‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 122 sur 126 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

riraient une Tracture ou une fluxion de poitrine. Ce n'est pas trop pour la combattre de tous les efforts de la science unis aux vertus philantropiques.

La bonté de cœur et Tamour de Thumanité ne sont donc qu'une partie des armes qu'il faut employer contre elle; on doit y joindre l'étude des lois et des mœurs et l'art de se rendre compte de leur influence et de leurs résultats. Le philantrope sans lumières est au philautrope pratique, ce que la garde-malade est au médecin.

Le premier point qui ressort clairement d'un examen même superficiel, c'est la nécessité d'attaquer la misère à son début et avant qu'elle se soit développée. C'est un mal contagieux qu'il ne faut pas laisser s'étendre; c'est un torrent qu'on ne fera pas rentrer dans ses limites, si on lui permet une fois de rompre ses digues. On doit quelquefois traiter la misère privée par des moyens curatifs , parce qu'il n'est pas toujours possible de la prévenir ; mais il faut combattre la misère publique par des moyens préventifs, parce qu'il est toujours excessivement diflicile de la réprimer.

Maintenant, quels sont les moyens de prévenir la misère publique? Il faut mettre le pauvre en état de se suffire à luimême; il faut dépenser un peu pour l'instruire et le moraliser, afin den'avoir pas à dépenser beaucoup pour le surveiller et le secourir. Il faut que l'ouvrier nourrisse l'ouvrier, comme la guerre nourrit la guerre ; il faut que le prolétaire vive de son travail comme le prêtre de l'autel. On s'effraie quelquefois du nombre toujours croissant des prolétaires; et qu'importe qu'ils se multiplient s'ils se sufiisent? Un million d'ouvriers gagnant leur vie par leur travail sont moins embarrassans qu'une centaine de paresseux auxquels il faut distribuer des vêtemens et de la nourriture : le nombre n'est rien, c'est l'emploi qui est tout. Wallenstein disait à l'empereur Ferdinand II : V Allemagne eit épuisée; en ne peut plus y faire vivre une armée de 10,000 hommes; mais don nez-m'en 100,000, elje me charge bien de les y nour^nr.

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Pour que le pauvre vive de son travail, il faut que ce iravail 9oil continu; que f ouvrier veuille bien s'y livrer; quil tien gaspille pas les produits^ et que d'autres ne viennent pas les lui gaspiller. Enfin il faut surtout qu£ ce travail soit productif en lui-même, c'est-à-dire que, loin d'appauvrir les riches et d'être pris sur leurs capitaux, il doit augmenter la richesse générale qui est la principale ressource de l'ouvrier. Les travaux qui coûtent plus qu'ils ne rapportent peuvent bien donner à l'ouvrier une aisance momentanée ; mais, en soulageant les maux du présent, ils en préparent de bien plus graves dans un avenir prochain. La richesse, c'est le capital d'une nation ; le travail en est la rente : ainsi les peuples qui donnent du travail aux dépens de la richesse publique imitent le prodigue qui se procure une opulence momentanée, en mangeant son fonds aussi bien que son revenu.

Quelques-uns pensent qu'il y a une grande différence entre augmenter la richesse et diminuer la misère ; ils ne réflé* chissent pas que c'est précisément la même proposition exprimée seulement en d'autres termes : la richesse est le contraire de la misère, et la misère est le contraire de la richesse: c'est comme la lumière et l'obscurité; il n'existe aucun moyen d'augmenter l'une sans diminuer l'autre.

Il ne faut pas dire qu'en augmentant la richesse dans quelques familles on ne diminuera pas la pauvreté dans quelques autres, parce que le riche le plus dur et le plus égoïste ne peut pas jouir de sa fortune sans en faire part à quelques pauvres. Ce n'est pas toujours la mauvaise volonté qui lui manque; mais, pour faire le mal, il ne suflSt pas d'en avoir le désir, il faut encore en avoir le moyen.

D'autres disent que la misère ne vient pas d'une absence de richesse, mais seulement d'une mauvaise répartition. On peut leur répondre que, pour être répartie, la richesse doit d'abord être créée, et que s'il est difficile de la partager quand elle existe, il est fmpossible de le faire quand elle n'existe pas. >-

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Pour que l'ouvrier vemUe 8e livrer au ÊraM>aU et vlen gaefnlle pae le$ produite^ il faut qu'une éducation raisonnëe lui ait appris de bonne heure à estimer une vie sobrei ëco-* Dome et laborieuse.

Pour que (t autres ne viennent pas luidétruireêanaieanee, il faut des lois proteetrlces de la propriété et un gouvernement économe des deniers de l'État.

Pour que le travail ioii eontinu , il but que les classes riches qui peuvent à leur gré le donner ou le retirer, soient convaincues que c'est par lui seulement qu'elles peuvent maintenir leur richesse et leur prospérité. Il faut que cette conviction leur soit inculquée dès l'enfance et qn'on leur • donne en même temps l'intelligence des affaires et les moyens d'en tirer parti ; il faut qu'on leur inspire le mépris d'une vie oisive et d'un luxe désordonné , et qu*on leur persuade que les hautes classes n'ont qu'un devoir, celni de diriger toujours les efforts du plus grand nombre dans la voie qui mène a« progrès. Autrefois, cette voie, c'était la guerre i les riches alors devaient servir ; aujourd'hui qu'un siècle moins belli* queux a succédé aux époques guerroyantes , ils doivent se tenir en tète des arts de la paix, et les cultiver avec la même ardeur qu'ils ont autrefois cultivé l'art militaire.

Les arts delà paix se divisent en deux classes : les arts d'agrément dont nous n'avons pas à nous occuper , et les arte utiles , tels que l'agriculture , le commerce et les manufactures. Ces arts doivent toijyours être dirigés dans le sens da {dus grand produit net possible. Le produit net est le seid moyen d'augmenter la richesse , ou , en d'autres termes , de diminuer la misère. On doit donc saisir avec empressement toutes les occasions de le favoriser. La législation doit être dirigée dans ce sens, et les institutions qui gênent l'exercice ou la liberté d'une industrie honnête doivent être toutes ré- . visées et modifiées dans un sens plus éclairé.

On ([d)jectera qu'une opératiofi semblable demande beau-* coup d'efforts, et, ce qui est pis, beaucoup de temps. Il faut^

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en effety des années pour remanier une législation imparfaite, ^t la misère sévit toujours en attendant. Aussi, s'il survenait quelque prophète doué du don de faire des miracles, il pourrait cl^oisir une inarche plus rapide et par çonséqu^t pli)s satisfaisante : s'il pouvait guérir par le souffle ou par le loucher la cécité, 1^ surdité et Tépilepsie, il guérirait proba-^ l^lep^ent ]a misère par des procédés aussi expéditifs $ mais ceux qui QWt pas reçu d'en haut des pouvoirs aussi éten-^ dus 4oiv^nt;s^ servir des moyens humains qui^ont été mis à la disposition de tops. Jlfie faqtpps porter, même dans le bien, une impatience exagérée, et ce serait outre-passer les bornes d'un juste empressement que de rejeter les moyens longs, mais sûrs, pour se livrer à la recherche de moyens prompts qui n'existent pas. ^

Il y a au moins 6 mille ans que notre race habite la terre , et durant cette immense période, la misère Ta perpétuelle^ ment assiégée ; que dirait-on d'un médecin qui voudrait gué*rir en un instant une inflnnité héréditaire et fortifiée par l'ige, ehejii |in homme dévenu vieux ? On dirait que le médecin est un charlatan, et Ton devrait lui préférer un praticien pllip modeste qui entreprendrait la cure par le temps , les soins et une suite de remèdes. Il en est ainsi de la misère $ il ne faut pas tenter l'impossible et vouloir cicatriser à la mi* nute des plaies trop invétérées ; il faut dire : le jour présent sera livré à la souffrance , mais celui dé demain le sera au soulagement et les suivans à une guérison complète. — Voilà Ig tâche des hommes graves qui voudront secourir les maux de l'humanité ; leur bienfait est dans l'avenir, mais dans un avenir prochain.

Maintenant, doit-on livrer à leur triste destinée ceux qui souffrent dans le présent, et n'y a-t-il aucun moyen d'alléger leurs peines si l'on ne peut pas les en délivrer?

On ne doit pas laisser sans secours aucun des maux que l'on peut soulager ; la compassion n'a pas été placée par le créateur dans le cœur de l'homme pour y demeurer oisive , comme

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