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la misère et ses causes. M. Buret, bien <iue couronné par r Académie, s'est plaint avec raison du dé&utde clarté du programme proposé. Mais ce programme contenait bien d'autres lacunes que celles qu'il a signalées. On voulait un examen de la misère, de ses signes et de ses causes en divers pays ; il était, à ce qu'il semble, indispensable de faire connaître quelle espèce de recherches on désirait. Voulait-on un ouvrage historique, statistique, médical^ économique ou religieux? Le programme n'excluait aucun de ces genres. On me dira peut-être que puisqu'il ne les avait pas exclus, c'est qu'il les admettait. Oui sans doute, il les admettait au concours, mais non pas au succès. (1)
On sait que toutes les questions sociales sont envisagées fort diversement par les membres de l'Académie des sciences morales et politiques. Si l'on avait connu d'avance la composition de la commission qui
(i) L'A.cad^.mie n'ajamais couronné aucun ouvrage d'économif! politique; cela n'a pas découragé les économistes qui venaient de temps à autre hasarder une tentative et se casser la tète contre une porte fermée. C'est qu'ils croyaient que l'Académie avait rejeté les ouvrages de leurs devanciers à cause de leur médiocrité et non à cause de leurs doctrines. Aujourd'hui , le fait est heureusement éclairci ; le rapport de la commission qui a examiné les mémoires sur la misère, en élimine plusieurs avec ces paroles décisives et remarquables : Ce n'est pas de l'économie politique queVÀcadé^ mtetZemanciai/. Puisque l'Académie n'eu demande pas à propos de la misère, elle ne peut en vouloir eu aucune autre circonstmce. Ainsi:, à moins d'un appel direct, les économistes doivent désormais se considérer comme officiellement avertis de s'abstenir.
PRÉFACE. Il
devait juger, on aurait pu, jusqu'à un certain point, prévoir quel genre de composition serait reçu avec le plus de faveur. Si Ton avait surtout connu le rapporteur, dont le choix indique ordinairement Fesprtt de la majorité des commissaires, on aurait été suflisamment éclairé. L'honorable et savant docteur qui en a rempli les fonctions étant un statisticien distingué, il est clair qu'il devait donner la préférence aux ouvrages de statistique. Mais on ne pouvait rien savoir de pareil , puisque la commission n'a été nommée qu'après que les mémoires étaient déposés. Les concurrens travaillaient donc au hasard , et, en discutant tel ou tel point de doctrine, ils pouvaient se mettre d'avance à dos un ou plusieurs de leurs juges. Ils pouvaient même, dans leur ignorance de l'avenir, attaquer nominativement leurs écrits : c'est ce qui est arrivé à plusieurs, et à nous entre autres.
Qu'on ne me dise pas que l'impartialité des académiciens les met au-dessus de pareilles considérations. Qu'elle les mette au-dessus d'une attaque personnelle, à la bonne heure; mais au-dessus d'une question de principe, c'est impossible. Couronner un ouvrage rempli de doctrines qu'on regarde comme erronées, ce ne serait pas de l'impartialité, ce serait de Fextravagance.
Messieurs les membres de r I nstit ut sont loin, comme nous l'avons dit, d'être unanimes dans leurs convictions économiques'; leurs écrits en font foi. Ceci
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n'esl point un blâme; H est utile , au contraire, que des opinions diverses soient soutenues par des hommes de talent. Mais cette diversité d'avis , profitable au point de vue de l'intérêt général, devient embarrassante pour ceux qui doivent subir leur jugement. Le jugement doit varier, en effet, suivant la composition de la commission.
Pour les prix purement littéraires, on n'éprouve pas le même inconvénient. La poésie, l'éloquence sont jugées indépendamment des opinions politiques ou sociales; mais dans un ouvrage sur la misère, la rédaction doit être comptée pour peu. Les recherdies statistiques, commerciales, financières, en composent nécessairement la base. Or, ces recherches ne peuvent être isolées d'un corps de doctrine quelconque, et toute doctrine controversée peut rencontrer à l'Académie des partisans déterminés ou des adversaires ardens.
Il résulte de là que les concurrens ne peuvent pas calculer, même appix>ximativement , leur position réelle; ils ignorent ce qu'on leur demandera; et le hasard entre pour une trop forte part dans leurs chances.
Il y a deux ou trois ans qu'une académie de province proposa un prix à l'auteur du meilleur mémoire sur le défrichement des bois. Or, cette académie était contre le défrichement, et comptait bien ne donner le prix qu'à un mémoire qui soutiendrait sesdoctri-
nés. Il s'est passé quelque chose de semblable dans leprix proposé sur la misère. Cependant, hâtons-nous de le dire 9 dans ce dernier cas, les chances étaient égales jusqu'au moment où la commission fut nommée ^ tandis que, dans le premier, toute une classe d'écrivains était dérisoirement appelée au concours, et condamnée d'avance à son insu. C'était une mystification. Il n'y a eu à l'Académie des sciences morales, ni tromperie, ni manque de bonne foi; mais quelque chose qui ressemble un peu à un tirage au sort. Or il ne faut pas établir de loterie intellectuelle pour remplacer celle qu'on a dernièrement abolie.
Si l'on veut que les hommes supérieurs viennent, prendre part au concours, il faut préciser avec le plus grand soin ce qu'on leur demande et ne jamais leur laisser dans l'esprit aucune incertitude; autrement ils ne travailleront pas.
Il faut aussi tâcher que leur amour propre soit satisfait, parce que c'est le seul mobile qui puisse les faire agir. Un prix de 5000 francs disputé, comme l'a été celui sur la misère , entre vingt-deux concurrens, donne à chacun une chance équivalente à 227 fr. 27 c.
On ne peut guère rédiger en moins de six mois un mémoire un peu développé ; on voit que c'est au-dessous du salaire d'un terrassier médiocre. Ainsi, il n'y a pas de question d'argent.
Mais il y a une question d'amour propre, et c'est ce qui nous parait être assez souvent oublié. Ainsi, le
à mes yeux, et je n*ai jamais caché, ni avant, ni après le jugement de la commission, le haut prix que j'aurais attaché à son suiïrage. Je voudrais voir mes sentimens sur ce point partagés à l'avenir par les écrivains qui valent mieux que moi, et c'est pour cela que j'ai cherché comment l'institution pourrait ôtre rehaussée à leurs yeux.
Je n'y ai nul intérêt personnel. Concurrent fortuit, je me suis présenté sans préméditation et sans projet de revenir à la charge ; mais , dans l'intérêt des lettres et du progrès, les esprits les plus désintéressés doivent désirer que de sages mesures ramènent aux concours les écrivains les plus distingués, comme au temps où les prix académiques se partageaient entre Lagrange, Euler et Bernouilly, ou, si Ton veut remonter plus haut , comme au temps où ils furent disputés entre Sophocle et Euripide.