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d'établir lui-même cette date critique ; du moins auraient-ils pu prendre le critérium de Peter chez l'homme et celui de la ménopause chez la femme et, pour ce qui intéresse directement nos observations féminines, nous considérerops le seuil de la vieillesse, l’âge auquel la femme n’est plus réglée ; ce n’est pas une limite absolue, mais la femme chez qui l’artério-sclérose est plus rare peut avoir l’âge de ses règles, comme l’homme peut avoir celui de ses artères. Il n’y a pas, d'ailleurs, de rapport direct et un homme jeune encore peut avoir des artères sclérosées comme une femme jeune encore peut ne plus en être à la période active de sa vie génitale.
Quelques auteurs sont plus précis, rarement ils ont insisté sur les rapports des règles et de la migraine ; quelques-uns l'ont fait cependant.
SAUVAGES admettait une migraine lunatique en rapport avec les menstrues.
SaArDA met en doute la périodicité des accès ; pour lui, le retour des accès est variable suivant les sujets et même chez le même sujet : « Quelquelois cependant, ajoute-t-il, ils reviennent régulièrement tous les mois et chez les femmes il n’est pas rare d'observer un accès à chaque époque menstruelle ; d’ailleurs, à mesure que le malade vieillit, les accès deviennent moins fréquents et moins douloureux. »
Pour Mxice et FEINDEL, cette névrose débute ordinairement à l’âge de l'adolescence, se prolonge dans l’âge mûr et cesse souvent à l'approche de la vieillesse ; chez la femme, avec la ménopause.
EULENBURG dit que la migraine, fréquente de la puberté à cinquante ans, est relativement rare dans un âge plus avancé. ne s’en développe plus de nouveaux cas et ceux qui existaient antérieurement disparaissent, à mesure que le sujet avance en âge, les crises s’apaisent et cessent complètement vers ciriquante-cinq ans, puis il ajoute: « La ménopause semble avoir une heureuse influence sur leur développement. »
Cependant MALHERBE, dans sa thèse inaugurale, rapporte
des observations de Cazazis qui aurait vu, à la Salpètrière, des femmes de soixante-quinze, quatre-vingts et même quatrevingt-quinze ans chez lesquelles les accès de migraine avaient persisté à se montrer sans décroître d'intensité. Toutefois, ajoute l’auteur, ce sont là des cas rares et les crises de ces migraines tardives sont, en général, confuses et mal caractérisées.
Sans mettre en doute les observations de Cazazis, il nous semble que LASÈGUE n’eût pas accepté comme migraines légitimes ces migraines ultra-séniles.
Une remarque de Jaccoup semble en contradietion avec l’évolution telle qu’elle est comprise et qui l’est en effet : « Un assez grand nombre de migraines commencent chez les femmes à l’époque de la ménopause. »
Des faits analogues ont été décrits par M. le Dr MATHIEU sous le nom de migraines tardives ; elles sortent de notre cadre.
Enfin nous arrivons au nom de Tissor, que tout ouvrage sur la migraine n'oublie pas de signaler, mais nous ne croyons pas que ce passage ait jamais été reproduit, bien qu'intéressant et parce qu'il contient en germe le travail de M. le Dr Marnieu et notre propre travail.
Nous citerons tout le passage écrit par Trssor sur l'évolution de la migraine parce qu'il nous apparait comme l’un des moins partiaux :
« La migraine est certainement une des maladies qui sont souvent héréditaires et alors elle attaque quelquefois dès l’âge de sept ou huit ans, quelquefois même plus tôt. J'ai vu des personnes ne pouvoir pas se rappeler à quel âge elles avaient eu les premiers accès ; on peut même, sans hérédité, en être attaqué de fort bonne heure : cependant, c'est plus souvent depuis treize ou quatorze ans, jusqu'à dix-huit ou vingt, qu’elle commence ; elle est dans toute sa force jusqu'à cinquantecinq ou soixante ; alors, ordinairement les accès s’affaiblissent, s’éloignent, et presque toujours avant soixante-dix ans on n’en a plus que de faibles attaques ; souvent mème, elle passe
pige
tout à fait, et cette seule observalion suflit pour faire pressentir que la migraine est une espèce de maladie critique qui ne se dérange pas impunément et une multitude de faits le démontreront.
» Chez les femmes, elle redouble souvent à l'approche de la suppression des règles et pendant leur dérangement, et diminue ensuite, quand cette époque est tout à fait passée. »
Cette dernière remarque est celle qui répond le mieux à nos observations personnelles et dans les observations que nous apportons la relation entre la ménopause et l’augmentation tardive de la migraine ne nous paraît pas douteuse ; nous reviendrons sur cette idée et, avant d’aller plus avant, nous rapporterons une observation tirée dé ce même livre de Tissor, observation qui montre que l’auteur avait bien remarqué celte augmentation tardive de la migraine :
«J'ai vu, dit-il, un autre malade astreint à un genre de vie sédentaire et studieux, qui avait aussi eu la migraine très jeune, mais dont les accès étaient tous au moins de douze heures et le laissaient extrèmement faible pendant un jour. D'abord éloignés, ils devinrent plus fréquents et revinrent pendant quelques années tous les mois, puis tous les quinze jours, tous les huit jours et plus souvent, mais toujours terminés par les vomissements. A l’âge environ de soixante ans, ce qui est opposé à la marche ordinaire, ils devinrent si fréquents qu'il ne pouvait plus s'assurer d’être bien deux jours de suite, quoique quelquefois il eût de plus longs intervalles. » :
Cette observation, la seule que nous ayons trouvée dans les auteurs avant celles de M. le Dr Marnreu, montre bien que déjà Tissot avait eu notion de cette augmentation du Syndrome douloureux hémicranique. Mais c’est, malgré tout, au docteur Marxieu que revient l'honneur d’avoir attiré particulièrement l'attention sur ces formes tardivement aggravées.
En résumé, pour la plupart des auteurs, la migraine est une maladie qui vieillit et qui vieillit plus vite que l'individu qui la supporte. C’est encore une maladie qui, bien vivante pen-
dant la période adulte de la vie, s’affaiblit et tend à disparaître sur le seuil de la vieillesse.
Nous avons pu constater, d'autre part, que ces mêmes auteurs qui sont à peu près tous d'accord sur l’époque de l'instauration de la migraine, s'entendent mal sur ce qu'il convient d'appeler : «le seuil de la vieillesse ». Les uns, les jeunes, fixent pour cette époque la quarantaine ; d’autres, plus sages, parce que plus âgés, reculent un peu cette limite jusqu’à cinquante ou cinquante-cinq ans.