DU TRAVAIL EN GÉNÉRAL
R. Se livrer pour un temps à quelque autre occupation, dùtclle lui paraître plus pénible et moins prolitable, et prendre le reste de son nécessaire sur les ressources qu’il a économisées quand le travail abondait.
D. Il y a des travaux si peu payés qu’ils ne produisent rien au-delà des besoins de chaque jour, et ne permettent pas d’économiser. pour l’avenir?
R. L’ouvrier réfléchi ne se livre pas à des travaux de ce genre, et ceux qui les entreprennent sont des insensés.
Z>. Il y a donc toujours des travaux assez productifs pour donner à l’ouvrier l’espérance de la richesse ?
R. Oui.
D. Alors comment se fait-il qu’un grand nombre d’ouvriers vivent dans la détresse et meurent dans la misère?
R. C’est qu’ils ont été prodigues; ou bien c’est qu’ils avaient mal choisi leur genre de travail.
D. Comment peut-on supposer que l’ouvrier préfère un travail mal payé, lorsqu’il peut en avoir d’autre?
R. Les travaux les mieux payés ne sont pas toujours les plus agréables. Des ouvriers paresseux ou ignorans aiment mieux gagner peu et se donner moins de peine; il n’en est pas ainsi de l’ouvrier vigoureux et intelligent.
D. Quels sont les motifs qui déterminent l’ouvrier paresseux ou ignorant à choisir un mauvais genre d’occupation ?
R. Quelquefois la crainte de la fatigue, quelquefois le désir de ne pas quitter sa commune ou sa famille.
D. N’est-ce pas un sentiment louable que l’amour de la famille, et doit-on le classer parmi les mauvaises dispositions de l’ouvrier?
D. L’amour des parens et des amis est un sentiment louable, mais il doit être éclairé et dirigé par la raison. L’ouvrier qui reste sans travail pour ne pas quitter sa famille, devient une charge pour elle; s’il aime réellement ses parens, il doit s’éloigner d’eux momentanément pour ne pas les appauvrir.
1)1' TRAVAIL KN (’.KNKBAL.
D. Cependant l’ouvrier n’a-t-il pas des devoirs à remplir envers ses parens?
11. Oui, il leur doit du respect et de la reconnaissance pour les soins qu’ils ont pris de lui dans son enfance.
D. Mais s’il les quitte, comment leur témoignera-f-il ce respect et cette reconnaissance ?
R. Il reviendra souvent les voir, et s’ils sont pauvres, il les soulagera en leur donnant une part des gains qu’il aura faits.
D. Mais en agissant ainsi, ne se dépouillera-t-il pas de ses ressources, et ne doit-il pas les conserver pour ses en fans ?
R. Il doit en conserver une part pour ses enfans, et employer l’autre à rendre à ses parens ce qu’il leur a coûté quand il était petit.
D. L’ouvrier qui n’a ni père, ni mère, ni enfant, est donc dispensé de tout autre travail que celui qui est strictement nécessaire à ses besoins journaliers?
R. Non, il doit prévoir la maladie et la vieillesse qui l’empêcheront de travailler ; il doit se prémunir contre elles en amassant de quoi pouvoir subsister sans travail quand le travail lui sera impossible.
D. L’ouvrier malade ou vieux n’est-il pas admis aux hôpitaux, ou ne peut-il pas subsister des secours d’autrui ?
/f. C’est une condition humiliante que d’implorer le pain de la charité, et tout homme de cœur doit faire les derniers efforts pour ne pas en arriver là.
D. Si l’ouvrier possède assez pour être en tout cas à l’abri de la misère, et s’il n’a pas de parens à secourir, doit-il négliger son travail et jouir sans rien faire de ses biens?
R. Non, il doit continuer à travailler.
D. Et pourquoi ?
R. Dans l’intérêt de son propre bonheur et de sa propre moralité; l’oisiveté amène avec elle tous les vices; elle est aussi la mère de l’ennui qui est le pire de tous le's maux.
D. Cependant, on voit des hommes qui ne sont heureux que quand ils ne font rien?
222 T)E LA CESSATION DU TRAVAIL, DE SES CAtSES.
R. Ce sont des hommes mal organisés, qui se rapprochent un peu des idiots et des estropiés.
J). Mais les riches ne travaillent pas, et cependant ils ne sont pas idiots; au contraire ils sont bien plus instruits que l’ouvrier ?
R. Les riches ne traA'aillent pas de leurs mains, mais ils doivent travailler de leur tête ; ceux qui ne le font pas sont un peu atteints d’imbécillité.
D. Quels sont donc les cas où l’homme doit s’abstenir du travail ?
R. Les cas de maladie ou d’impuissance , les gens infirmes, les blessés, les vieux, les crétins, doivent seuls s’abstenir du travail, et quiconque s’en abstient sans nécessité, montre qu’il y a dans son corps ou dans son esprit quelque chose de faible et d’inférieur à l’homme laborieux.
§ II. De la cessation du travail, de ses causes.
§ III. De la reprise du travail et des moyens de l'accélérer.
Le sujet de ces deux paragraphes ayant été traité plus haut, il serait impossible de l’exposer de nouveau , sans tomber dans des redites. Nous en mentionnerons le titre pour mémoire; il ne s’agit que de mettre en demandes et en réponses ce qui a été exposé plus haut. En voici le résumé :
Le travail qui a pour objet la création d’objets de luxe ou de fantaisie doit cesser souvent par la nature et par l’inconstance des consommateurs; leur caprice l’avait créé, leur caprice le supprime; il n’y a pas lieu de s’en occuper longuement puisque. l’ouvrier instruit ne s’y adonnera jamais.
On me dira peut-être qu’il y a certains travaux de luxe très productifs quoiqu’un peu inégaux, comme ceux des joail-
DE LA REPRISE DU TRAVAIL, DES MÔVENS pE L’aCCÉLÉUER. 528
Mers, horlogers : ces travaus. ne doivent pas être rejetés, ni classés complètement parmi les travaux de luxe ; mais pour deux motifs, ils ne conviennent pas au prolétaire : 1® leur apprentissage est très coûteux, leur demande est trop sujette à manquer ; ils conviennent à des ouvriers possédant déjà quelque chose, et pouvant dire : Si le travail va, je m’enrichirai; s’il ne va pas, je serai gêné, mais je ne mourrai pas de faim, parce que j’ai derrière moi une petite réserve.
Mais le travail ayant pour objet la création d’objets utiles peut cesser aussi de loin en loin, ou du moins diminuer soit par la guerre, les révolutions et autres évènemens qui ébranlent le crédit, soit par la concurrence d’une production mieux entendue qui accapare les débouchés en livrant a plus bas prix. Si la cessation du travail a pour cause la guerre, il ne dépend pas de l’ouvrier de la terminer; cependant il peut en accélérer indirectement la conclusion, en aidant son pays de sa personne et en facilitant autant qu’il est eu lui les mesures qui peuvent attirer la victoire.
Si la cessation du travail a pour cause quelques troubles intérieurs, l’ouvrier doit s’efforcer de mettre fin à ces troubles, et se bien pénétrer de cette idée que tout ce qu’il fera pour les augmenter augmentera aussi son malaise.
£nliu, si les débouchés du travail ont été accaparés par la concurrence d’une industrie mieux entendue qui fabriquée! livre à plus bas prix, l’ouvrier ne doit pas perdre son temps à déclamer contre la supériorité de ses rivaux; il doit û l’instant même adopter leurs procédés, perfectionner et repredre ainsi vis-à-vis d’eux la position d’égalité qu’il avait perdue.
§ IV, De U baisse des salaires. Des coalitions d’ouvriers.
D. La baisse des salaires n’est-elle pas produite par la cessation du travail ?
R. Pas toujours; elle peut provenir d’une autre cause.
D. De laquelle ?
R. Si la masse de travail demeure la même et qu’un plus
Di. . ‘ jij by Googit