ST AU RBHBEMÈNT DE LA JUSTICE
me, mais encore la débauche de tous les instans, TabnitissemeDt des facultés et Toubli de Tavenir. Les hommes éclairés De penvent donc s'occuper plus utilement qu'à prévenir ou à réprimer le crime^ et qu'à diminuer autailt que possible cette double source de misère qu'il sera difficile de tarir* L'organisation intérieure des prisons offre de pulssans moyens d'action'sur les criminels ; pendant long-temps on les parquait comme des troupeaux sans distinction d'âgé, et sans hiérarchie de criminalité ; on ne voyait pas en etix des êtres vivans qui, quoique criminels , n'en demeuraient pas moins des hommes ; on les' considérait comme une matière ténue et subtile, qu'il fallait seulement tenir bien close pour l'empêcher de s'échapper. Quant à ce qui se passait dans l'intérieur du vase, personne ne jugeait utile de s'en occuper ; on les regardait comme une botile de phosphore qu'il faut conserver sous l'eau pour l'empêdher de s'enflammer, ou comme des gaz malfaisans dont on prévient la fuite ou l'explosion, en les séparant soigneusement de l'air oude la lumière. Cependant ces hommes apportaient quelquefois à la prison certaines vertus qui avaient survécin au naufrage de leur probité. Qu'arrivait-il du régime auquel ils étaient soumis. Qu'il n'en remportaient que fles vices. Toutes les fois que les criminels de différentes classes sont mélangés, c'est évidemment le plus vicieux qui domine } ses idées sont acceptées par tous, il devient le précepteur de la bande. On ferme donc une école de vice et d'immoralité, lorsqu'on sépare les criminels de différens genres et surtout de différens âges.
Les améliorations apportées au régime des prisons et au bien-être des détenus doivent être aussi considérées comme un grand pas de fait vers leur régénération morale. L'état d'extrême sonfiï*ance où on les maintenait autrefois et où on les maiqtient encore dans quelques pays, ne les disposait pas à la confiance envers les exécuteurs de la loi j ceux-ci perdaient toute prise sur f esprit des criminels qui les regar-^
us DES AMÉLIORATIONS AU RiGiMC DES PRISONS
daieot comme des bourreaux et n'écoutaient aucun de leurs conseils; on les dispose évidemment mieux à recevoir des exhortations et une direction vertueuse, en adoucissant leur sort et en leur donnant tous les soins qui sont compatibles avec leur état et avec la sûreté des prisons.
Cependant comme il n'y a si bonne chose dont on ne puisse abuser en la poussant trop loin, il semble que les égards accordés aux criminels ont dépassé parfois les limites de la raison. On a rendu souvent leur sort plus heureux que celui des inuocens ; c'était un abus : les criminels soni dans plusieurs prisons mieux nourris, mieux vêtus, mieux traités que les ouvriers ou les cultivateurs ; comme c'est sur le budget et par conséquent sur l'impôt que sont payées les dépenses des criminels , c'est un devoir de les restreindre en de certaines limites, sans quoi on grève l'innocent pour gratifier le malfaiteur. D'autre part, il est immoral de donner au criminel une position plus douce que celle qu'il aurait eue s'il n'avait pas failli . C'est un juste sujet de murmure pour ceux qui sont demeurés purs, c'est peut-être même pour eux un sujet de tentation.
La santé des criminels devant être l'objet de la surveillance et des soins de ceux qui les gardent, on a proposé dernièrement comme mesure de salubrité de leur donner à chacun un gilet de flanelle ; rien de plus hygiénique, mais pour être juste^ il faut auparavant en donner deux à tous ceux qui ne sont pas criminels.
On a créé , pour les jeunes détenus , des écoles d'apprentissage, et l'on n'a peut-être pas réfléchi qu'on leur donnait par là un avantage notable sur le reste de la population. De pauvres pères de famille disent : voilà un homme à qui l'on apprend un état parce qu'il a volé , et mon fils n'aura pas de métier parce qu'il e$l resté honnête homme ! Cest un raisonnement parfaitement juste, mais il n'en est que plus dangereux de le faire faire.
La compassion qui s'attache au sort des criminels a été
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souvent poussée au point d'arrêter le cours de la justice. En Italie, les brigands inspirent un intérêt général et passionné. Lorsqu'un assassiiiat est commis, comme il arrive assez sou* vent, en plein jour, les passans se rangent pour laisser fuir le meurtrier et se crient l'un à l'autre : aidez ce pauvre hom< me à s'échapper.
Dans d'autres contrées, on a si bien amorti la rigueur salutaire des lois que leur action s'est trouvée anéantie ; par exemple, en France, on a réglé que certains délits ruraux seraient poursuivis par ceux qui en ont souffert. Us doivent avancer les frais de justice, sauf à se rembourser sur le coupable; mais si celui-ci ne possède rien, ils perdent leurs déboursés ; on leur a bien donné le droit de le faire incarcérer jusqu'à son entière libération, mais s'il est insolvable, c'est une déception complète : en effet, le pour* suivant est obligé de nourrir en prison le criminel ; ainsi la satisfaction que la loi lui accorde se résout finalement en une large amende qu'elle le contraint à payer. Qu'en résulle-t-il ? Que les victimes de ces délits gardent ordinairement le silence, parce qu'elles aiment mieux perdre seulement ce qu'on leur a dérobé que de perdre en outre une forte somme de frais et de nourriture. Les criminels comptent sur cette tolérance que leur assure une loi mal conçue et l'effet de ce laisser-aller est plusfôcheux qu'il ne le parait au premier abord. L'habitude de l'impunité arrive au point de constituer une espèce de droit fondé non sur la loi, mais sur l'usage ; les malfaiteurs de profession forment un corps qui se soutient et menace quelquefois les propriétaires qui veulent les réprimer; comme ceux-ci ne peuvent se défendre qu'en payant de fortes sommes pour faire mettre en prison leurs adversaires , ils se dégoûtent promptement de la lutte et le manque de respect pour la propriété rurale passe dans l'esprit de plusieurs pour une espèce de chose jugée; c'est là une des causes de la détresse de l'agriculture française.
Il en résulte encore d'autres inconvéuiens; le spectacle con^
iM DES AMÉLIOIIAIIONS AU RÉGIliB BBS PldSONS.
tinuel de déprédations Impunies détruit dans l'esprit public le respect de la loi ^ aussi bien que celui de la propriété. Lorsqu'un grand nombre de familles possède des membres qui volent de temps en temps un peu de bois du du foin, elles cessent de regarder ces petits vols comme un délit ; elles les protègent par leur silence et quelquefois par de faut témoignages; les tribunaux trouvent dans l'Etat deux nations, Tune ennemie et Fautre amie du vol ; 11 n'y a plus contre les malfaiteurs cette nnaniniité qu! leur Inspire une terreUr salutaire. Aux Etats-Unis, le voleur est considéré comme un en-* nemi public ; on le poursuit, on le traqué comme une bété malfaisante, et Tidée de le soustraire aux lois ne vient pas plus à l'esprit des citoyens que celle de dérober un loup ott un jaguar aux coups de fusil des chasseur». Il n'en est pas de même en France : dans plusieurs provinces et notamment dans celle que' j'habite, on ose à peine déposer contre les voleurs ; on craint le feu, on craint d'être battu, et chose bizarre, il existe att ehéMieu de mon af^rondissement un fau-^ bourg entier composé de malfaiteurs Connus, qui n'oUt absolumeiit d'autre profession qtie la maraude. On les surpï*eud souvent volant eu plein jour, et les culiivstieurs les laissent aller eu disant : Que ferions-nous ? Nous les nourririons en prison; ce n'est pas la peine (1)! De tels fdlts accusent assurément un Vice profond dans les lois qui nous régissent.
Si l'on n'a pas oublié que la probité habituelle dans les re* lations et la sécurité dans la jouissance de ce qu'on possède sont deux des principales causes de la prospérité des nations, on comprendra que des lois qui encouragedt le vol en lui assurant l'impunité et qui détruisent la sécurité en lui enlevant toutes ses garanties doivent être classées parmi les sources les plus fécondes de la misère.
(i) Lorsque ces voleurs sont (iris , il leur arrive assez souvent de menacer; el lorsqu'ils ont affaire à quelqu'un chez qui cette corde n'est pas très seiH aible, ils disent tranquillement : Faites-moi un procès^ vous me ferez plaisir; je n'ai pas de pain chez moi, vous serez forcé de m'en donner.
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RÉSDIË ET CORCLCSION.
Nous avons aitetnt ou dépassé la limite assignée par Tusage aux Mémoires présentés à TÂcadémie, et cependant^ en quelque endroit de ce travail que l'on veuille jeter les yeux, on sera frappé sur-le-champ des énormes lacunes que nous laissons en arrière. Nous n'avons abordé qu'une portion restreinte des sujets qui avaient trait à la misère *, et cette portion, nous l'avons effleurée^ désespérant, faute de place, de pouvoir la traiter à fond. C'est que la mUire est un sujet trop vaste pour qu'il soit donné à un seul homme de l'épuiser ; à plus forte raison de l'épuiser dans un seul ouvrage , dont les bornes étaient fixées. Nous n'ajouterons donc rien à ce tra« vail) aussi bien quand on en aurait décuplé le volume, il n'en serait pas pour cela plus complet ; nous chercherons seulement à en présenter l'ensemble dans un cadre aussi rétréci que possible.
C'est une illusion complète que d'espérer détruire la tnisère par les seules forces de la pitié , de l'aumône et du dévoù^ méni) là misère est ub trop redoutable adversaire pour qu'on ne réunisse pas contre elle tout ce que la réflexioui la prévoyance et les lumières de la civilisation peuvent fournir de ressources. La misère est une maladie que la compassion et la sensibilité seules ne guériront pas plus qu'elles ne gué -