‹ De la migraine tardivement aggravéeChapitre 11 sur 20 · OBSERVATION XIX (PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX (PERSONNELLE

M°' G..., née à Saint-Amant, dans le Cher, est âgée de quarante sept ans.

Sa grand'mère maternelle avait de fréquentes migraines. N’a pas connu ses autres grands-parents. Son père est mort à soixante-quatorze ans, de grippe infectieuse. Sa mère succomba huit jours plus tard à la même maladie; était très sujelte à la migraine. M"° G... a un frère âgé de cinquante ans, diabétique.

Nourrie au sein,n'a pas eu de maladie d'enfance et depuis n’a jamais eu d'autre maladie que celle qui nous occupe et qui l’inquiète.

Réglée pour la première fois à treize ans, avec les règles commence l’histoire de la maladie. De violentes coliques utérines les annoncent, coliques très douloureuses qui font tomber la malade, sans que cepen-

dant elle perde connaissance. Ces coliques sont si violentes, qu’elles

s'accompagnent de vomissements alimentaires quelquefois, mais le plus souvent bilio-glaireux.

En même lemps apparaît une douleur brusque au niveau de la bosse frontale droite ou gauche, mais bien plus fréquemment droite. Très limitée au début, la malade insiste sur sa localisation profonde : c’est dans le cerveau, il lui semble que des pinces lui tordent la cervelle.

Puis la douleur s'étale, envahissant tout un côté de la tête; c’est tantôt une sensation d'étau qui lui écraserait le cerveau, une sensation de torsion, de rongement sourd et lointain, en même temps « toute la tête lance », et lorsqu'elle remue il lui semble que toute la cervelle ballotte.

De proche en proche, la douleur gagne la région occipitale et en ce point se fixe une douleur plus aiguë; plus tard, c'est au tour de la mastoïde d’être en jeu. À ce moment et lorsque celle-ci est prise, la crise est à son maximum et dure ainsi douze heures. Pendant ce temps, la malade, qui est ordinairement {rès active, est incapable de faire quoi que ce soit; elle reste étendue, fuyant le bruit et la lumière, évitant le mouvement, qui exagère la douleur. Les coliques utérines cessent les premières, l'écoulement menstruel s'établit et la crise peu à peu devient moins violente, la douleur disparait des points maxima, devient uniforme, s'affaiblit et un engourdissement général succède à la douleur aiguë; on note aussi chez cette malade une émission d'urine très abondante pendant la crise, la malade va cinq, six fois au cabinet par heure: urines abondantes, très claires.

Mariée à vingt ans, elle a successivement deux grossesses, qui se terminent par deux fausses couches : la première de cinq mois, la seconde de trois.

Pendant ces deux grossesses, les migraines n’ont pas cessé; elles revenaient tous les mois régulièrement, mais étaient bien moins fortes et duraient moins.

Enceinte pour la troisième fois, M”° G... voit les migraines disparaitre dès le début de la gestation et ne réapparaître que lorsque revinrent les règles.

Ces crises n’ont rien de bien particulier; les coliques utérines, bien moins fortes qu’autrelois, marquent toujours le début de l'installation

des règles et de la crise migraineuse. Maintenant, la malade est avertie

DR RNA

la veille que la crise éclatera par ce faitque les urines sont blanchâtres el laissent au fond du vase un dépôt gluant analogue à du blanc d'œuf. Cet élat des urines reste ainsi pendant toute la durée de la crise et ce n'est qu'à la fin de celle-ci que se produit une décharge urinaire très abondante d’urines très claires. Enfin, pendant cetle période les vomissements, qui au début marquaient seulement l'apparition des crises, ont un peu augmenté, il y en à deux ou trois au cours de la crise, irrégulièrement répartis.

Depuis deux ans les choses se passent différemment et « le mieux que la malade attendait de l’âge s’est changé en pire ».

IL y à deux ans, fut soignée pour une métrite qui régressa assez rapidement. La métrite guérie, les migraines augmentèrent,.

Les vomissements ouvrent la scène, il n’y en à plus qu’un, mais cinq, six se succédant à des intervalles de dix minutes, s’accompagnent de seusalion de froid et de frissons très violents qui la secouent de la tête aux pieds etqui suivent chaque vomissement. Les deux premières heures sont alroces : vomissements, froid, frissons se succèdent sans interruption; la douleur est atroce. La crise, qui, peu à peu, a augmenté de durée, évolue maintenant en trente-six heures, laissant la malade absolument épuisée.

IL y a six mois, les règles ne reparaissent plus, mais les phénomènes de migraine réapparaissent ; il n’y a plus de coliques utérines, mais il y à toujours des vomissements très nombreux, des frissons très intenses, une douleur insupportable. Presque toujours la migraine évoluait à droite, les crises gauches étaient moins violentes; maintenant, la migraine passe de droite à gauche au cours d’une même crise et celle-ci n’est pas moins douloureuse que celle-là.

De plus, la migraine apparait n'importe quand, tous les mois, tous les quinze jours et même tous les huit jours.

D’autres phénomènes sont apparus ; c’est ainsi qu'après chaque repas M"° G... sent des bouffées de chaleur lui envahir la face, ses carotides et ses temporales battent avec force et quelquelois apparaît la migraine sous forme d'accès absolument semblables à ceux qu’elle avait quand elle était à l’époque de ses règles; elle ne perd pas connaissance, mais ne sait ce qu'elle fait ni comment elle vit.

Autrefois, lorsque les migraines étaient régulièrement assujellies aux

pee

règles, entre les crises elle s'occupait activement de son ménage, maintenant elle a peur et n'ose plus sortir de peur d’être prise en route de son mal atroce.

Il ya quelques jours, M"° G... revenait de la campagne, après le déjeuner elle avait pris le train en compagnie de sa petite fille, âgée de quinze mois. En cours de route elle est prise d'un accès de migraine, arrive en gare de Bordeaux tremblant de tous ses membres, écrasant contre sa poitrine la petite fille dont elle a la garde et qu'elle a peur de laisser tomber; elle arrive chez elle, à peu de distance de la gare d’arrivée, mais ne sait pas comment elle a pu venir, ni par où elle est passée, ni comment elle est sortie de la gare.

Les crises ont tendance à réapparaître toutes les semaines, quelquefois deux fois par semaine et durent en moyenne deux jours.

Inquiète, M"° G... se décida à demander conseil à son médecin, qui eut la grande obligeance de nous l’adresser.

Le 6 octobre, nous avons été voir M*° G... La malade est levée, elle n'a pas de crise, marque à peu près son âge, son intelligence est vive ct c’est de bonne grâce qu'elle répond à notre long interrogatoire : « IL y a deux jours, je n'aurais pu vous dire tout cela, je souffrais trop. »

Examen. — La dentition est à peu près bonne et M*° G... mange très rapidement. Les affaires de son mari le tenant souvent hors de chez lui, elle a remarqué que lorsqu'elle était seule elle mangeait beaucoup plus rapidement et avait, après ces repas précipités, l'estomac gonflé et lourd, les digestions plus pénibles, des bouffées de chaleur plus insupportables. -

L’estomac n’est pas douloureux à la pression, il ne l’incommode d’ailleurs jamais en dehors des crises.

Constipation très opiniâtre depuis toujours. Ne peut aller à selle qu'avec lavements.

Sobre, M"° G... boit un verre d’eau rougie par repas, mais ne saurait se passer du calé qu’elle aime beaucoup; en prend trois verres par jour.

Les autres appareils sont normaux et nous n'avons rien trouvé de suspect au point de vue spécifique, bien que deux fausses couches aient attiré notre attention de ce côté.

Urines sans sucre ni albumine.

Hypertension artérielle notable. Pas d’artério-sclérose.

Page 1