MISÈRE PUBLIQUE ET PRIVÉE
uu adoucissemciu considérable a celui qu’ils éprouveiil. Une telle disposition d’ésprit ne.peut en aucun cas être excusée ; mais elle doit être notée comme fait ; on la retrouvera écrite en lettres sanglantes à chaque page de l'histoire ; les famines ramènent infailliblement la vieille et absurde fable des accapareurs :1e choléra a fait tuer dans des villes très civilisées des citoyens inoffensifs qu’on transformait en empoisonneurs. La souffrance prolongée ôte souvent à l’homme la bonté du cœur et la droiture de l’entendement; les choses ont été ainsi ordonnées pour faire participer les classes riches aux maux que la misère inflige aux pauvres. La détresse du prolétaire ignorant peut être due à l’incurie ou à l’incapacité de ceux qui le dirigent : les classes éclairées doivent voir pour lui, tandis qu’il travaille pour elles ; si, par distraction ou même par impuissance, elles le laissent tomber dans l’abîme, il n’y descendra pas sans entraîner avec lui quelques portions de la fortune publique. Que Dieu me garde de le disculper ! je me contente de constater ce qui est et, comme il n’y à rien d’inutile dans l’organisation de notre monde, je crois pouvoir interpréter ainsi une disposition delà providence qu’il serait peut-être assez difficile d’expliquer autrement.
Ce serait ici le lieu de développer l’action réciproque' des hautes classes sur les basses et des basses classes sur les hautes, si un pareil examen ne sortait pas complètement du cadre où nous devons nous maintenir. Noos ne quitterons pas le terrain de la bienfaisance pour nous lancer dans le champ immense de la politique; il ne sera pas inutile cependant d’indiquer en peu de mots le point de contact entre ces deux sciences .et d’en établir la séparation d’une manière complète et précise, afin de n’être plus obligé d’y revenir.
Lu misère publique ne peut être l’état normal et habituel d’une nation; toutes les fois qu’elle le devient, elle indique dans le corps social une maladie grave et profonde qui pronostique des révolutions prochaines. Ces révolutions peuvent s’opérer en quatre formes différentes.
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2(i MISÈRE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
Si la nation tout entière est sans ressort et sans intelligence, elle ne se relevera pas-elle-méme; il ïui arrivera du dehors ce qu’elle ne peut pas trouver au dedans. Une race plus puissante viendra lui demander ou lui prendre une por^ lion de son sol. Cette race lui apportera en échange des lumières et de l’énergie, et peut-être, en résultat, le vaincu aura-t-il beaucoup gagné à la conquête.
Si les hautes classes seules se sont dépravées et abâtardies et qu’il existe au-dessous d'elles une couche plus saine et plus vigoureuse, si une bourgeoisie éclairée est prête à remplacer une noblesse décrépite, l’état social se modifiera par un changement d’aristocratie, ce qui n’est qu’une conquête partielle opérée par des nationaux.
Enfin, si le vjee existe dans les classes inférieures, si elles refusent l’activité et le travail comme le faisaient, par exemple, les Romains sous les empereurs, une importation ou un déplacement, sous forme de colonie militaire ou sous toute autre dénomination, remplacera, par une population saine, une population gangrénée.
Mais si une misère partielle et stationnaire provient de la faute des lois et des coutumes plutôt que de la faute des hommes; si elle existe sans progrès, de longue main et comme une sorte de péché originel dans un pays pourvu de lumières suffisantes et dont les hautes ou moyennes classes soient aptes à conserver le gouvernement, elle sera pacifiquement combattue et détruite par des mesures habiles et de sages institutions.
Les trois premiers cas rentrent évidemment dans le domaine de la politique; c’est du dernier seulement qu’il sera question dans les chapitres suivans.
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