‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 10 sur 126 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sur quelque point du globe quHl plaise à l'observateur de jeter les yeux , il y trouvera là misère, compagne inséparable de Tespèce humaine. Du hôt*d au sud et de Test au couchant , il la verra danç les deux hémisphères, s'attachanl comme une lèpre aux nations les plus florissantes , empoisonnant leur prospérité , relardant leurs progrès , rendant irréparables letirs fautes.

Cependant les époques de richesse publique présentent presque toujours des ressources contre le malheur privé. Les grands travaux, qui sont là suite et là cause en même lebfips de la prospérité générale, offrent au pauvre des moyens d*existehfce qu'il peut utiliser, s'il èist laborieux. Si la maladie le rend impTàpte au travail, il li'implore pas eh vain la pitié de i^ôpulence. La bienfaisance e6t plus facile , lorsque les ressources abondent et que le riche Test assez pour dbtihèt aux pàUVréfe^ sans qu'il en t^ésulte une diminutibti bien sensible dàtis son bieU-ètt*é personnel.

Mais c'est aux époques de souflrance générale';

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et particulièrement chez les peuples en décddence, <]u*elle prend un caractère plus destructeur. Lorsque Taisance de tous diminue graduellement , Ut que chacun se trouve le lendemain un peu plus gêné qu*il n'était la veille; lorsque chaque famille doit restreindre ses dépenses et renoncer tous les jours à quelque partie de ce qu'elle s'était accoutumée à re« garder comme son nécessaire , alors la compassion s'éteint presque dans les cœurs : les bourses se resserrent , le sentiment des maux personnels absorbe à celui des souffrances d'autrui ; et quand le désir de les soulager conserverait toute sa force , les moyens matériels lui manqueraient pour produire tous ses effets.

Alors apparaissent ces terribles scènes qui précèdent ordinairement lu chute des empires. L'extrême misère traîne à sa suite des compagnons plus redoutables qu'elle, le mépris des lois et des mœurs, l'ignorance et le brigandage. Il n'y a plus de frein pour Thomme que la faim aiguillonne ; le gibet peut bien effrayer ceux qui comptent sur une longue vie; mais comment protégerait-il la loi contre celui qui, s'il ne se décide à l'enfreindre, est assuré de mourir demain? Les considérations morales perdent aussi tout leur empire, le grand nombre des crimes en diminue rhorreur ; le désir de l'estime publique abandonne ceux qui sentent défaillir leur existence. Les maladies contagieuses suivent presque toujours ces épo-

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ques de calamité et moissonnent ce qu'avait épargné la faim.

C'est ordinairement le pauvre seuf qui ressent les premiers effets de la misère ; il est frappé et meurt avant que ceux qui passent pour les heureux de ce monde s'aperçoivent qu'il a souffert; mais quand les époques de désolation se prolongent, les hautes classes tardent peu à en sentir le contre-coup. La faim ne vient point assaillir le riche aU' ni'ilieu de son opulence; mais quand la misère publique a porté la désorganisation dans l'ordve social , il se voit attaqué dans son rang, dans ses richesses et dans sa sûreté personnelle : terrible et grande loi qui réunit, par une sorte de solidarité forcée, l'activité du prolétaire et les lumières de l'homme puissant ! InvStitution salutaire de la Providence qui a voulu que l'homme éclairé commandât à son frère qui n'est que lalx)fieux, mais fût, dan» certaines limites, responsable aussi de ses souffrances, de quelques canses qu'elles puissent provenir.

De toutes les pensées qui peuvent affliger le cœur de l'homme, la plus accablante sans doute est celle de ce fléau infatigable qui s'est étendu à tous les temps et à tous les lieux. Si la vue de quelques souffrances individuelles affecte si péniblement l'Ame de ceux qui en sont témoins, de quelle tristesse ne doit pas être saisi l'homme réfléchi qui sait que des mil- Mons de scènes semblables se passent au même instant

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