‹ De la migraine tardivement aggravéeChapitre 12 sur 20 · OBSERVATION XX (PERSONNELLE · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX (PERSONNELLE

M°° V..., née dans Le département de la Dordogne, est âgée de quarante-huit ans.

Son père est mort à cinquante-huit ans d'une pneumonie double; sa mère, à soixante et un ans, de congestion pulmonaire: était sujette à de fréquents maux de tête hémicraniens, mais la malade ne peut nous donner de renseignements plus précis.

A eu sept frères et sœurs. De ces huit enfants, trois sont encore vivants; notre malade et deux frères. Cinq sont morts jeunes, de maladies inconnues de M"° V... Une sœur est morte d'infection puerpérale.

A un frère actuellement âgé de cinquante-quatre ans et se portant très bien. Jeune, il avait de fréquentes migraines, qui ont complètement disparu depuis quelques années. Un autre frère se porte bien, est àgé de trente ans.

Dans ses antécédents collatéraux, nous n'avons rien trouvé qui puisse nous faire penser à des migraines; il n’y a pas de migraineux, pas d’arthritiques ni de goutteux.

Personnellement, M"° V... n’a jamais été d’un tempérament robuste; a élé traitée à l’âge de seize ans pour de l’anémie, mais dans son jeune âge nous n'avons relevé aucune maladie infectieuse; elle ne se souvient que de ce fait, qu’elle s’enrhumait facilement et encore elle ne passe jamais un hiver sans bronchites qui, d’ailleurs, sont de courte durée.

A dix-sept ans est réglée pour la première fois. Avec ses premières règles, commence l’histoire de la maladie pour laquelle dernièrement elle Fit appel à son médecin qui nous l’adressa.

La migraine apparut et la malade se souvient fort bien de cette première atteinte. La douleur débuta au niveau de la tempe et rapidement gagna tout l'hémicrane correspondant, sans atteindre cependant la région occipitale. Elle fut obligée de se coucher, mais n'eut pas de vomissements. Cetle première crise dura six heures, puis la malade s'endormit. Au réveil, plus de trace de douleur et pour la première fois elle fut réglée. Depuis cette époque, M"° V... fut réglée à peu près

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régulièrement, mais avec, chaque fois, un relard de trois ou quatre jours.

Depuis cette époque également, elle eut régulièrement des crises de migraine qui précédaient de vingt-quatre heures l'apparition des menstrues.

A dix-buit ans elle se marie; première grossesse à dix-neuf ans. Jusque là les crises de migraine se succèdent à un mois d'intervalle, avec une durée de six heures environ. Mais, dès le début de la grossesse, Les migraines disparurent et la malade n'eut que des vomissements très fréquents pendant les quatre premiers mois de la gestation. L’accouchement fut normal. M"° V... essaya de nourrir son enfant au sein, mais dut bientôt se faire aider du biberon et peu à peu, ayant moins de lait de jour en jour, elle dut donner seulement le biberon.

Trois mois après l'accouchement, la migraine réapparait, dure douze heures, affecte le mème type qu'autrefois. Elle débute soit par la tempe droite, soit par la tempe gauche, s'étend en ondes douloureuses d'avant en arrière pour s'arrêter au niveau d'une ligne horizontale passant par les deux apophyses masloïdes, sans jamais atteindre la région sousoccipitale. Deux points sont surtout très douloureux, le point temporal et le point mastoïdien. La douleur, d'abord limitée à la tempe, ressemble à un rongement de la face interne de l'os, puis devient martelante et lancinante et elle s'étend dans la portion de l’hémicrane que nous avons limitée en arrière. En avant, la douleur n’est jamais oculaire; elle s'arrête au bord sourcilier. Les vomissements sont rares; parfois, cependant, surviennent en fin de crise, fatiguent beaucoup la malade pendant qu’ils se produisent, exaspèrent un moment la douleur; puis lorsqu'ils ont cessé, le mieux se fait insensiblement et la malade s’endort. Celte crise survenait trois mois après l'accouchement et fut suivie vingt-quatre plus tard par la réapparition des règles.

Depuis cette époque, entre vingt el trente-cinq ans, M"° V... a eu trois grossesses qui furent normales et identiquement semblables à la première. Les migraines ont chaque fois disparu dès le début de la gestation, ont devancé de vingt-quatre heures le retour de nouvelles règles. Au début de chaque grossesse, vomissements qui s'arrêtent, a remarqué M°° V.., lorsqu'apparaissent les premiers mouvements du fœtus.

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Entre trente-cinq ans, époque de sa dernière grossesse, et quarantetrois ans, les migraines qui peu à peu ont augmenté de durée, évoluent maintenant en vingt-quatre heures d’un matin au suivant et n'ont plus les mêmes caractères. La crise est annoncée la veille par un état de dépression générale et d’énervement, par un besoin d’uriner plus fréquent que de coutume. La crise éclate le matin suivant, de bonne heure, la malade est réveillée par une douleur profonde qui ronge la face profonde du temporal, à droite ou à gauche indifféremment, douleur avec des rémissions de courte durée et aussi des exacerbations au moindre bruit, au moindre mouvement ; certaines odeurs, celle de la menthe, de l’eau des Carmes l’exagèrent, d’autres lui sont indifférentes et même agéables, tel le parfum de l’eau de Cologne. La douleur née au niveau de la tempe passe au-dessus du sourcil (l'œil n’est jamais douloureux), gagne la ligne médiane, remonte. vers l’occiput sans jamais l'atteindre, puis vient se fixer au niveau de la mastoïde. Autrelois profonde, elle l’est encore mais compliquée d’une douleur superficielle. « La peau est douloureuse, moins que la cervelle, mais je ne puis la toucher ni rien supporter sur la tête. En dedans, à certains moments, cest comme un abcès qui lance ; à d’autres, on dirait que l’on me martèle le cerveau ; en dehors c'est comme si on m'arrachait la peau et l'os en tirant sur les cheveux. »

Au cours de ces crises, les vomissements sont exceptionnels, mais des nausées très pénibles la fatiguent. En fin de crise, un vomissement abondant survient, glaireux, contenant de la bile et de l’eau ; il provoque tout d'abord une exaspération de la douleur par la violence des mouvements qu’il provoque, puis une heure environ après tout rentre dans l’ordre; le besoin fréquent d’uriner qui n’a cessé pendant toute la crise disparait, la douleur s’atténue, la malade peut penser à autre chose qu’à son mal et finit par s'endormir. Au cours de certaines crises, iln'y a pas de vomissement mais, le remplaçant, un violent frisson qui dure parfois un quart d'heure et secoue la malade, puis une grande chaleur s'empare d'elle, la tête est en feu et à ce moment la douleur est très violente. Peu après, le mieux survient et la crise s'achève comme après le vomissement.

Depuis l’âge de quarante-trois ans, c'est-à-dire depuis cinq ans, les choses se sont modifiées.

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À quarante-lrois ans, certaines perturbations se sont montrées au cours de l'écoulement menstruel. Avant cette époque, M"° V... était réglée à peu près régulièrement pendant six jours. À partir de celte date, la durée des règles n’est plus que de quatre jours. Les deux premiers jours les pertes sont très abondantes, bien plus qu’autrefois ; à la fin du second jour, l'écoulement sanguin tend à disparaître et à la fin du quatrième jour, quelquefois à la fin du troisième, l'écoulement sanguin est tari. -

Du côté de la lête, voici comment les choses se passent depuis cette époque :

La lopographie des régions douloureuses est la même.

La malade est réveillée le matin par la douleur temporale, mais n'est que peu surprise, car la veille elle a été d’une irritabilité peu commune et qu'elle connaît. Pour rien elle se met «dans des colères noires » el mème les choses qui lui sont ordinairement très indillérentes lirritent profondément.

Elle ne peut tenir en place et le besoin d’uriner est très fréquent.

Le matin donc, réveil douloureux, envahissement rapide de la tête par la douleur ; la douleur est du même type que précédemment, mais plus violente, la complique des bourdonnements d'oreille insupportables, bourdonnements intermittents et coupés parfois de sifflements très aigus.

L'état nauséeux est permanent, les vomissements autrefois terminaux surviennent en cours de crise, sans apporter de soulagement, au contraire. Plus de trente fois par jour éprouve le besoin irrésistible d’uriner, n'éprouve jamais celui d'aller à selle ; des frissons surviennent sans cause apparente el ne marquent plus la fin de la crise; celle-ci s'achève au bout de trente-six heures et il n'est pas rare que pendant ce temps la migraine quitte le côté primitivement atteint pour passer à l’autre assez brusquement. Cette seconde atteinte est en général de moins longue durée et d'intensité moindre que la première, aussi la malade la désire et est satisfaite de son apparition.

Il y a deux ans, début de cataracte, opérée ; pas de troubles depuis celle époque à l’état normal, mais lorsque la malade souîfre de son hémicranie, aux symptômes précédemment décrits s'ajoutent des hallucinalions visuelles. Au cours de ces crises il lui semble voir des morts et aussi des squelettes.

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C'est surtout depuis deux ans que M"° V... voit ses souffrances augmenter. À eu vers cette époque une crise de migraine telle que son entourage affolé fit appeler son médecin. Cette crise, sans précédent, commença par la région frontale et sur la ligne médiane, de là s'étendit à toute la tête et la « rendit presque folle» ; il lui semblait que sa tèle s'ouvrait, que les os s'écartaient, se disloquaient, qu’elle les entendait craquer et que sa cervelle sortait par la brèche ; par instant cela S’apaisait et elle compare les douleurs éprouvées à «des tranchées de coliques du cerveau » : il me semblait, ajoute-t-elle, que «j'avais un cancer dans la tête qui me dévorait tout. »

La crise, très forte, si forte que pour la première fois un médecin la vil à ce sujet, dura vingt-quatre heures, se termina par des vomissements et la malade put enfin dormir.

Le lendemain, au réveil, apparut une crise d’hémicranie semblable à celle qu'elle avait autrefois et qu’elle trouva très supportable, comparativement à celle de la veille. Cette crise marque une phase nouvelle dans l’évolution de la migraine de M"° V...

À dater de ce jour, les crises sont plus nombreuses, elles reviennent à toutes les époques menstruelles, mais il y a toujours maintenant plusieurs crises. L'une, précataméniale, très forte, débutant à droite, à gauche ou sur la ligne médiane, celle-ci étant plus douloureuse, quelquelois d'intensité égale à la première de ce type; faisant suite à cette crise précataméniale, une crise apparait le lendemain en même temps qu'apparaissent les règles, mais jamais n’est frontale ; elle débute toujours soit dans la tempe droite, soit dans la tempe gauche, peut passer d'un côté à l’autre, quelquelois encore commence par le sommet de la tête sur la ligne méüiane, gagne un côté; mais, en général, quand elles débutent par ce point, les crises sont de courte durée et d'intensité plus faible.

Enfin il y a encore des crises intercalaires, comprises entre deux époques menstruelles et qui naissent sous l'influence du froid, du chaud, du changement d'air, elles sont cependant de plus courte durée et ne dépassent que rarement les vingt-quatre heures.

Quant aux grandes crises précataméniales et cataméniales, elles durent sans presque s'arrêter deux jours au moins, trois jours au plus.

Quand la crise est passée, elle reste pendant un jour abaltue, déprimée et voudrait pouvoir pleurer, cela la soulagerait.

Elle conserve l'espoir que tout cela finira avec la ménopause el coBsidère ces accidents comme des accidents du retour d'âge.

M"° V.., que nous avons vue le 20 octobre, ne, marque pas beaucoup plus que son àge, malgré les grandes souffrances endurées ; elle paraît être en parfaite santé, il est vrai qu’elle est entre deux crises, à moins que, comme elle nous le fait observer, il n’en survienne une, supplémentaire.

Dans ses antécédents nous n'avons relevé qu’une mère migraineuse et à côté d'elle un frère débarrassé de ses migraines.

Rien n’a pu nous faire penser à des accidents syphilitiques héréditaires ou acquis. Jamais de maux de gorge, jamais d’éruplion cutanée, pas de chute des cheveux, jamais de fausse couche, pas de maux de tête à caractères spéciliques, rien.

L'appareil digestif nous a paru fonctionner normalement, les dents sont bonnes, l'appétit est bon, ne mange pas vite, les digestions ne sont pas ordinairement pénibles, cependant lorsqu'elle a très faim, ce qui se produit aux approches d’une crise, elle mange plus vite, aussi éprouvet-elle après le repas des bouflées de chaleur et du ballonnement de l'estomac, mais cela passe vite.

On ne note ni constipation habituelle ni diarrhée. Pas de ptose.

Du côté du cœur, la malade nous signale des palpitations survenant sans cause, surtout lorsqu'elle monte des escaliers ou qu'elle éprouve une émotion, et une tachycardie paroxystique au moment des crises migraineuses. L'auscultation ne nous a rien décelé d'anormal. Pouls, 68 à la minute. Hypertension artérielle.

L'auscultation du ponmen ne nous à rien révélé, bien que nous ayons eu notre attention allirée sur ce point par la facilité avec laquelle la malade s’enrhume.

Au point de vue du système nerveux, nous n'avons rien remarqué d’anormal, tant au point de vue des réflexes qu’au point de vue de la sensibilité. À noter cependant une irritabilité plus grande, se manilestant principalement à l'approche des crises, mais qui persiste, quoique à un degré moindre, entre les périodes migraineuses. Cette irritabilité ne remonte qu'à cinq ans tout au plus.

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Les organes des sens sont absolument normaux en dehors des crises et nous avons signalé, dans notre observation, les troubles sensoriels dont ils sont le siège pendant l'accès migraineux.

L'examen des organes génitaux ne nous a rien appris de particulier.

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