esprit de l'Enseignement supérieur se trouve en conflit aigu, fatal (et indépendant des personnes), avec celui de l'En-ieignement secondaire. M. Faguet expose avec sa verve habituelle les motifs do cette contradiction dans son récent article de la Revue des Deux-Mondes (i""' avril 191 i). — Mais la justice nous fait une loi de reconnaître qu'au baccalauréat, c'est-à-dire dans l'examen qui couronne très simplement nos études, la Sorbonne, aidée d'ailleurs par nos collègues des lycées, s'acquitte de ses fonctions avec autant de goût que de bienveillance. Nous ne pouvons, par conséquent, en présence des sujets que nous proposent ces « bons juges » , qu'adopter la formule d'usage, et souhaiter... (( qu'ils continuent ! » Ne pas le proclamer serait ici, on l'avouera, d'une noire ingratitude.

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les plus récalcitrants dans la recherche scientifique, tandis qu'on se figure toujours qu'il suffira, dans les Lettres, de procéder « en amateur » et de suivre sa fantaisie... Le résultat n'est même pas, nous le voyons tous les jours, ce qu'on appelle avec indulgence « un beau talent d'amateur» ?

— Redevenez des professionnels ; acceptez notre discipline ; remettez-vous patiemment à l'école de ces rhéteurs injus-

/ tement méprisés ; sachez qu'il y a des règles aussi sûres, aussi précises et non moins indispensables à pratiquer dans le raisonnement littéraire que dans le raisonnement scientifique ; dans létude de Ihumanité, comme dans celle

, de la nature, apprenez la force de l'ordre et la vertu toute-

1 puissante d'une sage composition.

Pourtant la rhétorique ne tient pas tout entière dans la Iradilionnelle théorie du paragraphe; il n'est pas absolument vrai que bien penser, bien composer suffise pour bien écrire, et le goût est peut-être encore plus essentiel que la méthode. Faire des phrases qui se tiennent, qui soient à elles seules tout un raisonnement, dont les différentes parties composent un ensemble solide, et dont l'unité soit sensible jusque dans l'enchaînement des sons, par l'harmonie de la période ; choisir des termes justes, exacts et forts, les employer dans leur vrai sens, rapproché du sens primitif, du vieux sens des mots français, du vieux langage si coloré, fidèle reflet du terroir : voilà quel doit être pour vous le grand secret de l'art d'écrire, voilà ce que j'ai tâché d'obtenir de vos camarades. Relisez nos comptes rendus, la critique des copies médiocres, les discussions qui accompagnent la rédaction des corrigés... Partout reviennent comme un refrain les deux formules directrices : l'harmonie de la période, la propriété du terme...

— Kt je ne sais si toujours nous avons pu réaliser ce que nous avions dans l'esprit; mais nous avions au moins le désir de trouver une expression qui nous satisfît pleinement; nous savions que c'est un travail de traduire en termes clairs une pensée d'abord confuse, et nous ne craignions rien tant que la hâte et la négligence. — Or, si

VOUS VOUS interrogez sincèrement, mes chers amis, vous verrez que neuf fois sur dix, c'est ce désir, justement, ce besoin de la précision, de la clarté parfaite et de Iharraonie, qui vous manque à l'heure actuelle. « On me comprendra toujours! »... « Ce sera toujours assez bon! »... « Ils devineront bien ce que je veux dire. »... Voilà ce que, sans vous l'avouer, vous pensez en écrivant. Kt voilà pourquoi vos copies sont devenues illisibles. La Crise du Français est surtout une crise de négligence ; et l'on est paresseux de se faire com|)rendrc, parce que « se faire comprendre » suppose toujours un ciibrt de 1 intelligence. C'est ce que me ra|)|)clait réc(>mmenl un maître dont le jugement est d'autant plus iuipartial qu'il aime beaucoup la France sans être lui-même Français (i). Professeur dans une Université étrangère, il se plaç^ait à un point de vue général, européen, et voici ce qu'il me disait : « L'ex{)res- -sion « Crise du l-'rançais » n'est peut-être pas très juste ; il faudrait plutôt dire c< crise du goût », de la finesse, du sentiment, de l'art lui-même, en un mot des qualités les plus précieuses que possède un civilisé. Aussi bien, elle n'est pas (loin de là) particulière à votre pays : elle sévit, tout aussi intense, chez vos voisins d"(Jutre-Rhin et d'Outre-Manche (2); on la constate partout, dans l'Ancien

(i) M. le Professeur Iîkval-d, de l'Université de Fribourg (Suisse). (a) Quelques semaines tiprèscet entretien, je lisais dans V Enseignement Secondaire (n" de septembre 1910) les deux extraits suivants : The Journal of Education (août 1910) :

« On a souvent fait observer, et il est pour nous très pénible d'avoir à convenir que la grande majori'é des garçons et des filles qui sortent de nos écoles sont élonnainmcnt illettrés. Ils ne goûtent pas les auteurs classiques, ils ne lisent pas les poètes, ils commettent sur les choses littéraires des erreurs qui auraient stupéfié nos pères ; ils sont, en un mot, un exemple frappant de ce que Mathi-w Arnold aurait appelé le philistinisme grandissant de notre époque. Et ce n'est [las vrai seulement des écoles privées ; même des élèves des grandes écoles publiques sont à la fois ignorants en littérature et souvent totalement étrangers aux réalités les plus usuelles de la vie de tous les jours et aux notions générales les plus courantes. »

Berliner Tagehlatt du 22 août (M. Théodor Wolf) :

« II n'est que trop certain que la langue allemande est très maltraitée de nos

et le Nouveau Monde; elle est même plus sensible encore chez certains peuples que chez vous, et votre vieille culture résiste mieux que beaucoup d'autres à ce curieux travail de décomposition. La vérité est que la cause de ce défaut littéraire n'est pas uniquement d'ordre littéraire. La négligence dans les tournures et l'impropriété dans l'emploi des termes ne sont qu'une des conséquences de notre manière de vivre. Nous vivons à la hâie! Nous vivons au dehors, distraits de raille façons, occupés par mille besognes ; rien ne nous ramène à la vie intérieure, calme et réfléchie, et tout nous en détourne. Nous travaillons au jour le jour, mus par la seule pensée des concurrents à vaincre; le souci du pain quotidien est plus âpre que jamais ; l'utilitarisme nous mène et la nécessité nous presse. 1 Nous faisons bon marché, dans le tourbillon des affaires, \ d'une expression exacte, élégante et soignée ; et nous nous 'i figurons, bien à tort du reste, que nous serons toujours * compris. » — Nous devisions ainsi, quand le mot de bar- | bare, si souvent employé dans la polémique par les défenseurs du « Français », nous vint naturellement aux lèvres : « Eh oui ! reprit-il en riant, il y a une barbarie moderne ! Cette civilisation d'apparence si brillante n'a } rien changé, au fond, à la nature humaine ; il arrive même qu'elle réveille des instincts longtemps assoupis. Voyez dans les manières des jeunes gens les conséquences de certains sports, la brutalité avec laquelle ils se poussent, se bousculent, les accidents auxquels donne lieu notre légitime souci d'encourager les jeux de vigueur et d'adresse. Un coup de poing bien donné soulève plus d'enthousiasme

jours, et il devient indispensalilc de faire quelque chose j)Our elle... Jadis, nos écrivains cise'aient leurs phrases comme de précieux ivoires, et encore après la guerre, on reconnaît cet amour et cette science de la langue dans les discours d'un JcUer, d'un Du liois-Reymond, ou dans les essais d'un Treitschke et d'un Gildemister. M.iis alors s'ouvrit chez nous la j)ériode de la M stricte lechnicité » . On remplaça la culture générale par la spécialité, on accumula le savoir et on négligea la forme. Le genre de l'Essai, dans lequel la science allemande s'exprimait autrefois avec art et bonheur, ce genre est mort. La beauté du style passe pour trahir un esprit superficiel, et l'on nous verse le vin de sapience dans un verre malpropre. »

qu'une période bien faite, cl vous n'êtes plus au temps où la a force en thème » primait toutes les autres ! Un gentilhomme accompli se transforme trop souvent en un écraseur sauvage, dès qu'il a saisi le volant de son automobile, et nous assistons tous les jours à des scènes révoltantes... Croyez bien que le mépris des qualités littéraires n'est qu'une des nombreuses conséquences de cette incontestable brutalité ; la « Crise du Franrais » n'est que la forme scolaire d'un retour à la barbarie. » — Puis, après un silence : « Il ne faut pourtant rien exagérer, ni bouder notre belle époque. Kn France, particulièrement, vous ne manquez pas de ressources pour défendre les qualités héritées de vos ancêtres. La civilisation n'a-t-elle pas été, de tous temps, une lutte toujours renouvelée contre une grossièreté sans cesse renaissante, une victoire quotidienne de la raison sur l'instinct, de l'énergie sur la paresse, de l'ordre sur l'anarchie? Maintenez l'ancienne éducation, mais en l'accommodant aux besoins nouveaux, achevez de rompre avec de vieilles routines pour rajeunir ces Belles-Lettres éternellement vivantes, et vous verrez bientôt ces mauvaises habitudes, cette trivialité, cette négligence, reculer devant votre effort énergique, persévérant. Ce n'est qu'une affaire de méthode; et tout se réduit sans doute à une question de discipline. »

C'est cette discipline, mes amis, que nous avons essayé de vous proposer cette année. Nous l'avons demandée dabord aux savants, aux philosophes qui ont, dès le début du xvii'' siècle, défini l'esprit moderne ; ils nous ont dit ce qu'était une observation consciencieuse, ils nous ont fait sentir la nécessité de l'ordre, ils nous ont fait peser la valeur d'un terme et la force d'une expi^ession. Leurs disciples immédiats, les écrivains de cette grande époque, nous ont défini le rôle de la raison dans les Lettres avec une telle sagesse que de leurs théories, comme de leurs œuvres, on peut dire aujourd'hui, et l'on dira toujours, que ce qu'ils ont pensé dure éternellement. Plus

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éloignés d'eux par les dates, mais non moins proches par losprit, les philosophes du xviii" siècle nous ont montré le rôle de la raison dans la société, et nous n'avons rien MI non plus, en dépit des critiques maussades qu'on leur adresse aujourd'hui, qui nous fasse douter de leur clairvoyance, de leur solidité, de leur profondeur. Plus différent, en apparence, et né d'un mouvement de révolte contre l'autorité de cette raison superbe, le romantisme a semblé d'abord nous éloigner d'elle ; mais, tout en remerciant Jean-Jacques, Chateaubriand et leurs disciples d'avoir rendu plus de chaleur à la pensée, plus d'éclat à l'expression, plus de sonorité à la langue, tout en constatant que c'est le cœur, l'émotion, l'amour, la haine aussi, qui font les révolutions nécessaires, nous avons reconnu bientôt que c'est encore la raison qui permet d en profiter. Nous avons retrouvé après les romantiques, chez les romantiques eux-mêmes, ces qualités immuables sans lesquelles il n'y a pas d'art de penser ni d écrire. Kt nous avons terminé, sur le même ton qu'au di'but, par un hommage aux caractères éternels de l'esprit fi'anrais.

Je sais bien que la discipline n'est pas absolument toutepuissante. Je reconnais que les circonstances ne vous sont pas favorables, surtout quand on considère que des causes d'ordre scolaire viennent encore aggraver l'état de nos études littéraires. Et pourtant, même si l'on lient compte de toutes ces difficultés, même si l'on souhaite avec vous une meilleure adaptation des programmes et des horaires, je crois bien que c'est encore dans une bonne organisalion de votre travail personnel que vous devez placer aujourd'hui vos plus solides espérances ! Certainement, un jour viendra, un jour peut-être assez prochain, où la réforme nécessaire accomplie en 1902 sera corrigée dans les détails, où nous la verrons retouchée, simplifiée, améliorée. Déjà ceux qui ont à cieur d en assurer le succès durable se préoccupent de mieux répartir et d'alléger quelque peu le fardeau qui vous écrase, et vos successeurs

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connaîtront un régime tout à fait normal. (1) Mais pour beaucoup de ceux auxquels je m'adresse, ces heureux progrc'S viendront, il f.uit l'avouer, un peu tard. Vous attendez de moi, non des vœux pour l'avenir, mais un conseil pratique pour les années présentes, et je ne puis que vous redire, sans vous leurrer d illusions : « Le vrai remède est en vous-mêmes ! » Votre rôle n'est pas de critiquer ; votre intérêt n'(!st pas de vous plaindre. Votre rôle est de tirer le meilleur parti possible dune situation médiocre; votre intérêt est de découvrir les pj-incipes généraux, les procédés rationnels grâce auxquels pourront être décuplées vos forces, et de vous appuyer sur eux avec une honnête confiance. Là est le véritable remède, non seulement à vos petits embarras personnels, mais à tous les maux dont souffre l'enseignement littéraire. Vouloir réformer les horaires sans définir les procédés, sans avoir mis dans le travail l'unité, la continuité dont nous déplorons l'absence, serait, suivant le vieux proverbe, faire passer une fois de plus la charrue avant les Ixx-ufs; tant que l'on n'aura pas trouvé dans les méthodes elles-mêmes le moyen d'épargner les heures, on se débattra au milieu de difficultés insolubles. A vous de montrer que ce moyen existe ; à vous de rappeler désormais, appuyés sur nos principes, que la Méthode littéraire est de toutes la plus féconde, la

(i) M. le Sénateur Couyiia, rapporteur du budget de l'Instruction Publique, a sij^nalé (Lettre au Directeur du Temps, a 7 décembre 19 10) le point sur lequel porteront fatiileinent les modifications prochaines : « Trop de classes, ei pas assez d'études, dit-il fort justement... il ne reste rien pour le tr.ivail personnel, la lecture et la réflexion... C'est la \'ic Intense au lycée 1 » Ces paroles, qui résument le sentiment général, seront tôt ou tard écoulées. Tôt ou tard on reconnaîtra que trois classes par jour, d'une heure ou d'une heure un quart chacune, suffisent largement n nos écoliers.

— Dans la matinée, une classe de sciences (y compris la géographie) et une classe de lettres (latin surtout de la Sixième à la Quatrième, français surtout de la Troisième à la Première) ;

— l'après-midi, une classe de langues vivantes ou d'histoire ;

— de midi à a h. i/4 ou a h. 1/2, repos, travail manuel, exercice modéré;

— le reste du tcnjps études :

voilà la journée normale ; voilà ce que de bonnes méthodes permettraient sûrement d'obtenir. C'est le programme de demain.

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plus philosophique, la plus séduisante, qu'elle seule peut alléger le poids des programmes, des règlements, des horaires, et substituer enfin à la lettre qui tue l'esprit qui vivifie.

Soyez certains que la récompense est au bout dun pareil effort. Animés de ce bon esprit, du vieil esprit littéraire, au moment même où il paraît injustement dédaigné, vous n'en aurez que plus d'avantages sur tant d'autres qui s'obstinent à l'étouffer en eux-mêmes. Ne vous plaignez pas trop de vivre à une époque où les Lettres ont vu diminuer leurs fidèles, si vous savez, pour votre compte, vous soumettre à leur discipline! Le baccalauréat est le même pour tous ; tous vos concurrents sont aux prises avec les mêmes difficultés ; elles vous assurent, comme aux autres, l'extrême indulgence de vos juges... et vous en aurez moins besoin. Ne vous plaignez pas trop de subir cette épreuve, pour peu que vous sachiez être parmi les « borgnes », dans le « royaume des aveuglés »!

Je ne veux pour pi'euve de ce que j'avance que l'exemple même de cette classe dont vous avez suivi les patients efforts ; et je ne puis mieux terminer qu'en vous annonçant le succès de ces courageux élèves. Puisse-t-il vous donner confiance dans votre avenir, en vous rassurant sur notre passé ! Soit que la Sorbonne ait voulu se surpasser dans la clémence, soit que les mathématiques, auxquelles 'i ils s'étaient consacrés, aient bien récompensé leur zèle, soit enfin que deux des sujets de composition française les aient favorisés,- les élèves que vous connaissez maintenant > presque aussi bien que -moi, ont fait mentir les statis- ^ tiques, et les deux tiers d'entre eux viennent d'être reçus t dès le mois de juillet(i).

Grâce aux Dieux, le succôs passe notre espérance! Je ne le dis pas, certes, pour en tirer une vanité pué-

(i) Exactement, ao reçus et i admissible sur 33 candidats. Après la session d Octobre, le résultat définitif a été de li reçus et 3 admissibles.

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rile, après tant d'aveux dépourvus d'artifice ; je ne le dis même pas pour repondre aux critiques sans indulgence qu'eût réjouis notre échec; mais pour vous communiquer, à vous aussi, ami lecteur, auquel je m'intéresse de loin, comme à eux-mêmes, un peu de ce réconfort que mon rôle ingrat de Gassandre m'avait empêché de vous donner au courant de cette année... Mettez-vous, à votre tour, au travail, courageusement, joyeusement ; et permettez-moi de vous souhaiter, pour modifier la formule qu'ont démentie les événements, un effort moins pénible encore avec un. égal succès.

Ecole de Sciences domestiques .congrégation de Notre Dame x,v^ Ottawa

Avant-propos : Aux clfves dos classes supérieures. Procès-verbal de la puemikrf. classe.

Pape»

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