‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 65 sur 126 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Du gaspillage par la violence d'autrui : de la guerre ; des impôts; de la

conscription ; du brigandage.

( V. De la guerre.

Il y a des gaerres justes et nécessaires dont le but est de maintenir l'honneur du pays ou rîntégrité du territoire. Quelques sacrifices que puissent exiger de telles guerres, nul n'est en droit de les regretter. Que Ton fasse abstraction de tous les sentimens généreux et nationaux pour ne s'attacher qu'au calcul , et l'on trouvera encore que les sommes consacrées à la défense du pays sont de l'argent utilement placé, puisque, dans le cas de conquête, ces mêmes sommes deviennent la proie du vainqueur qui ne manque pas en outre de s'emparer de tout le reste. .

Mais les guerres sont souvent entreprises dans un tout autre intérêt que celui du pays : des souverains qui veulent s'illustrer par les armes lèvent une armée et font ravager deux pays pour orner leur tête de quelques lauriers (1).

Certains états ont possédé de nombreuses familles dont la guerre était l'état normal et qui se croyaient en souffrance toutes les fois qu'elles ne se battaient pas (2); on embarquait l'état dans des guerres interminables pour donner à ces familles une occasion de satisfaire leur ardeur belliqueuse.

Enfin, quand les passions d'un peuple sont en fermentation, quand son activité se trouve surexcitée par quelques cir-

(i) Eiemple : Charles XII de Suède. Invasion de lltalie par les Français, etc., etc., etc.

(a) Tel est aujourd'hui l'état de la Russie. Le vieux parti moscovite vent . la guerre et la veut par nécessité; il la fera faire par tous ses empereurs, attendu qu*il tient Tépée de Damoclès suspendue sur leur télé , sous la forme d'une écharpe soutenue par deux chambellans.

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constances^ on porte la guerre chez ses voisins pour détourner Tatiention publique et donner un autre cours au mouvement qui travaille la nation (1) ; quiconque possède quelques notions d*équité et de justice ne saurait approuver toutes ces causes de guerre et, si Ton songe aux effroyables calamités qui en sont la suite, il est difficile de ne pas juger sévèrement leurs fauteurs.

La mort des combattans n*est que le moindre des maux qu'entratne la guerre* On dit souvent qu*eUe dépeuple les états et le fait est certain \ mais ce n'est pas par suite du vide que les combats laissent dans les rangs des armées ^ les maladies contagieuses emportent incomparablement plus de monde que les plus sanglantes batailles » et Ton n*a jamais entendu dire qu'un peuple ait été détruit par suite d'une épidémie : on a remarqué que ces maladies sont suivies d'une large augmentation dans le nombre des naissances , et les pertes que les peuples ont éprouvées sont réparées en peu de temps. Pourquoi n'en est-il pas de même en cas de guerre ?

C'est que laguerre» en moissonnant les soldats» a emporté aussi les ressources de la nation. Des capitaux immenses sont dépensés en armemens , approvisionnemens et travaux de défense et , tandis que la consommation des richesses du pays augmente , leur production diminue par l'interruption des relations commerciales: l'épidémie n'emporte que leshommes déjà créés; la guerre détruit aussi les ressources qui devaient donner la vie à une génération nouvelle «

Pourquoi le nombre des naissances s'élève-t-il après une épidémie ? Parce que la place des morts demeure vacante et présente à leurs successeurs les mêmes profits et les mêmes avantages : la vacance d'un grand nombre de positions pousse au mariage une foule de gens qui devaient rester célibataires et la nation regagne en quelques années le

(i) Lliistoire de la république romaine en offre des exemples sans nombre.

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nombre que la maladie lui avait fait perdre ; mais la guerre détruit non-seulement l'homme, mais encore la position qui le nourrissait : qu'on me permette d'emprunter une comparaison au règne végétal. Si l'on enlève d'un taillis quelques brins , sans diminuer la fécondité de la terre, leur place est aussitôt couverte par de nombreux rejets : mais, si l'on appauvrit le sol qui les nourrissait, si on disperse la terre végétale, il ne répoussera plus de bois et le terrain demeurera stérile. Il en est de l'bomme comme du végétal : l'épidémie le coupe à la cognée, sans altérer la force productive du terrain qui le remplace aussitôt. La guerre l'enlève avec toute sa racine et toute la terre qui se trouvait à l'entourj

On a vu des guerres entreprises dans un btit de pure spéculation. Les dépouilles des vaincus étaient partagées d'avance par un acte authentique. Les droits du moindre soldat étaient réglés et définis avec une précision qui ferait honneur aux plus habiles notaires de nos jours. L'armée formait une véritable société coumnerciale et les dividendes se distribuaient avec une régularité parfaite. En cas d'échec^ elle suspendait ses paiemens } en cas de défaite , elle faisait banqueroute; mais tant qu'elle réalisait des profits, c'est-àdire tant qu'elle pillait beaucoup, les parts établies par l'acte de société étaient touchées par les ayant-droit comme les retenus d'une terre ou d'une propriété bâtie.

Telle était l'organisation des anciennes armées septentrionales et en particulier de plusieurs armées anglaises qui envahirent le continrat.

Rien n'est plus curieux que les réglemens de ces associations de pillards } ils gouvernaient avec une probité parfaite des entreprises dont le but avoué était le brigandage.

Aujourd'hui , l'on a retourné les idées ; nous voyons souvent des associations commerciales dont le but avoué est parfaitement louable et probe, mais dont l'intérieur offre des scènes de pillage que les Goths et les Danois n'auraient pas

désavouées.

116 ORS IMPâTS.

Il est consolant pour rhumanité de songer que presque toujours les peuples qui ont voulu faire du pillage une industrie ont fini par la trouver peu lucrative. Elle a pu fleurir dans des siècles où une foule de nations étaient dans un état de dissolution complète y mais aujourd'hui de tels moyens d'existence amèneraient promptement la destruction de ceux qui les auraient adoptés.

^ n. Des mpâu.

On trouve encore un assez grand nombre de politiques qui pensent que l'impôt n'est pas une charge , ni une perte pour un état : t argent , disent-ils , ne sort point du pays; qu'importe qu'U soit distribue' par une main ou par une autre? D'autres vont plus loin et pensent que l'impôt est un revenu. Des hommes qui passent pour habiles disent hautement : Créez des rentes ; vous créez Juste autant de richesses réelles que ^inscriptions sur le grand livre, La science du gouvernement serait facile s'il en allait ainsi et, avec un peu de papier, on pourrait se faire beaucoup de ressources.

L'impôt est une charge nécessaire , mais enfin c'est une charge; il est donc convenable de le restreindre, autant qu'on peut le faire sans mettre en souffrance le service public. Cette thèse a été trop .bien établie avant moi pour qu'il soit nécessaire de reproduire des argumens qui n'ont pas été réftités. Je présenterai seulement une considération que je n'ai pas rencontrée dans les ouvrages qui traitent de ces matières. Il y a un cas où l'augmentation de l'impôt serait réellement une augmentation de la richesse publique.

L'impôt est onéreux à cause du mauvais usage que l'on fait souvent de son produit. Le but de Timpôt est d'assurer au dehors et au dedans la sécurité.

Que les gouvernemens n'exigent de leurs peuples que ce que demandent les besoins réels des services publics, il n'y

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