DE l’indépendance et de la mendicité
D. Pourquoi dites-vous que la loi o’assure au pauvre qu’une ombre de liberté?
R. Parce que c’est en vain que la loi déclare libre le pauvre, si en réalité il dépend d’un autre pour sa subsistance.
D. Mais l’ouvrier lient sa nourriture de son travail et ne tient-il pas son travail de celui qui l’emploie ?
R. Non, pas plus qu'il ne tient son pain du boulanger auquel il l’a payé. Il a de même payé par son travail l’argent qu’il reçoit de sou maître; celui-ci a tiré un bénéfice des travaux de son ouvrier. Ainsi l’ouvrier pourrait, en cas de besoin, trouver un autre maître qui l’emploierait aux mêmes conditions.
D. Quelle est donc la position qui met le pauvre à la discrétion du riche?
R. C’est la mendicité et tout ce qui s’y rapproche.
D. En quoi la mendicité met-elle le pauvre à la discrétion du riche?
R. En ce que le riche n’est pas obligé de donner au mendiant, et s’il ne lui donne pas il n’y perd rien; au contraire, c’est pour lui une économie, tandis que le fabricant ne pourrait se dispenser de faire travailler sans se ruiner lui-méme. L’ouvrier est donc nécessaire à la fortune du fabricant, comme le fabricant est nécessaire à celle de l’ouvrier.
D. La mendicité est-elle une ressource honorable?
R. Non, c’est un état humiliant et qui ne convient qu’à ceux qui se trouvent au-dessous de tous les autres.
D. La mendicité est-elle nuisible?
R. Oui, en ce que l’argent dépensé en faveur des mendians aurait pu être donné aux ouvriers en échange de travaux utiles.
D. La mendicité est-elle un crime?'
R. Non, parce que quelquefois le pauVre n’a pas d’autres ressources; les invalides , les idiots, les veuves chargées d’enfans peuvent mendier parce qu’il vaut mieux s’humilier