‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 66 sur 126 · BES IMPÔTS · texte numérisé non relu

BES IMPÔTS

a de lésion pour personne : les dépenses oecasionées par l'entretien (f une armée raisonnable ou d'un corps judiciaire éclairé préviennent assurément plus de pertes qu'elles n'en causent : mais les gouvernemens envahissent fréquemment les fonctions qui doivent être réservées aux individus. Ils veulent tout exécuter par le moyen de leurs agens et se font manufacturiers , négocians , banquiers et architectes.

Or, ils sont presque tous éminemment impropres à remplir aucune de ces fonctions ; ils perdent sur des entreprises où d'autres qu'eux auraient gagné. Ils font une dépense double ou triple , pour obtenir de moindres résultats ; ils diminuent donc la richesse publique de toute la différence qui existe entre le produit tel qu'ils l'obtiennent et le produit tel que d'autres l'auraient obtenu.

Mais quand , par exception , le gouvernement se trouve plus éclairé que les peuples en matière d'industrie, il ne doit pas hésiter à exécuter lui-même, en se procurant de l'argent par l'impôt; l'impôt est alors productif , parce que le gouvernement , étant supérieur en industrie aux particuliers, produit plus qu'eux à meilleur marché; la richesse publique s'augmente donc par l'impôt de tout le surplus obtenu par le gouvernement.

Ce cas fort rare du reste se présente quelquefois quand l'administration d'un peuple nouveau se trouve remise aux mains d'une nation très éclairée : il est inutile d'ajouter que telle n'est pas la position de la France.

En résumé, l'impôt est une dépense productive dans certaines limites et improductive dès qu'il dépasse les bornes du nécessaire; les gouvernemens en ont fréquemment abusé et son abus doit être classé parmi les causes les plus actives de la misère.

118 DE l'obligation hV SERVICE MILITAIEE.

( in. 0* tMigaikm du semée miiksUn,

La première des lois sur lesquelles repose la sécurité des empires» o'est Tobligation imposée à chaque homme de combattre pour la défense de ses foyers et de ceux de ses compatriotes. Rien ne peut dispenser de ce devoir sacré ^ mais, si tout homme libre a des obligations à remplir vis-à-vis de son pays, ceux qui gouvernent ce pays ont aussi des devoirs à remplir vis-à-vis de Fhomme libre. Ils y manquent toutes les fois qu'ils abusent de Tobéissance passive que leur doit mopientanément le soldats ils y manquent lorsqu'ils ag^ gravent sans nécessité la charge déjà si lourde du service militaire et lorsqu'ils substituent ou ajoutent aux devoirs de cette profession dçs réglemens qui la rendent plus rude, sans la rendre plus utile.

Les armées européennes sont organisées sur des bases très différentes ; la plupart pèchent par une absorption trop complète du soldat et en ce qu'elles lui enlèvent non-seulement spi) présent, mais encore son avenir. Les classes pauvres qui sont en mstjorité dans les armées comme partout ailleurs sont obligées d'économiser dans leur jeunesse, si elles ne veulent pas subir de rudes privations dans un âge avancé ; c'est celte faculté d'acquérir que Torganisatiop militaire enlève ordi*nairement aux prolétaires. Ils ne peuvent mettre eu réserve de bien grosses sommes sur leur solde qui , dans certains pays, s'élève coiome on le sait à un sou par jour : on ne leur facilite pas les moyens de s'occuper d'autres travaux qui pourraient leur donner des ressources supplémentaires. Le soldat voit donc ses années d'activité et de vigueur s'écouler sans lui laisser rien d'acquis pour ses derniers jours. (1)

(i) Il n*en est pas ainsi chez tous les peuples ; rAogleterre paie largement ses soldats et leur assure une retraite après un certain temps de senrice; mais le temps du service occupe presque toute la vie active du soldat.

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