È IM BAISSE BISS SALAIRES
est contraint de faire travailler à un prix lixc, il faut que l’ouvrier soit contraint de travailler aussi à ce prix; mais c’est là une grave atteinte portée à l’indépendance des maîtres et des ouvriers. 1/hommc sensé ne cherche pas à gêner la liberté d’autrui; tout ce qu’il demande, c’est qu’on ne gêne pas la sienne.
I). Quels sont donc les moyens que peut employer l’ouvrier pour prévenir ou arrêter la baisse des salaires?
Ji. Il doit éviter l’encombrement des ouvriers sur certains travaux et, lorsque l’encombrement est venu, il ne doit pas s’obstiner à poursuivre un travail devenu ruineux.
D. Comment l’ouvrier peut-il éviter l’encombrement des travailleurs!
fi. En s’efforçant de faire comprendre à tous qu’ils vont s’étouffer réciproquement, et qu’il vaudrait mieux pour chacun d’eux se répartir plus également sur des professions moins surchargées. (1) -
D. Lorsque les maîtres de différentes fabriques offrent un salaire très différent, l’ouvrier ne doit-il pas demander qu’oq les égalise ?
fi. Non, cela ne mènerait à rien; il atteint bien plus directement son but en quittant le maître qui paie mal pour aller à celui qui paie bien.
D. Lorsque les salaires varient sans motifs raisonnables et par le seul caprice des maftres, les ouvriers peuvent-ils se réunir pour aviser entre eux aux moyens d’obtenir soit une augmentation, soit de la fixité?
fi
(i) IcidcMuil SC trouver un exposé succinct des üoctrlnrs de Mallhiis.
DES COALITIONS DOUVRIERS. 227
Note , — Ils le peuvent toujours devant la justice et, dans les pays qui comprennent bien l’industrie, ils le peuvent aussi devant la loi ; mais comme en France on a proscrit les réunions d’ouvriers sous le nom bien impropre de coaUtiom , il ne convient peut-être pas 'à un Français d’insérer dans un catéchisme populaire, une disposition tendant à inspirer le mépris des lois nationales. Voici en quoi pèche notre législation sur les coalition».
Si elle se bornait à interdire la violence qu’emploient souvent les ouvriers coalisés pour empêcher leurs camarades de reprendre les travaux, il n’y aurait que justice; mais elle va plus loin : si des ouvriers, laissant toute latitude d’action à leurs camarades, se réunissent entre eux et conviennent de ne travailler qu’à un prix indiqué, elle les poursuit pour fait de coalition (1). 11 est diilicile de comprendre en quoi ils ont blessé l’égalité, et si l’ouvrier isolé est libre de donner ou de refuser son travail aux conditions qui lui plaisent, on ne voit guère en quoi ce qui est légitime pour un deviendrait coupable pour plusieurs.
Mais l’injustice de la loi devient bien plus évidente quand on réfléchit que la coalition interdite aux ouvriers est permise aux maîtres. Les chefs de fabrique peuvent se réunir et décider collectivement quel sera le prix des journées dans leurs ateliers; mais si les ouvriers font la même chose, ils sont poursuivis. Ainsi est violée la liberté du travailleur qui demeure sans aucun secours, et doit défendre seul ses droits contre la masse compacte des fabricans réunis. Je suis loin de blâmer la réunion de ceux-ci ; je l’approuve au contraire; mais ce qui est licite pour l’un des coniractans ne peut être criminel pour l’autre.
L’iniquité de cette disposition est sentie au fond par tous;
(i) « Soit que les réunions d’ouvriers aient pour but le plaisir et la dislrae- <• lion , ou l’élévation des salaires, il est certainement impossible de rédiger « contre elles une loi qui ue soit pas à-la-fois inexécutable et contraire à tous » les principes de la liberlé et de la justice. » (Adam Smith : Wadth of nations, I. I, ch. :o, a' partie),