‹ De la méthode littéraireChapitre 69 sur 424 · I. — Les vraies Précieuses peuvent être légitimement · texte numérisé non relu

I. — Les vraies Précieuses peuvent être légitimement

inquiètes.

Il faut reconnaître pourtant, Monsieur, que, si la sincérité de vos intentions n'est pas douteuse, l'expression semble avoir parfois dépassé votre pensée. En attaquant les fausses Précieuses, vous avez quelque peu critiqué les vraies. Cathos ressemble fort à Catherine (i)... Madelon fait songer à Madeleine (2)... C'est en termes précis que vous décrivez la Carte du Tendre... Et je m'empresse d'ajouter que cette confusion était inévitable ; que, dans la mesure où vous vous l'êtes permise, vous aviez raison de la commettre. Il y a entre vous et les meilleurs écrivains précieux une différence profonde de principes et d'esprit. Autant ils aiment la recherche, autant vous en avez peur. Autant ils s'efforcent de parer et de farder la nature, autant vous dés^M^^^^^mc

(i) Catherine de Vivonne, Marquise de R'iniboi»llet.£|3L!0THECA (3) M.TÙeleine de Scudéry. ^

lOO L ESPRIT CLASSIQUE AU XVir SIECLE

vérité toute nue. Autant ils cherchent la finesse et l'ingéniosité, autant vous aimez le naturel... Ah, Monsieur, le naturel I Voilà votre grand mot. voilà l'excellent principe que plusieurs de vos amis, dit-on, soutiennent avec vous, et que votre talent va faire triompher. Suivre toujours et docilement la nature ; ne pas l'embellir par des fantaisies romanesques ; ne pas l'enlaidir par des plaisanteries grossières, de burlesques caricatures ; ne pas l'affadir par une recherche excessive ; ne pas faire que le « lin du fin » devienne la « fin des fins » I Telles sont les idées nouvelles que vous proclamez en ce jour. Comment les exposer, même avec mesure, sans que l'on sente que l'art précieux est abandonné, sinon combattu par vous, et qu'il appartient désormais à un passé disparu ? Plus de nymphes, plus de Lignon I Plus de bergers en habits de sole, plus de bergères à rubans; plus de pointes, plus de métaphores, plus de recherche prétentieuse ; plus rien qui ne soit la nature... Comment ceux qui firent leurs délices de VAstrée ne se sentiraient-ils pas quelque peu frappés par les coups dirigés contre la Clélic ?

Page 1