‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 80 sur 126 · BES PROSPECTUS INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

BES PROSPECTUS INDUSTRIELS

universelle et à la hausse exagérée succède une chute gé nérale. Chacune de ces révolutions financières coule à la France quelques centaines de millions et nous serions trop heureux encore si nous n*y perdions que de l'argent j mais la confiance se détruit et la moralité se perd, parce qu^ou voit, à la suite de ces crises , Thonnête homme sortir rainé des afifaires et le fripon étaler insolemment sa fortune réceni' ment créée.

Faut*il eu conclure, comme quelques-uns le font, que Tindustrie n'est profitable que quand elle marche de concerl avec la mauvaise foi? certainement non; il faut rechercher les vices qui entachent nos lois industrielles et s'efforoer de leur appliquer un prompt remède. Ce n'est pas une tâche bien ardue ; les défauts de notre législation sont assez énormes pour frapper les yeux les moins exercés et il n'y a aucune incertitude sur le parti à prendre pour l'améliorer.

D'où viennent ces crises continuelles qui agitent et dé-* soient la Bourse parisienne? De ce que les trois quarts des sociétés par actions ne sont pas des entreprises sérieuses, mais seulement des^simulacres d'entreprises ; il n'y a rien au fond de la plupart de ces sociétés, aï ce n*est le désir ardent des directeurs de piper les capitaux et de s'appro* prier les fonds de leurs dupes. On a supprimé la loterie et la ferme des jeux , mais la Bourse les a remplacés : ou y retrouve des hommes sans lumière qui dierchent l'émotion du hasard et qu'exploitent des gens habiles qui ont pour eux le refait et des chances mathématiquement calculées. Les directeurs d'entreprises sont des croupiers et les actionnaires sont des pontes.

Il n'y a sorte de déceptions que notre loi ne tolère vis-àvis des malheureux souscripteurs d'actions : voilà pourquoi l'affluence des capitaux vers l'industrie n'est jamais que mo* mentanée et ne manque pas d'être suivie d'un mouvement contraire qui paralyse les affaires après avoir ruiné nombre de gens crédules; aucune protection n'est accordée à h

DES PROSPECTUS INPUSTRIEI.S. l^â

bonne foi contre la fourberie la plus évidente. Les ruses les plus condamnables sont regardées comme de bon ak)i par certains spéculateurs qui n'y voient qu'un moyen de s'enrichir; chaque foU que les capitaux se portent vers les entreprises, voici comment leur marche est dirigée.

Il y a peu de gens qui puissent vérifier eux-mêmes les fait^ sur lesquels repose l'avenir d'une entreprise ; on est toujours plus ou moins obligé de s'en rapporter à la parole d'autrui. Lorsqu'un chemin de fer se crée à une extrémité de la France» les capitalistes de l'autre extrémité fournissent des fonds » et ils ne se rendent pas tous]|sur les lieux pour examiner lefi pentes ou pour relever la masse de transports aux barrières des villes et aux bureaux des diligences : on est donc ^^ peu-^près sûr de leur persuader les choses les plus exorbitantes , pourvu seulement qu'on ne manque pas de front et qu'où sache employer habilement la publicité.

L'actionnaire qui ne peut rien vérifier par lui-même reçoit par la poste une masse énorme de prospectus francs de port qui lui présentent un choix immense d'entreprises, toutes plus productives les unes que Jles autres : ce sont des mines , des sucreries , des fabrications nouvelles par brevet d'invention. Il parcourt avec intérêt ces sources de richesse, et il s'arrête avec plaisir sur l'une d'elles qui assure à ses actionnaires un revenu annuel de 95 pour 100 ; cependant il en trouve bientôt une autre qui promet 150 pour 100^ il la préfère à la première et il se décide enfin pour une troi^ sième qui assure un dividende de 300 pour 100 tous les six mois ; il souscrit et verse ses fonds ; trois mois après la société entre en liqHidation et la moitié des capitaux passe entre les mains des entrepreneurs. L'actionnaire stupéfait prend alors quelques renseignemens sur les causes qui ont pu gâter une aussi belle affaire , il apprend avec surprise que la totalité des chifiires qu'on lui a présentés étaient faux; que les tableaux étaient fabriqués à plaisiret que, sur tout le contenu des prospectus, il n'y avait de réel que la clause qui

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