T DE SES CONSÉQUENCES
commune et onl rapport au même objet ; ce sentiment privilégié qui devient prédominant chez un peuple absorbe les autres comme une branche gourmande sur un arbre ; ils les appauvrit, les dessèche et finit souvent par les étouffer. Tant que les circonstances réclament l'emploi de ce sentiment dominant , son excessive puissance n'est point un mal ; le préjudice qu'il cause à d'autres qualités doit être considéré comme un des frais nécessaires pour le produire. Mais, si la position des peuples vient à se modifier, ils sentent cruelle* ment l'absence des vertus qu'ils ont négligées. Ils se trouvent en présence d'évènemens nouveaux, sans préparation morale pour leur faire face ; les talens qu'ils ont acquis sont inapplicables aux conjonctures; ils deviennent , non-seulement une superfluité, mais un embarras, comme serait une cuirasse sur le corps d'un batelier, ou un aviron dans la main d'un mousquetaire. Quelques exemples rendront plus sensible ^ notre pensée.
Dans les républiques italiennes du moyen âge, l'esprit du négoce avait prévalu à tel point qu'il avait anéanti plusieurs des vertus qui n'y avaient pas rapport. Les Italiens d'alors ne voulaient plus et probablement ne pouvaient plus se battre ; cette disposition les rendait peut-être plus maniables et plus commodes dans les manufactures, mais le destin des peuples ne se décide pas toujours dans un atelier ; lorsque les septentrionaux descendaient sur les villes commerçantes, l'habileté de leurs artisans et le perfectionnement des moyens de produire ne servaient à rien pour les repousser ; les cités ne défendaient pas les richesses qu'elles avaient créées ; leur opulence passait dans d'autres mains et, dans leur intérêt, il eut certainement mieux valu produire un peu moins et conserver. Le sentiment industriel avait trop absorbé le sentiment militaire.
Un fait tout contraire se présente dans l'histoire d'Espagne; la vertu guerrière avait tout envahi et elle ne laissait plus de place pour d'autres qualités dans le cœur des vrais Espa-
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gnols (1); le courage dispensait de tout et rien ne pouvait dispenser du courage ; on avait même pris des mesures pour que toutes les autres vertus devinssent complètement inutiles.
En fait de bravoure et de mépris de la mort, on répon* dait, non pas seulement de soi , mais encore de sa famille , jusqu*au sixième ou au huitième degré. L'homme le plus irréprochable se trouvait dégradé et Grappe d'une sorte d*incapacité civique i si un parent qu'il n'avait jamais vu faiblissait dans un combat , ou ne se montrait pas suiBsamment sensible à une injure i dès-lors k quoi servaient la probité, l'instruction et l'intelligence? elles n'inspiraient plus d'estime et ne préservaient plus du mépris ^ or , s'il est vrai en théorie que le pris des vertus est intrinsèque et indépendant des récompenses qu'elles peuvent attirer i il n'est pas moiqs certain qu'en fait, elles ont besoin d'être honorées pour prospérer } l'ingratitude les décourage i l'iigustice les révolte et le dédain les tue.
Si l'on veut étudier attentivement la cause de la détresse actuelle de la race espagnole tant en Europe qu'en Amérique I on verra qu'elle n'est due que pour une partie à la politique et pour l'autre à l'absence des vertus que l'esprit guerrier a dévorées.
L'Italie moderne n'est pas comptée parmi les états belliqueux ni parmi les états industriels: les arts, la dévotion et le far niente ont envahi les divers états de ce beau pays.
Eu Corse, un préjugé, glorieux peut-être dans son origiaei mais profondément déplorable dans ses abus, a troublé toute Torganisation sociale ; les familles sont divisées par des haines héréditaires; quelque meurtre commis il y a 400 ans force les descendans des deux c^tés à se détester toiyours et à s'égorger de temps en temps; quiconque se trouve en relations avec une des deux familles acquiert par ce seul fait
(i) Il parait que, de tout temps» ils ont eu une tendance vers cette dispoiitioa» Il y a bien des lièclet qu'où éorWait d'eux :
GeuSmw properarc facitiima moriem I,^
ET BS SBS CONSIÎQUENGES. 107
la haine implacable de l'antre : ainsi , Tinduslrie est paralyséei parce que si Ton prend un ouvrier , on s'en met à dos dii& autres dont la famille est en guerre avec la sienne. Avec une autre population, cette circonstance serait peu importante } mais elle prend de la gravité dans un pays où beaucoup de gens croient que le maqui est la place d'un bomme de cour. .Les Corses consument ainsi contre eux-mêmes une énergie avec laquelle ils pourraient faire de grandes choses. Un d'entre eux l'a bien prouvé.
En France l'esprit d'égalité (1) et de camaraderie est une des bases de nos relations sociales. Sous certains rapportai il produit d'excellens effets; mais il est souvent poussé au*delà de toutes les bornes, et ses résultats deviennent désastreux» L'ouvrier peut rarement se soustraire aux habitudes de dissipation et de dépenses qui régnent parmi ses consorts i s'il n'allait pas au cabaret et ne faisait pas la débauche avec eux, on ne le regarderait pas comme un ban enfant: or, c'est là un reproche des plus graves parmi les ouvriers et dont les conséquences vont plus loin qu'on ne le croirait au premier abord . La camaraderie substitue souvent l'esprit de coterie à l'esprit public. Dans le choix des fonctionnaires électifs ou autres, nous voyons quelquefois les nominations influencées par des rap* ports privés. £n Angleterre, c'est la loi qui passe avant tout dans les esprits; en France c'est très fréquemment l'homme.
Chaque nation a une part donnée de vertus et de vices. Comme l'instinct de la conservation n'abandonne jamais les hommes, soit isolés, soit agglomérés, on peut être à-peu-près certain qu'ils acquièrent les vertus qui leur sont utilesi
(i] Tout le monde coDUait la fameuse devise : Liberté , égalîté ^ fra$er^ nité ou la mort, La liberté est toujours louable ; l'égalité devant la loi l'était aussi: quant à la fraternité, c*est un terme moins défini; elle ne parait pas aussi nécessaire que la liberté et l'égalité , surtout si l'oa réfléchit qu'en style du Vemi^ fraterniser voulait dire : boire ensemble^ or, il doit suflQie qu'on puisse accomplir cet acte iaolémeot et la liberté exige qu'on ne fasse (tes boire les gens qui n'ont pas soif.
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pourvu seulement qu*iU en aient le temps; mais lorsqu'ils ont complètement négligé une qualité capitale, faute d'en trouver remploi momentané , ils ne peuvent plus ensuite la recréer instantanément, lorsque le besoin s'en fait sentir.
Quand la paix se prolonge, les nations développent les vertus de la paix et laissent s'éteindre les vertus militaires ; si la guerre arrive subitement^ elles n'ont pas le temps de s'y pré-* parer et souvent elles périssent pour avoir négligé leur armée. Aux époques de longues guerres , tous les hommes deviennent soldats ; si la guerre vient à leur manquer, ils se trouvent impropres aux travaux de la paix , qu'ils ont trop long-temps délaissés et qu'ils se sont quelquefois accoutumés à mépriser.
Dans l'un et l'autre cas, il arrive pour les classes pauvres des époques de douleur et de privations. Le soldat licencié meurt de faim et se livre souvent au brigandage ; l'industriel enrégimenté à la hàie se sauve devant l'ennemi et laisse le pays livré à la conquête, qui est la plus cruelle de toutes les misères.
Lorsque la civilisation aura marché encore , les peuples apprendront à estimer toutes les vertus , même celles dont ils ne trouveront pas l'application immédiate ; ils les honoreront toutes et, si quelques-imes se trouvent frappées d'une inutilité passagère, ils en conserveront du moins les cadres, qu'ils n'auront qu'à remplir au moment du besoin. Alors on aura détruit une des principales causes de souffrance; car l'histoire nous apprend que les époques les plus désastreuses sont ordinairement les époques de transition. Hâtons de nos vœux et de nos efforts le moment où elles pourront être adoucies. (1)
(i) La prédominance excessive d'iin sentiment sur tous les autres entraine des inoonTéniens indépendans même d*un changement de ciroonstanoes; si ptr exemple, un entraînement général porte vers le commerce toute une po^ pulatloD, elle déserte l'agriculture, les arme& et radministration ; plusieurs,