OBSERVATIONS
Au début du précédent chapitre, nous avons donné une définition symptomatique de la migraine, définition générale, qui puisse être adaptée à tous les cas. Au début de ce nouveau chapitre, nous allons décrire un accès type qui sera un terme de comparaison pour nos observations personnelles. Nous empruntons aux descriptions des différents auteurs, et en particulier à Lasègue, les principaux traits de l'évolution de la crise de la migraine commune.
La douleur, précédée de vagues prodromes, tels que sensation de bien-être, vivacité intellectuelle décuplée, boulimie, la douleur, disons-nous, ouvre la scène. Son siège est variable au début et chaque individu a son point faible, mais trois points principaux sont ordinairement en cause : c’est un point de la région sous-orbitaire, ou un point temporal, ou un point oculaire. À côté de ces points douloureux initiaux, 1l ÿ en a d’autres moins fréquents, tels le point occipital ou le point sincipital.
De ce point fixe, presque toujours le mème pour chaque individu, la douleur rapidement s'irradie dans tout l’hémicrane correspondant.
De quel type est la douleur? Superficielle chez les uns, profonde chez les autres, elle peut être à la fois au cours d'une même crise superficielle et profonde; toujours très pénible, elle s’affaiblit par instant pour revenir, plus terrible. Les uns parlent de rongements profonds, d’autres de sensa-
tion de vrille, d’autres éprouvent une disjonction des os du crâne ou un éclatement de la cervelle, d’autres parlent d’un martellement continu qui s’exaspère par moment; mais à chaque individu est ordinairement départi un type douloureux dont il ne sort guère.
En même temps que ces phénomènes douloureux, coïncidant avec eux, les troubles gastro-intestinaux sont très fréquents, pour ne pas dire habituels. L’analogie de ces symptômes avec ceux du mal de mer avait fait donner par Liveing la dénomination de « sick headache ». Ils vont de la nausée aux vomissements presque incoercibles; ceux-ci, alimentaires au début, deviennent glaireux à la suite et sont parfois bilieux.
L’anorexie est complète, ou bien le malade peut manger sans inconvénient, mais par expérience le migraineux ne mange qu'au déclin de la crise et dans l'espoir de l’abréger un peu.
La constipation est la règle.
Les troubles nerveux sont ordinairement plus rares dans la migraine commune. On note cependant des bourdonnements d'oreille, de l'hyperacousie, du côté des yeux des scintillements, des hallucinations. Avec du Bois-Reymond et Müllendorf, les Allemands ont décrit des troubles vaso-moteurs et ont distingué des migraines rouges ou sympathico-paralytiques el des migraines blanches ou sympathico-toniques.
Des phénomènes moteurs peuvent être observés, mais ils sont assezrares. C’est ainsi qu’on a publié des observations de «migraine hémiplégique » et des « migraines compliquées d'aphasie ».
Le migraineux est photophobe en général; le contraire est vrai, mais combien plus rare. Il fuit le mouvement qui exaspère la douleur, et redoute pour la mème raison le vomissement; cloîtré dans sa chambre, il attend patiemment la fin de celte crise, qui peut durer de six à trente-six heures, mais toujours à peu près le même Lemps pour un migraineux donné.
Certains symptômes, au sujet desquels le migraineux averti
ne se trompe pas, annoncent la fin prochaine de la crise. Chez quelques-uns, c’est un vomissement; chez un autre, le besoin de manger ; chez un autre encore, le besoin d’aller à selle, ou bien le sommeil s'empare du malade, et tout rentre dans l'ordre.
A côté de ce Lype, le plus fréquent, il en est de plus graves: migraines Ophtalmiques, ophtalmoplégiques: il en est de moins douloureux et certains migraineux peuvent vaquer à leurs occupations quotidiennes.
À côté de ces formes, il en est une, celle qui nous intéresse, qui ne suit pas celle marche; elle dure davantage, les crises sont plus douloureuses, les paroxysmes plus insupportables, et les migraineux qui sont afiligés de cette recrudescence insolite viennent se plaindre, parce que leur mal commence sérieusement à les inquiéter. À certaine période de leur existence, vers la quarantaine, des migraineux qui jusque là n'étaient pas sortis du cadre normal de la migraine, évoluent: eoup sur coup, ils ont à subir les attaques réitérées de leur mal, ou bien ils voient leur crise, qui ne durait que vingt-quatre heures, s’éterniser ; ce sont ces cas mal vus, mal étudiés par les auteurs que nous allons décrire.
Nous avons vu que pour la plupart des auteurs la migraine est rare dans un âge avancé où que du moins, si elle persiste, elle est atténuée.
Dans son mémoire publié dans les Archives des maladies de l'appareil digestif, M. le D: Mathieu s'exprime ainsi : « Nous avons eu, pour notre part, l’occasion, depuis une dizaine d'années, d'observer onze personnes chez lesquelles la migraine qui s'était montrée dans l’enfance ou l’adolescence s’est traduite par des crises à la fois plus intenses et plus fréquentes, à un âge compris entre quarante-cinq et cinquante-quatre ans. »
En voici, d’une facon sommaire, plusieurs exemples :
OgBservaTion L (MATHIEU)
M"° 11... cinquante-deux ans. Migraineuse depuis l’âge de vingt ans. Les crises ne s'accompagnent pas toujours de vomissements. Depuis un an, les crises sont beaucoup plus fortes et plus fréquentes, avec vomissements glaireux.
Ogservarion Il (Marie)
M"° F..., cinquante-quatre ans. Migraines depuis l’âge de dix ans. Les crises étaient plus violentes, mais d’une fréquence moindre. Depuis deux ans, elles se reproduisent deux ou trois fois par semaine. Parfois, au moment des crises, la malade perçoit des zigzags lumineux devant l'œil gauche et de temps en temps il se produit de l’hémianopsie. Nervosisme. Bon appétit, n'ose manger à sa faim de crainte des malaises éprouvés au cours de la digestion. Ptose au foie et au rein droit.
Améliorée au début d’une facon passagère par le traitement : repos au lit, régime lacto-végétarien; cure laxative.
OBsERvaTION IT (MaruiEu)
M"° G..., cinquante-deux ans, a des migraines depuis l'enfance; les crises ont une tendance à augmenter dans ces dernières années.
Amélioration marquée par le régime lacto-végétarien et l'usage du sel de Carlsbad à dose laxative.
OBseRVATION IV (Marieu)
M°° B..., quarante-six ans. Migraines franches depuis l’âge de huit ans, survenant en général tous les mois. Actuellement, les crises sont beaucoup plus fréquentes.
OBsERvATION V (MATHIEU)
M. G.., quarante-sept ans. Migraineux depuis l'enfance. Pas de vomissements, mais état nauséeux très pénible pendant les crises et
elorts de vomissements intenses. Depuis quelques mois, les crises sont
pod
devenues de beaucoup plus fréquentes. Dyspepsie sensitivo-motrice. Tendance à la constipation.
O8seRvarION VE (Maruteu)
M"° R...,quarante-neuf ans. Migraines depuis longtemps, très intenses durant quarante-huit heures. Les crises sont devenues plus intenses, elles surviennent tous les huit ou dix jours, durent deux ou trois jours et laissent la malade épuisée. Scoliose, plose rénale, dilatation gastrique.
Régime d'exclusion. Boissons chaudes exclusivement. Teinture de Colombo. Gentiane et ipéca. Douches en jet, froides.
Revue un mois plus tard : deux crises seulement de migraine dans le mois. Eau de Carabaña tous les deux jours.
Revue trois semaines plus tard : n’aeu que deux crises nouvelles, uné légère et une intense.
Revue trois mois plus tard : n'a eu que trois crises, la première très forte, les deux autres assez légères.
OBservaTION VIL (MarmiEu)
M. D..., quarante-six ans. Migraines depuis l’âge de dix ans. Crises intenses durant quarante-huit heures, s’accompagnant de vomissements. Quinze à seize crises par an.
Depuis quinze mois, les crises paraissent s'atténuer depuis qu'il avait été fait des lavages d’intestin contre la constipation; mais il y en a eu trois dans le même mois. M. D... mange beaucoup de viande.
Traitement : Régime lacto-végétarien et cures laxatives. Le malade est revu neuf mois après ; il annonce une très grande amélioration au point de vue des migraines.
O8servaTION VITE (MarTuiEu)
M. V.., quarante-trois ans. Migraines depuis le collège. Crises survenant à peu près tous les mois, s’accompagnant de nausées et de vomissements d'une durée d’un, puis de deux jours.
Depuis quatre ou cinq ans, les crises sont plus fréquentes, elles se
LAON montrent toutes les semaines, elles durent trois jours. Elles ne s’accompagnent pas habituellement de vomissements. M. V..., quiest négociant
en vins, fait des excès alimentaires répétés.
OBsERvATION IX (MATHIEU)
M"° G..., cinquante ans. Migraineuse depuis l'apparition des règles.
. Crises hémicraniques, avec vomissements durant vingt-quatre heures. Dyspepsie douloureuse depuis deux ans; aérophagie. Depuis cette épo-
que, les crises de migraines sont beaucoup plus fréquentes et beaucoup
plus intenses.
OBservATION X (MATHIEU)
M°° M. H..., quarante-huit ans. Migraines depuis l'enfance; au moment des règles, de cinq heures du soir au lendemain malin, s’accompagnant de vomissements glaireux.
Les crises ont disparu à quarante-cinq ans pour reprendre à quarantesept ans, avec une durée égale et une intensité plus grande. En même temps, troubles dyspeptiques, aérophagie et constipation.
Ogservarion XI (Maruieu)
M. IL..., quarante-huit ans, représentant de commerce, vient à la consultation de l'hôpital Andral, le 24 août 1906. Depuis longtemps soufre de migraines très violentes qui augmentent de fréquence et d’intensité depuis l’âge de quarante ans. Il est très constipé et soullre vaguement de l’estomac. Actuellement, il éprouve continuellement une grande sensation de fatigue, surtout marquée le matin au réveil et s’accompagnant à ce moment de maux de tête et d'état nauséeux.
Il a perdu complètement l'appétit, ne mange plus et a considérablement maigri. Les migraines, intolérables, le prennent actuellement une ou deux fois par semaine. L'accès débute le matin et dure deux jours. Sommeil agité, insomnie, démangeaisons, pas de crampes, pas d'épistaxis, pas d’œdème malléolaire. À supprimé de son régime le pain et les légumes.
Urine souvent, deux à trois fois la nuit.
Examen :
Foie : 12 centimètres sur la ligne mamelonnaire.
Estomac : Pas de clapotage, mais, après ingestion d'un verre d'eau, l'organe descend à un travers de doigt au-dessous de l'ombilic et est le siège d’un clapotage et d’un bruit de flot.
Les urines contiennent un nuage d’albumine.
Régime lacté et sel de Carlsbad artificiel.
5 septembre 1906. Même état, mème régime, même quantité d’albumine.
12 septembre 1906. Amélioration sensible, diminution des migraines et de l’état nauséeux, n’a plus d’albumine. Poids, 50 kil. 400.
3 oclobre 1906. Le mieux continue. Régime lacto-végélarien, légumes verts.
17 octobre 1906. Poids, 63 kilogrammes. Va tout à fait bien. Les migraines ont disparu complètement. Il existe encore quelques douleurs localisées à la nuque. La constipation persiste, malgré une demi-cuillerée de poudre de Carlsbad.
Mis au régime des fruits cuits et légumes verts. k
23 novembre 1906. Poids, 63 kil. 400. Les migraines, les douleurs de tôle ont disparu et ne sont pas revenues. Avec le régime végétarien, n’a plus de constipation. Traces à peine sensibles d’albumine. Même régime.
21 janvier 1907. Excellent état. Le malade pèse 68 kil. 500; ne se reconnait pas lui-même tant il se trouve bien. Régime végétarien; très
légères traces d’albumine.
M. le Dr Mathieu conclut ainsi:
« La persistance de la migraine et son aggravation à une époque de la vie où elle s’atténue et disparaît le plus souvent ne sont done pas très rares, tout au moins dans la catégorie des malades que nolre spécialisation médicale nous amène à observer. »
Voici, d'autre part, quelques brèves observations de malades venus à la consultation de M. le Professeur Pitres et au sujet desquels le diagnostic de migraine tardivement aggravée fut porté.
Rivière D)
PRO Je
OgservaTion XII
(Consultation de M. le Professeur Prrres)
M" L..., quarante et un ans. Migraines de tout temps; la première à dix ans; après qu'elle a été réglée, les migraines sont revenues régulièrement, précédant l'écoulement menstruel.
Actuellement, les migraines sont plus fréquentes et reviennent deux et trois fois par semaine, surtout après les repas.
Céphalée bilatérale, débute au niveau des tempes et des yeux et dure une journée. Est obligée de se coucher. Pas de troubles du côté de la
vue.
La douleur est très violente (en dedans » ; pendant les crises, la tête est sensible au toucher. Vomit quelquefois à la fin de la crise et les vomissements la soulagent beaucoup.
L’estomac ne la gêne jamais en dehors des crises de migraine. Son ntestin fonctionne bien. Est réglée normalement.
Examen :
Femme adipeuse.
Estomac sensible à la pression au niveau de sa partie supérieure.
OgservarioN XII (Consultation de M. le Professeur Prrres)
M°°M..., cinquante-cinq ans. Maux de tête deux fois par mois, d’une durée d’un jour ou deux. Depuis une quinzaine d'années, les maux de tête ont augmenté. Toute la tête lui fait mal. Elle soufire tellement qu'elle ne sait plus où elle est et perd connaissance.
Ogservarion XIV
(Consultalion de M. le Professeur Prrres) # M°° P.., quarante-trois ans. À toujours été sujette à la migraine ; depuis quelque temps, les accès augmentent et reviennent tous les trois
jours.