DU BRIGANDAGE
Ce n'est pas tout : lorsqu'un conscrit a passé 8 ans dans l'oisiveté des casernes, il a perdu le goût et l'habitude du travail ; il a pris souvent en échange le goût du vin et de la débauche : il revient dans sa famille sans ressources, sans talent d'ouvrier et quelquefois détérioré au physique et au moral.
Dans les pays où les engagemens sont libres et très longs, en Angleterre, par exemple, les inconvéniens sont moindres; d'abord la recrue volontaire sait d'avance à quelle vie elle se voue et, comme elle n'est pas contrainte de l'embrasser, elle n'est pas en droit de se plaindre de la position qu'elle s'est faite de son plein gré ; ensuite, le service durant presqu'autant que la vie, peu importe que le soldat perde quelques-unes des vertus civiles qu'il n'aura plus l'occasion d'exercer; mais, dans les pays où le service est forcé et où le soldat doit rentrer promptement dans la vie commune, c'est un double mal de lui infliger des privations inutiles et de le détourner des habitudes qu'il devra reprendre bientôt.
Lorsque le conscrit est arraché malgré lui à son repos pour porteries armes, on peut lui donner pour raison la nécessité de pourvoir à la défense du pays : mais lorsqu'il est, pendant toute la durée de son service , enlevé au travail et détourné sans aucune nécessité de l'exercice de sa profession, il y a destruction du talent qu'il avait laborieusement acquis, ce qui est le pire de tous les gaspillages.
§ IV. Du brigandage.
Ses effets sont très multipliés ; mais ils rentrent tous dans un seul, la destruction de toute espèce de moralité, de toute espèce d'industrie ; pour ceux des Français qui ne pensent guère qu'ai] moment présent, le brigandage en grand peut paraître une fiction , une espèce de création mythologique dont la réalisation est impossible. Cependant on ne doit pas perdre de vue 1"* que le brigandage le plus universel existe