‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 15 sur 117 · CAUSES DE LA MISÈKE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA MISÈKE

limites, les blés du nord et du littoral méditerranéen au secours de la production nationale.

C’est une amélioration et, si l’on compare la fréquence des disettes d’aujourd’hui avec leur fréquence d’il y a quelques siècles, on verra combien le progrès des lumières a diminué les souffrances de l’homme. Cependant, un nouvel amendement nous reste, encore à désirer: c’est l’emploi d’une plus forte proportion de substances animales dans la nourriture des classes pauvres; il n’est pas question ici des effets heureux que ce changement de régime produirait sur la santé et la vigueur des consommateurs, mais seulement de son influence sur le prix dés approvisionnemens et l’éloignement de la disette.

Ce qui rend impossible de conserver en magasin une masse de blé sulEsante pour la consommation de quelques mois, c'est que la qualité des grains aussi bien que leur quantité demeure stationnaire, ou même subit un déchet par suite d’une conservation prolongée ; l’humidité et les charançons mettent toujours en danger les céréales récoltées; le propriétaire peut les voir dépérir entre ses mains, il ne peut pas les voir profiler; son intérêt est donc de s’en défaire le plus promptement possible. Il n’en est pas de même des animaux domestiques ; le bœuf grossit pendant quatre ans; il peut donc être mangé en veau ou engraissé quatre ans après, sans que pendant tout ce temps il ait cessé de payer largement ses frais de conservation, suit par sa croissance, soit par son travail. Lorsque le bœuf a pris toute sa taille, il devient apte aux charrois et aux labours et, pendant plusieurs années encore, il peut vivre, non-seulement sans constituer son propriétaire en perte, mais même en l’enrichissant: immense différence entre les approvisionnemens en viande et les approvisionnemens en grains ! Les uns ne peuvent que se détériorer et perdre en tous cas au moins l’intérêt de leur valeur; les autres paient au-delà de leur frais d’entretien et peuvent être conservés avec bénéfice

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