DE L ORDRE DE BATAILLE
première ligne, et de former ainsi de front une ligne pleine conjointement avec les hastats ; de cette façon on se conservait les princes en seconde ligne pour appuyer au besoin et remplacer la première, et Ton avait toujours les triaires pour réserve.
Dans les batailles où Ton avait à redouter les éléphants, les manipules des princes se plaçaient derrière les hastats par un mouvement de flanc trèsfacile à opérer ; les triaires, en restant à leur place, se trouvaient naturellement derrière les princes. Les cohortes, séparées les unes des autres à égale distance, étaient alors rangées en colonnes : et les éléphants, qu'excitaient et chassaient les vélites, trouvant des issues dans ces intervalles réguliers, passaient derrière l'armée sans y faire aucun mal. Cette ordonnance, suivie par Scipion à la bataille de Zama, lui assura la victoire.
Quand un corps d*infanterie, de beaucoup inférieur en nombre, était entouré de tous côtés par Tennemi, de même qu'aujourd'hui nous formons le carré, les Romains formaient le rond. « On recommandait aux troupes, dit Végèce. de former des ronds, évolution par laquelle les soldats bien exercés pouvaient se défendre et empêcher la déroute totale de l'armée. Cette évolution, bien répétée dans le camp, s'exécutait aisément sur le champ de bataille. » A la bataille de Nicopolis que Domitius perdit contre Pharnace, la trente-sixième légion, à sa droite, avaitmis en fuite à elle seule toute la cavalerie ennemie trèsnombreuse et avait opéré des exploits remarquables; mais, la gauche de l'armée romaine ayant été complètement battue, le vainqueur dirigea ses forces sur
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celte légion, qui se trouva tout à coup enveloppée. Elle forma le rond aussitôt et se défendit dans cet ordre avec tant de courage que l'ennemi cessa de la pousser davantage. Elle put alors se retirer en bonne contenance vers une montagne voisine et gagner les iiauteurs. César, dans ses Commentaires (1), parle du même ordre sans le désapprouver. « Quand nos ennemis, dit-il, virent la plus grande partie de nos troupes engagée dans une vallée étroite, tout à coup ils se montrèrent des deux côlés du vallon, nous attaquèrent en queue, arrêtèrent Tavant-garde, et nous forcèrent de combattre dans la position la plus dangereuse. Alors Titurius, surpris, éperdu, se trouble, court çà et là, dispose les cohortes mais avec hésitation... Cotta, qui avait prévu le danger, et qui, pour cette raison, s'était opposé au départ, n'oubliait rien pour le salut commun... Comme Tarmée était trop étendue pour que les lieutenants pussent tout faire par eux-mêmes et pourvoir aux besoins de chaque poste, ils donnèrent Tordre d'abandonner les bagages et de se former en cercle. Cette résolution est assez convenable' en pareille conjoncture : quod consilium in ojusmodi rasu reprehendendum non est Malgré tous leurs désavantages, nos soldats résistèrent : une grande partie du jourétait écoulée, et le combat avait duré depuis le lever du soleil jusqu'à la huitième lieure (â;, sans qu'on eût rien fait qui lût indigne du nom romain. »
11 y avait encore quelques dispositions particulières pour certaines divisions déterminées de Tar-
(I) CiiiS., Corn. y V. 33. —(2] Deux heures après midi.
DE l'ordre de bataille
mée. Le coin, cuneus^se formait d'un certain nombre de gens de pied postés en tête, et tout près du corps de bataille : ils le débordaient de plusieurs rangs, de sorte que le premier était composé d'un petit nombre d'hommes, et que les suivants s'étendaient de plus en plus, à proportion qu'ils étaient plus près de leur corps de bataille.
La tenaille était une défense naturelle contre le coin : elle se composait d'une troupe d'infanterie choisie, disposée en forme d'un V majuscule et destinée à recevoir le coin. Elle l'enfermait des deux côtés et en rompait facilement toutleffort.
Lame était aussi composée d'une troupe d'infanterie d'élite, rangée en droite ligne. On l'opposait à l'ennemi, sur le front de bataille, quand on voulait donner le temps à quelque troupe rompue de se rallier derrière elle (1).
Telles étaient les principales dispositions particulières qui pouvaient facilement s'allier à Tordonnance générale de l'armée. La légion, en se prêtant par sa composition à toutes les volontés du général, lui donnait plusieurs moyens de combattre et de vaincre.
Quelque bonne cependant que paraisse cette tactique des anciens Romains, l'expérience y fît trouver quelques défauts. Les grandes pertes que Rome avait essuyées dans les guerres puniques provenant en partie de cequ'Annibal attaquait toujours avec une cavalerie beaucoup plus nombreuse que celle des Romains, ceux-ci comprirent qu'il fallait augmenter leurs turmes, et (^u'il était nécessaire aussi de clian-
',l)Veg.,IlI, 18.