‹ De la migraine tardivement aggravéeChapitre 7 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Une maladie n’est réellement définie que si elle repose sur une cause spécifique, une lésion déterminée, une évolution toujours identique dans son ensemble. Cause et lésion qui provoquent le syndrome douloureux migraineux demeurent inconnues; il ne nous reste donc, pour définir celte névrose, que son évolution, sa symptomatologie, et nous dirons que la migraine ou mieux que le migraineux est un individu, homme ou femme, enfant ou vieillard, qui présente, présenlera ou aura présenté au cours de sa vie des phénomènes douloureux hémicraniens survenant par accès périodiques, accès accompagnés ou non de troubles digestifs, sensoriels ou moteurs.

Ainsi nous ne préjugerons ni de la cause ni de la lésion et nous pensons que celte définition résume assez bien cet état morbide et peut s'appliquer à tous les migraineux.

Lasègue, l'illustre migraineux, a défini sa migraine; il la décrivit et fit de son accès le type de la crise vraie, légitime. Les migraines qui n'étaient pas superposables à la sienne étaient des migraines qui devaient être tenues pour suspectes. Il est défendu d’avoir la migraine plus d’une fois par semaine, il est interdit de ne l'avoir qu’une fois par an. La migraine n’est pas à l'usage des enfants et lorsque le migraineux a doublé la quarantaine il ne doit plus songer à ses crises de jeunesse.

Dans l'état actuel de nos connaissances sur la pathogénie

op

de la migraine, il nous paraît un peu brutal de limiter ainsi une affection quelle qu’elle soit, et la migraine en particulier.

Nous n'avons pas la prétention de faire ici la critique des différents ouvrages publiés sur la migraine ; tel n’est pas notre but; qu'importe pour nous qu’une crise qui ne dure que quelques heures ne soit pas une crise légitime : ce qui nous intéresse, ce n’est pas la migraine en général, c’est la migraine tardivement aggravée, mais nous attirons l'attention sur ce point que chez nos malades dont les observations figurent au chapitre suivant, les crises migraineuses d'avant la quarantaine étaient bien des migraines légitimes du type Lasègue el nous sommes persuadé que les crises actuelles sont bien du même type morbide que les crises anciennes. Il ne s’agit pas de céphalées plus ou moins obtuses, confuses et diffuses, mais de crises hémicraniennes douloureuses, mais plus douloureuses et aussi plus longues que celles du passé. Aussi légitimes que les crises adultes sont les crises migraineuses de nos observations; elles diffèrent non pas tant par leur qualité que par leur intensité, leur durée et leur répétilion.

Bien que la migraine ne soit pas une maladie grave au sens que nous sommes habitués à donner à ce mot, nous avons conservé le titre de M. le Professeur Mathieu parce que, par l'intensité de leurs symplômes, ces migraines ont une apparence de gravité réelle.

Avant d'entreprendre l'étude des migraines tardivement aggravées, nous allons passer en revue les opinions des historiographes de la migraine sur l’évolution de ces crises douloureuses périodiques qui font de quelques individus des migraineux.

Guezer et Borpier, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, disent que les accès de migraine vont en se rapprochant pendant une période de la vie pour s'en aller et disparaitre dans une autre; elle s’éteint, ajoutent-ils, sur le seuil de la vieillesse.

Dans les Archives de médecine, dans une revue critique du

2e CARRE travail très important de LiveinG sur la migraine, LasèGue s'exprime ainsi :

« La migraine n'est pas une maladie indéfiniment durable ; de mème que chaque accès à son cycle, de même la somme des accès obéit à une évolution. À mesure que le malade parvenu au maximum de la diathèse redescend vers la guérison, les crises deviennent de moins en moins correctes, quelques symptômes surnagent, d’autres disparaissent, la durée est plus inégale et les accès sont remplacés par des malaises moins pénibles, qui se prolongent où par des poussées douloureuses plus aiguës et plus passagères. Le diagnostic différentiel serait presque impossible à cette période décroissante si On n'avait pour se guider les commémoratifs. »

Et ailleurs :

« Quand le migraineux se sénilise, la maladie s’éparpille pour ainsi dire ; elle perd sa netteté, son âpreté, ses caractères deviennent vagues et confus, l'accès diminué, dilué, n’est plus que le fantôme de ce qu'il a été autrefois, il n’y a qu'un mal de tête diffus, mal localisé, qui permet au malade de conlinuer à vivre sa vie ordinaire, mais se prolonge ordinairement plus longtemps que ne le faisait l’accès aigu et franc. »

AXENFELD, dans son 7railé des névroses, dit à peu près les mêmes choses; il a remarqué cependant que la migraine, très courte au début, va en augmentant pendant les premières années de son existence, atteint un maximum de durée et d'intensité, puis va décroissant d’une façon irrégulière et disparait aux approches de la vieillesse.

Dans le Dictionnaire de Dechambre il est dit que les accès vont en se rapprochant pendant une période de la vie pour s'éloigner et disparaître dans une aulre.

Pour ARCHIPOFF, HALLION, SOULA, SARDA, l’évolution de la migraine est toujours la même, toujours elle débute aux approches de la puberté, toujours elle décline au seuil de la vieillesse.

D'ailleurs, ni les uns ni les autres ne disent à quel moment on est au seuil de la vieillesse, ils laissent au lecteur le soin

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