‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 104 sur 117 · A DE DA BAISSE DES SALAIRES · texte numérisé non relu

A DE DA BAISSE DES SALAIRES

{çrand nombre de travailleurs se présente pour l’exécuter, ceux de ces ouvriers qui n’auront pas trouvé d’emploi, offriront leurs bras au rabais, et leur concurrence fera baisser le taux général des salaires.

D. L’ouvrier a-t-il des mesures à prendre pour arrêter la baisse excessive des salaires?

R. Oui, il peut et doit prendre des mesures pour arrêter sa ruine lorsqu’il le peut.

D. Ne ferait-il pas bien, par exemple, d’interdire le travail à ceux qui viennent le lui enlever?

R. Il n’a pas plus le droit de le leur interdire qu’ils n’ont eux-mêmes le droit de le chasser.

D. Mais les derniers venus n'ôtenl-ils pas le pain de la ' bouche à ceux qui travaillaient avant eux?

R. Chacun est libre d’offrir son travail à qui il veut et aux conditions qu’il veut; le travail est la fortune, la propriété de l’ouvrier; s’il veut qu’on respecte ses droits, il faut qu’il respecte ceux des autres.

D. Vous me prouvez bien qu’il ne serait pas juste d’expulser les ouvriers surabondans dont la concurrence fait baisser le prix des salaires ; mais vous ne me prouvez pas que cela ne soit pas profitable?

R. Quand on devrait y trouver du profit, il ne faudrait pas le faire, puisque tout profit injuste est un vol; mais en outre il n’y aurait aucun profit.

D. Cependant le trop grand nombre d’ouvriers ayant amené la baisse des salaires, on y remédie en les diminuaut.

R. Non, les ouvriers congédiés s’eu iraient travailler à une autre fabrique où ils écraseraient également les salaires, et comme la baisse ne peut avoir lieu sur un point sans réagir aussi sur les autres, il n’en résulterait pas moins une baisse assurée.

D. Mais si tous les ouvriers de toutes les fabriques s’entendaient pour repousser les nouveau-venus?

R. Alors les nouveau-venus se réuniraient pour expul-

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ser les anciens ouvriers, car les uns et les autres ont un droit égal au travail ; les ateliers deviendraient un champ de bataille et le travail cesserait pour tous, comme il ne manque jamais d’arriver aussitôt qu’il y a du trouble.

D, Eh bien ! il y a une autre manière d’empécher la baisse des salaires ; il faut laisser les ouvriers se présenter et dire aux maîtres : Vous prendrez pour ouvriers qui vous voudrez, mais vous ne les paierez pas au-dessous d’un certain tarif; ainsi les droits de tous les ouvriers seront respectés ?

R. Oui, mais ceux des maîtres ne le seront pas, car ils sont libres, non-seulement de prendre pour ouvriers ceux qu’ils veulent, mais encore de ne leur donner que le salaire qu’ils veulent.

D. Cependant il faut que l’ouvrier puisse vivre? Que fera-til si le maître ne lui offre qu’un salaire insuffisant?

R. 11 refusera de travailler et ira chercher ailleurs une occupation plus lucrative.

D. Qu’arriverait-il si les ouvriers fixaient un tarif et empêchaient leurs camarades de travailler au-dessous''

R. Les maîtres arrêteraient le travail; car s’ils ne peuvent forcer les ouvriers à travailler pour un certain prix, les ouvriers ne peuvent les obliger à faire travailler pour un autre.

D. N’y a-t-il pas dureté de la part des maîtres à offrir à l’ouvrier un salaire insuffisant?

R. Pas toujours : les maîtres doivent retirer de la vente des marchandises qu’ils fabriquent de quoi se rembourser de leurs frais de fabrication, autrement ils se ruinent. Eh bien ! si le prix de vente de ces marchandises vient à baisser, U faut nécessairement qu’ils abaissent aussi leurs frais de fabrication, ou bien il faut qu’ils suspendent le travail; car ils ne peuvent fabriquer à perte.

D. N’y a-t-il pas des pays où on ne laisse pas aux maîtres cette faculté de fixer arbitrairement les salaires et de suspendre le travail?

R. Oui, mais ce no sont pas des pays libres; si le maître

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