DU PATRIMOINE
objets qu il achète ; s'il prête son argent, au lien de remployer Int-oiéine, cet argent qni représente nne richesse n'en va pas moins aux classes pauvres après avoir passé par les mains de l'emprontettr. Quelques personnes pensent que celui qui ne dépense pas son revenu et qui en place sous forme de prêt une partie soustrait cette partie à la richesse publique et à la consommalfon du pauvre : c'est une erreur profonde.
L'argent placé grossit le capital dé la richesse publique et augmente ainfi les ressources du pauvre dans l'avenir. D'autre part, l'emprunteur se charge de l'emploi de cet argent. Il va par lui aux classes pauvres et peu leur importe assurément de le recevoir de la main du rentier ou de celle de l'industriel.
On ne trouve plus aujourd'hui que dans les comédies ces gens qni enterraient leur argent et le laissaient improductif jusqu'à leur mort. En a-t-on jamais vu de vivans? Cette race a-t- elle jamais existé ailleurs que dans le cerveau des romanciers ?
S'il a existé de ces êtres, il n'en existe plus ; chaciro tâche à présent de tirer parti de sa fortune et, soit sous forme de travaux , soit sous forme de prêts , tout homme doué d'un peu de sens emploie bien ou mal ce qu'il a ; ceux qui voudraient agir autrement seraient considérés comme privés de jugement. Or, on peut réfléchir aussi long-temps que l'on voudra, on ne trouvera aucune manière d'employer une portion quelconque de richesse sans appeler les classes pauvres au partage.
Il ne faut pas croire pourtant qu'elles tirent un égal profit de toutes les dépenses que peuvent faire les riches ; ou du moins si ce profit est égal dans le présent, il est inégal dans l'avenir. Le dissipateur, le débauché, l'extravagant appellent bien les classes pauvres au partage de leur richesse; mais d'une part, ils les démoralisent; d'autre part, s'ils alimentent le présent, ils détruisent le futur. C'est ce que ne font pas
fDE CEUX QUI NE POSSÈDENT RIEN. 55
les riches iodusivienx ou éconones, el nous flUMitrerolis que rbomme nuisible esl souvent cdui qu'exailent les boflmsiges du vulgaire, et rbomme utile celui que poursuivent les pré^ jugés des gens sans lumière.
S'il est incontestable que les moyens d'existence se distribuent nécessairement entre un grand nombre de mains et que le riche le plus égoïste ne peut dévorer sa fortune sans que le pauvre vienne s'asseoir à sm banquet, on en devrait conclure que l'augmentation de laricbesse, en quelques mains qu'elle s'opère, n'en amène pas moins un accroissement de ressources pour les classes qui n'ont pas de fortune. Si l'on peut créer au prolétaire une indépendance perso nelle, un patrimoine qui soit sa propriété , il devient plus heureux, plus moral et plus productif^ mais , à défaut de ressources directes, on ne doit pas mépriser celles qu'il peut tirer de la fortune d'autrui : la providence lui a assigné une large part sur les biens des riches ; si l'on ne peut amener l'abondance autour de son fbyeri il faut la créer du moins entre les mains de celui qui doit la répartir et multiplier les tables au bas bout desquelles le pauvre peut s'asseoir.
On objectera peut-être que ce remède n'a pas toiqonrs été efficace et qu'en fait, rien n'est plus commun que le spectacle de l'extrême misère existant à cêté de l'extrême opulence. Nous répondrons que , dans ce cas , les ressources de l'opulence ont certainement reçu une destination vicieuse ; nous l'avons déjà dit : ce n'est pas leur accumulation, c'est leur mauvais emploi qui a (ait le mal ; c'est le riche qu'il font accuser 'f ce n'est pas .la richesse.
Et encore faut-il bien expliquer en quoi le riche a manqué à ses devoirs.
Il n'a pas pu dépenser sa fortune saus en déverser quelque part sur les pauvres qui Tenvironnent ; mais il a pu Jeter ces pauvres dans une voie improductive qui les conduit à leur ruine. Le travail est le point de Jonction entre le capita* liste et Touvrier, c'est le premier qui dirige le second $ celui-