‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 111 sur 126 · DE LA BAISSE BES SALAIBES · texte numérisé non relu

DE LA BAISSE BES SALAIBES

^rtkïïd nombre de travailleurs se présente pour rexéculer, ceux de ces ouvriers qui n'auront pas trouvé d'emploi, offriront leurs bras au rabais, et leur concurrence fera baisser le taux général des salaires.

/>. L'ouvrier a-t-il des mesures à prendre pour arrêter la baisse excessive des salaires?

M. Oui, il peut et doit prendre des mesures pour arrêter sa ruine lorsqu'il le peut.

D. Ne ferait-il pas bien, par exemple, d'interdire le travail à ceux qui viennent le lui enlever?

B. Il n'a pas plus le droit de le leur interdire qu'ils n'ont eux-mêmes le droit de le cha;sser.

D. Mais les derniers venus n'ôtent-ils pas le pain de la bouche à ceux qui travaillaient avant eux?

R. Chacun est libre d'offrir son travail à qui il veut et aux conditions qu'il veut; le travail est la fortune, la propriété de l'ouvrier; s'il veut qu'on respecte ses droits, il faut qu'il respecte ceux des autres.

D. Vous me prouvez bien qu'il ne serait pas juste d'expulser les ouvriers surabondans dont la concurrence fait baisser le prix des salaires ; mais vous ne me prouvez pas que cela ne soit pas profitable?

Â. Quand on devrait y trouver du profit, il ne faudrait pas le faire, puisque tout profit injuste est un vol; mais en outre il n'y aurait aucun profit.

D. Cependant le trop grand nombre d'ouvriers ayant amené la baisse des salaires, on y remédie en les diminuant. R. Non, les ouvriers congédiés s'en iraient travailler à une autre fabrique où ils écraseraient également les salaires, et comme la baisse ne peut avoir lieu sur un point sans réagir aussi sur les autres, il n'en résulterait pas moins une baisse assurée.

D. Mais si tous les ouvriers de toutes les fabriques s'entendaient pour repousser les nouveau-venus?

B. Alors les nouveau-venus se réuniraient pour expui-

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ser les anciens ouvriers, car les uns et les autres ont un droit égal au travail ; les ateliers deviendraient un champ de bataille et le travail cesserait pour tous, comme il ne manque jamais d'arriver aussitôt qu'il y a du trouble.

D. Eh bien! il y a une autre manière d'empêcher la baisse des salaires ; il faut laisser les ouvriers se présenter et dire aux maîtres : Vous prendrez pour ouvriers qui vous voudrez, mais vous ne les' paierez pas au-dessous d'un certain tarifj ainsi les droits de tous les ouvriers seront respectés?

R, Oui, mais ceux des maîtres ne le seront pas, car ils sont libres,' non-seulement de prendre pour ouvriers ceux qu'ils veulent, mais encore de ne leur donner que le salaire qu'ils veulent,

V, Cependant il faut que l'ouvrier puisse vivre? Que fera-til si le maître ne lui offre qu'un salaire insuffisant?

R. Il refusera de travailler et ira chercher ailleurs une occupation plus lucrative.

D. Qu'arriverait-il si les ouvriers fixaient un tarif et empêchaient leurs camarades de travailler au-dessous?

jR. Les maîtres arrêteraient le travail; car s'ils ne peuvent forcer les ouvriers à travailler pour un certain prix, les ouvriers ne peuvent les obliger à faire travailler pour un autre.

D. N'y a-t-il pas dureté de la part des maîtres à oflTrir à l'ouvrier un salaire insuffisant?

R. Pas toujours : les maîtres doivent retirer de la vente des marchandises qu'ils fabriquent de quoi se rembourser de leurs frais de fabrication, autrement ils se ruinent. Eh bien ! si le prix de vente de ces marchandises vient à baisser, il faut nécessairement qu'ils abaissent aussi leurs frais de fabrication, ou bien il faut qu'ils suspendent le travail; car ils ne peuvent fabriquer à perte.

D, N'y a-t-il pas des pays où on ne laisse pas aux maîtres cette faculté de fixer arbitrairement les salaires et de suspendre le travail?

jR. Oui, mois ce ne sont pas des pnys libres; si 1c maître

t>6 M LA BAIS8B DM SALAIRBS.

Ml coAUnint de faire irAvaiiler à un prix fiKe, il (aul que l'ouvrier Mit contraini de travailler aussi à ce prix; oiais c'est là une grave atieinie perlée à riodépendance des maîtres et des ouvriers. L'homme sensé ne cherche pas à gêner la liberté d'autrui^ tout ce qu'il demande, c'est qu'on ne g(ne pM la sienne.

D, Quels sont donc les moyens que peut employer l'ou* vrier pour prévenir ou arrêter la baisse des salaires?

i?. il doit éviter l'encombrement des ouvriers sur cercains travaux et, lorsque l'encombrement est venu, il ne doit pas s'obstiner à poursuivre un travail devenu ruineux.

D. Comment l'ouvrier peut-il éviter rencombrement des travailleurs I

R. En s'efforçant de faire comprendre à tous qu'ils vont s'étouffer réciproquement, et qu'il vaudrait mieux pour chacun d'eux se répartir plus également sur des professions moins surchargées. (1)

D. Lorsque les maîtres de différentes fainriques offl>ent un salaire tt*ès différent, l'ouvrier ne doit-U pas demander qu'on les égalise? »

R. Non^ cela ne mènerait i rien; il atteint bien plus direct tement son bat en quittant le matu^ qui paie mal pour aller à celui qui paie bien.

D. Lorsque les salaires varient sans motib raisonnables et par le seul caprice des maîtres, les ouvriers peuveat*-ils se réunir pour aviser entre eux aux moyens d'obtenir soit une augmenution, soit de la fixité?

(i) Icide\Tail se trouver un expose succinct des doctrines de Mallhus,

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Notâ.—lh le peuvent toujours devant la ju&tîce et, dans les pays qui comprennent bien Findustrie, ils le peuvent aussi de* vanila loi ; mais comme en France on a proscrit les réunions d*ouvriers sous le nom bien impropre de coalitions , il ne convient peut-être pas à un Français d'insérer dans un catéchisme populaire, une disposition tendant à inspirer le mépris des lois nationales. Voici en quoi pèche notre législation sur les coalitions.

Si elle se bornait à interdire la violence qu'emploient souvent les ouvriers coalisés pour empêcher leurs camarades de reprendre les travaux, il n'y aurait que justice; mais ell^ va plus loin : si des ouvriers, laissant toute latitude d'action à leurs camarades, se réunissent entre eux et conviennent de ne travailler qu'à un prix indiqué, elle les poursuit pour fait de coalition (1). Il est difficile de comprendre en quoi ils ont blessé Tégalité, et si l'ouvrier isolé est libre de don* ner ou de refuser son travail aux conditions qui lui plaisent, on ne voit guère en quoi ce qui est légitime pour un deviendrait coupable pour plusieurs.

Mais l'injustice de la loi devient bien plus évidente quand on réfléchit que la coalition interdite aux ouvriers est permise aux maîtres. Les chefs de fabrique peuvent se réunir et décider collectivement quel sera le prix des journées dans leurs ateliers; mais si les ouvriers font la même chose, ils sont poursuivis. Ainsi est violée la liberté du travailleur qui demeure sans aucun secours, et doit défendre seul ses droits contre la masse compacte des fabricans réunis. Je suis loin de blâmer la réunion de ceux-ci ; je l'approuve au contraire; mais ce qui est licite pour l'un des contractans ne peux éure criminel pour l'autre.

Uiniquité de cette disposition est sentie au fond par tous;

(x) « Soit que les réunions d'ouvriers aient pour but le plaisir et la distra^- « lion, ou l'élévation des salaires, il est certainement impossible de rédiger « contre elles une loi qui ue soit pas à-la-fois mexécutàble et contraire a tous « les principes de la liberté et de la justice, » (Adam Smîtb : Wealth o/na'^ tiûns, 1. 1, ch. :o, )* partie%

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