‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 64 sur 126 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Coiuidérations générales.

Il ne suiBt pas que l'onvrier ait obtenu par son travail des reâsources abondantes , il fant encore que ces ressources lui soient conservées : si elles passent en d'autres mains , il se trouve au même point que s'il ne le» avait pas possédées; Je me trompe, il lui reste en propre la fatigue qu'il s'est donnée pour créer ce dont d'autres profitent.

Il y a gaspillage de la fortune de l'ouvrier, toutes les fois que des impôts inutiles ou mal employés lui enlèvent une partie de son avoir ; que ces impôts soient employés à soutenir des guerres injustes, ou à salarier des courtisans, ou à élever des autels à la déesse de la raison , c'est tout un pour le prolétaire : il n'a plus de pain ; voilà pour lui le point capital.

Il y a gaspillage de la fortune de l'ouvrier, toutes les fois que la loi ne le protège pas efficacement contre la fourberie ou la violence d'autrui. Les moyens de dépouiller le pauvre ont varié suivant les pays ou les siècles ; autrefois, on voyait des troupes d'écorcheurs et de Normands parcourir à main armée des provinces paisibles : il y avait gaspillage par violence.

Plus tard on a vu des voleurs tout aussi audacieux s*enrichir à l'aide de coupons et d'entreprises en commandite : il y avait gaspillage par fourberie.

lis CONSIDÉEATtONS GÉNÉRALES.

Quelquefois Touvrier, par suite d*une éducation incom-: plèie ou de dispositions vicieuses i dissipe et détruit luimême ce qu*il a acquis; il y a alors gaspillage par sa propre inconduite.

D'autres fois, on a vu des gouvernemens bien intentionnés se Jeter dans des entreprises parfaitement extravagantes et y dépenser les richesses de leurs nations , avec la conviction profonde qu'ils travaillaient dans son unique intérêt : il y avoit gaspillage par la sottise d'autrui.

Enfin il y a souvent concours de plusieurs des élémens du gaspillage, par exemple, des gouvernemens notoirement insolvables ont ouvert à l'étranger des emprunts qu'ils savaient ne pouvoir pas remplir chez eux et ne devoir jamais rembourser nulle part ; ils ont trouvé chez leurs voisins des administrateurs assez innocens pour favoriser la spoliation de leurs concitoyens : il y avait ici gaspillage par fourberie d'un côté et par ineptie de l'autre.

Nous allons entrer dans quelques détails : le lecteur ne perdra pas de vue que c'est à regret que nous elBeurons le champ de la politique : nous n'y entrerons pas pourtant , nous ne ferons que le côtoyer. L'esprit de cri^que est en ce moment très éloigné de nous : il s'agit d'indiquer les causes de la misère des classes pauvres; l'espérance que cet examen pourra lui apporter quelque soulagement doit seule être présente à l'esprit de l'écrivain ; il manquerait à sa mission et resterait au-dessous de sa tâche, si , croyant voir le mal et le remède^ il se laissait, par une timidité mal entendue, détourner d'indiquer l'un et l'autre.

»D GASPILLAGE PAR LA VIOLENCE d'aUTRUI. 113

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