‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 112 sur 126 · DK LA BAISSE DES SALAIRES · texte numérisé non relu

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la preuve, c'est que les tribunaux se montrent excessivement indulgens non-seulement pour les faits de coalition, mais encore pour les abus qui en sont résultés ; par exemple, les violences exercées sur des ouvriers non coalitionistes sont excusées ou légèrement punies, et pourtant ce sont des actes excessivement graves, réunissant le double caractère de la spoliation (1) et de la voie de fait. Pourquoi le juge bésite-t-il à les punir? parce quil sent que si Touvrier coalttioniste s'est rendu coupable d*nne injustice envers son camarade qu'il a empêché de travailler, il a été poussé à cette injustice par celle dont il était lui-même victime. Si l'on veut que l'ouvrier ne dépasse pas les bornes d'une liberté sage et réglée, il faut lui accorder cette liberté complète ; la lui refuser, c'est le pousser à aller beaucoup plus loin.

En effet, l'ouvrier peu instruit ne comprend pas toujours les motifs d'utilité publique sur lesquelles la loi est établie ; quelquefois il s'arrête devant un principe ; d'autres fois il s'arrête devant une pénalité. S'il encourt la pénalité pour avoir usé de ses droits légitimes, que risque-t-il en les outrepassant? Un excès decoërcitionamèneuneréaclion et se corrige par un excès contraire. C'est ainsi que l'oppression conduitordinairemcnlà la licence, tandis quel'ordre et le respect de la loi n'ont pas d'auxiliaires plus puissans que la liberté.

Le fait de réunion des ouvriers devrait être ouvertement permis par la loi ; on devrait lui êter ce titre de coalition qui ne prouve rien à personne, parée qu'on ne change pas la nature des choses en les affublant d'un titre bizarre , et après avoir permis à l'ouvrier d'user pleinement de ses droits, on pourrait exiger de lui qu'il permit à ses camarades d'user des leurs (2).

(x) Le travail est la propriété de Vouvrier ; c'est le dépouiller que de le lui âter malgré lui.

(9) Il y a eu des coalilions tellement absurdes qu*oii ne saurait trop s'éton. ner de l'esprit irréfléchi qui les avait créées; par exemple dans une grande ville de France , cfrtains travaux qui se faisaient à Ja pièce se trouvèrent in-

DE IiA GRÈVE. 229

S V. De la grève {i),

La grève systématique et collective est interdite par la loi française eomme Tun des résultats du fait prohibé de coalition. Il n'est donc pas expédient d'enseigner aux ouvriers une doctrine en opposition directe avec la loi du pays. Nous donnerons seulement une idé^ de ce que serait ce chapitre.

La grève est licite ainsi que plusieurs de ses conséquences. Les secours donnés aux membres de l'association sont dans le droit de l'ouvrier, parce qu'il peut faire de son argent ce que bon lui semble ; mais la grève devient coupable aussitôt qu'on veut l'imposer: l'ouvrier qui veut chômer en a assurément le droit et peut s'associer pour cela avec un ou plusieurs de ses camarades ; si l'on emploie la force pour l'en empêcher, il n'en a pas moins pour lui le bon droit et l'assentiment secret de ceux mêmes qui le poursuivent; mais l'ouvrier devient inexcusable lorsqu'il emploie lui-même la violence pour entraîner d'autres ouvriers dans son syslème.Pourquoi fait-il grève? parce que le salaire offert ne lui convient pas : hé bien ! s'il convient à d'autres, il doit trouver bon qu'ils en profitent. Que dirait-il, lui qui veut faire grève, si on l'obligeait à travailler? et comment ne voit-il pas qu'il est aussi

suffisans parce que les ouvriers s'étaient trop multipliés ; cependant le travail ne manquait pas absolument^ et quelques ouvriers très actifs gageaient encore de bonnes journées^ parce qu'ils produisaient beaucoup. D'autres ouvriers faibles, paresseux ou malhabiles gagnaient très peu et se plaignaient de leur position. Qu'imaginèrent-ils? Ils prétendirent que les ouvriers actifs leur enlevaient leur ouvrage en le faisant^ et ils voulurent établir que nul ouvrier ne pourrait faire par jour au-delà d'un certain nombre de pièces. Ils calculaient que, s'ils pouvaient empècUer les bons ouvriers de travailler pendant une portion du jour, une bonne part de travail reviendrait forcément aux mauvais. Mais la niaiserie d'une pareille combinaison égalait son injustice.

(i) On appelle grève l'accord en vertu duquel un grand nombre d'ou- Tiiers suspendent momentanément leurs travaux.

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