CHAPITRE JII
PATHOGÉÈÉNIE — TRAITEMENT
«Nous ne savons rien de la pathogénie de la migraine ». Et plus loin : «Ses fréquentes parentés morbides avec les maladies arthritiques prouvent que sa condition pathogénique peut être provoquée ou préparée par des troubles nutriüfs communs à toutes ces maladies. Mais cette condition pathogénique peut être réalisée aussi bien dans d’autres conditions et sous d’autres influences, la migraine gardant sa physionomie propre dans l’un et dans l’autre cas, indépendamment de sa cause ». Voici ce que nous apprend Bouchard quant à la pathogénie de la migraine.
En 1903, Mathieu et Roux écrivaient : « Il faut bien avouer que nous ne savons pas encore ce qu'est la migraine, nous ne savons rien de sa nature ni de sa pathogénie. »
Nous pourrions dire à notre tour que cette question est au-dessus de notre compétence, d'autant que ce ne sont pas les hypothèses plus ou moins fondées qui manquent pour essayer d'expliquer les causes médiates et immédiates auxquelles sont dues les migraines.
Certaines de ces hypothèses n'ont plus qu'un vague intérêt.
C. Pison, cité par Tissot, l’attribuait au dépôt d’une sérosité âcre dans le cerveau.
Ch. Lepois parle de fermentation d'une matière bilicuse qui distendrait les membranes du cerveau.
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Pour Willis, tout vient de l'influence des esprits animaux; c’est également l'opinion d'Hoffmann et de Fordyce.
Nicolas Pison, fils de C. Pison, dit bien, comme son père, que quelquefois la migraine dépend d’une sérosité âcre déposée dans le cerveau, mais le plus souvent «du consensus avec l'estomac et les autres viseères du bas-ventre. »
Cœlius Aurelianus, prévenant la théorie gastrique, avait coutume de vider souvent l'estomac des migraineux.
Alexandre de Tralles est plus positif, tout le mal vient de l'estomac; ce qui le prouve, c’est que tous les migraineux vomissent.
Devilliers et Deschamps mettent la cause de la migraine dans une maladie des sinus frontaux. 5
Pour Auzias-Turenne, il s’agit d’une compression des trijameaux par les sinus caverneux gorgés de sang.
Pour Liveing : « La migraine est liée au tempérament nerveux qui à ses pléthores nerveuses, comme le tempérament sanguin à ses pléthores sanguines. Les unes se dissipent par une décharge électrique, comme les autres cessent par une hémorragie.
D’après Liveing, la force nerveuse pourrait acquérir un certain degré de tension dans le système nerveux et le besoin d'une décharge se ferait bientôt sentir. Cet orage nerveux, constituant la décharge, s’appellerait dans certains cas: migraine, comme dans d’autres : hystérie ou épilepsie.
Pour Calmeil, on a affaire à un trouble nerveux à la fois central et périphérique.
Pour Piorry, c'est une névralgie ascendante à débutirien.
Pour d’autres, il s'agit d'un vice de réfraction de l’œil.
C’est, pour Axenfeld et Romberg, la névralgie du cerveau.
Pour M. G. Sée, l'affection serait due à une anémie musculaire.
Pour Morgagni, à un rétrécissement du calibre des vaisseaux cérébraux par des adhérences.
Pour Tissot, Cliffort-Albut, il s’agit d’un trouble de l’estomac,
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Mathieu et Roux, Jacquet et Jourdanet la font également dépendre de troubles digestifs plus ou moins profonds.
C'est également la thèse soutenue par Lasègue, qui considère la migraine comme l'effet réflexe que le nerf vague va puiser dans l'estomac. Celte théorie s'appuie sur ce fait que les migraineux ont en général un mauvais estomac, qu'ils souffrent souvent de dyspepsie et voient souvent leurs accès provoqués par un écart de régime. Ajoutons que l'Ecole anglaise est le défenseur de cette pathogénie. En France elle a aussi bon nombre de partisans.
Mathieu et Roux, Jacquet et Jourdanet ont vu leurs malades s'améliorer sans autre médicament que celui d’un régime lacto-végétarien et par la suppression du café et des boissons excitantes, alcooliques et autres.
En Allemagne, avec du Bois-Reymond et Môllendorf, la théorie vasculaire tend à prévaloir.
D'après les phénomènes qu'il a pu constater sur lui-même, du Bois-Reymond admet une excitabilité anormale du sympathique cervical : « Elle seule, en effet, dit cet auteur, peut rendre compte de la rétraction de l'artère temporale, de la pâleur du visage, de la dilatation de la pupille et du retrait de l'œil du côté malade »; phénomènes très souvent observés par l’éminent physiologiste de Berlin. Il a été amené, après constatation de ces phénomènes, à attribuer sa migraine en particulier et la migraine en général à un état d’excitabilité et d’excitation du sympathique cervical, provoquant une contraction tonique des muscles des vaisseaux et des muscles oculo-pupillaires.
Môllendorf soutient la thèse diamétralement opposée; se basant sur la dilatation des artérioles de la rétine et la rougeur de la face au moment des accès, il en a conclu à une paralysie momentanée du même sympathique.
Jaccoud, analysant l’une et l’autre théorie, pouvait écrire : « Quand je songe que la paralysie par épuisement succède souvent à l'excitation exagérée d’un nerf, je suis moins touché de la contradiction apparente des deux assertions précé-
dentes et je suis porté à croire que si ces deux observateurs ont vu des phénomènes opposés, c’est tout simplement qu'ils ont observé à des périodes différentes. J'admets, en d’autres termes, que l'accès de migraine est constitué par une excitation anormale du sympathique, suivie d'une paralysie par épuisement qui marque le déclin et le terme du paroxysme. Ma conclusion me parait d'autant plus légitime que du Bois- Reymond à constaté et fait constater sur lui-même, vers la fin de l’accès, une coloration rouge de l'œil droit (côté malade) et de l'oreille correspondante, coloration qui était accompagnée d’une sensation vive de chaleur, objectivement appréciable avec la main. »
D'après la théorie de du Bois-Reymond, on explique par la contraction des vaisseaux l’exagération de la douleur à chaque pulsation cardiaque et cela nous fait souvenir du passage suivant trouvé dans Morgagni :
«Il suflit d’un épaississement de la dure-mère et de son adhérence'avec l’autre méninge pour expliquer la douleur. Cependant pour que vous compreniez d’une manière plus complète combien les adhérences de cette nature peuvent, en opposant un obstacle au sang, produire des douleurs de tête, réfléchissez que les vaisseaux sanguins étant des veines ou des artères, le sang qui parcourt celles-ci, parvenu à l’endroit où son cours est ralenti est nuisible non seulement par la distension qu’il exerce mais encore par la percussion. Je n'explique, autant il y a de pulsations artérielles, autant de fois le sang frappe les méninges : de là les douleurs cruelles de la tête. »
Basée sur un autre principe, l'explication pathogénique de la douleur est la même.
D'autre part, il est des cas où la migraine est, à n’en pas douter, liée à des troubles très nets ou même à de simples fonctions qui paraissent être normales. Nous voulons parler des cas où la migraine est synchrone de l'ovulation. Pour Eulenburg, les femmes sont plus sujettes à la migraine que les hommes et cela comme 5 est à 1. Et nous ne sommes pas