‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 11 sur 117 · l MISÈRE PEBLIQÛÉ ET PRIVÉE · texte numérisé non relu

l MISÈRE PEBLIQÛÉ ET PRIVÉE

corps : chez quelques-uns, toute vertu, tout sentiment paraissent éteints, aussi bien que toute énergie :on expose les enfans, on les mène perdre dans quelques villes éloignées. Les vivres et l’argent paraissent choses si précieuses qu’on ne croit plus pouvoir les payer trop cher : les sentimeps de. famille demeurent oubliés : le droit du plus fort domine seul autour du foyer domestique; les pères enrôlent leui^ fils; les mères vendent leurs filles.

La destruction des propriétés , le vol et l’assassinat ne paraissent plus que des crimes secondaires. Le meurtre d’un étranger coûte moins au cœur de l’homme que le sacrifice de scs propres enfans ; lorsqu’il prend ce dernier parti, on peut être certain qu’il eût préféré le premier, s’il ne lui eût manque une de ces deux choses, le courage ou l’occasion.

Il se trouve toujours dans ces masses démoralisées des hommes doués d’une énergie plus puissante ou d’une probité plus robuste qui se conservent purs de tout excès et meurent sans s’étre souillés; mais en général l'augmentation des crimes suit infailliblement scelle de la misère. Le besoin ne pousse pas seulement les pauvres à se rendre criminels pour le satisfaire ; il parvient quelquefois à fausser certains points de leur jugement et à leur faire faire le mal avec la ferme conviction qu’ils font le bien. Les associations irlandaises des whtleboys qn ont donné de nombreux exemples; ils massacraient souvent sans tirer aucun profit de leurs crimes. En Angleterre , d’innombrables incendies ont été causés par la malveillance. Que pouvait-il en revenir à leurs auteurs? rien autre chose que d’être pendus.

Une des circonstances qui paraissent rendre la misère particulièrement insupportable à l’homme, c’est de n’en pas connaître l’auteur et de n’avoir pas de vengeance à exercer. Ce fait est si vrai que les misérables ne manquent jamais de chercher autour d’eux un coupable auquel ils puissent demander compte de leurs souffrances ; lorsqu’ils n’en trouvent pas, ils en supposent un et le mal qu'ils lui fout leur parait

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