‹ De la méthode littéraireChapitre 53 sur 424 · LA THEORIE DU LIEU COMMUN · texte numérisé non relu

LA THEORIE DU LIEU COMMUN

pasteurs, embarqués avec eux, étaient l'àme de l'entreprise. Cette colonie est aux Etats-Unis l'objet d'une vénération particulière, comme ayant offert le premier modèle de ces petites démocraties qui, plus tard, reliées en faisceau, formèrent la république de l'Union. Le rocher voisin de Plymouth, près duquel eut lieu le débarquement, est visité par de nombreux pèlerins qui viennent y contempler le berceau de la démocratie américaine. Le chroniqueur qui nous a transmis sur les colonies de ce genre de précieux détails, raconte que, abordés en ce lieu au mois de janvier, après une longrie et périlleuse navigation, les puritains se trouvèrent en présence d'un désert sauvage, rendu plus triste encore par les rigueurs de l'hiver: devant eux apparaissait une terre glacée, un sol hérissé de forêts et de buissons ; derrière eux ils n'apercevaient que l'Océan, dont l'immensité les séparait du monde civilisé. Mais leur force d'àme, entretenue par l'enthousiasme religieux, les soutenait contre la tristesse de ces premiers moments. Le lendemain du débarquement, ils s'empressèrent de dresser un acte par lequel ils convenaient, en présence de Dieu, de former un corps de société oîi les droits de chacun seraient protégés par des lois et un gouvernement auquel tous prendraient part. Lorsqu'ils eurent signé cet acte et qu'ils l'eurent placé, par une prière faite en commun, sous la protection divine, ils se sentirent animés des plus heureux pressentiments et se préparèrent avec un redoublement d'énergie à l'accomplissement de leur tâche.

On suppose qu'un des pasteurs prend la parole dans ce moment solennel. Se faisant l'interprète des souvenirs et des espérances de tous, il exhortera les membres de l'association à marcher vers leur but avec une sainte confiance, et appellera sur leurs travaux les bénédictions du ciel.

Lisez-nous le début, A. Nous le résumerons ensuite au tableau. Que chacun prenne des notes.

Copie du Premier Prix : Prévost-Paradol, élève du lvcée bonaparte.

Exorde.

I. Mes frères, si je parlais à d'autres hommes, à des aventuriers amenés par l'espoir du gain sur ces rives lointaines, effrayés de se voir jetés sur cette côte entre ces déserts glacés et cette mer sans bornes, je ferais briller à leurs yeux les richesses du nouveau monde et je les entraînerais sur mes pas vers les biens périssables qu'ils seraient venus conquérir.

^8 l'esprit classique au xvn* siècle

3. Pour vous, mes frères, je veux élever votre courage en ranimant vos saintes espérances, en vous montrant dans l'acte que nous venons de signer en présence de Dieu, le gage de notre salut et de notre bonheur à venir, en vous faisant entrevoir, sur cette côte désolée, au mUicu de ces forêts glacées, le prix de nos travaux et de nos immortelles conquêtes.

C'est ainsi que j'affermirais vos cœurs, si vos cœurs avaient été jamais ébranlés, et si Dieu, en vous faisant les apôtres d'une vérité nouvelle, ne vous avait envoyé son esprit de force et de confiance.

a. Cette mer immense, cette rive inconnue, ces forêts profondes et ténébreuses, ces déserts qui nous environnent, n'ont rien qui nous épouvante ; nous ne les voyons pas des mêmes yeux que les autres hommes.

b. Nous le saluons avec joie, cet Océan libérateur, qui nous sépare de l'ancien monde livré au désordre et à l'injustice. Ah ! ce n'est pas de ce côté de ses rives qu'est le véritable désert et le véritable exil I Nous la saluons avec espérance, cette terre nouvelle qui vient d'entendre nos serments et qui n'a point encore vu de parjures ; cette terre marquée par le doigt de Dieu pour être le premier temple de la loi nouvelle, le premier asile de la justice et de la liberté.

Vous le voyez, aucune érudition nest nécessaire pour rédiger un tel début! La description du pays était indiquée dans la matière, et l'élève n"a rien ajouté, rien... que des lieux communs. Deux thèses, deux idées générales, opposées l'une à l'autre, et dont la seconde est celle qu'il démontrera dans le discours :

1 . Idée contraire à la thèse : Il n'a pas affaire à des aventuriers.

2. La thèse : Il parle à des chrétiens pleins de confiance en Dieu.

Double effet de cette confiance :

a) Elle leur enlève la crainte de ces pays inconnus. 6) Elle leur donne Vespérance d'y trouver une vie meilleure.

Continuez la lecture, A.

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