‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 18 sur 117 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la nécessité où sont tous les hommes de produire.

Si l’on excepte les solitaires , les détenus, les infirmes et quelques autres cas accidentels, il n’y a pas sur le globe un seul homme qui n'ait une sorte de compte ouvert avec l’espèce humaine. Souvent ce n’est point en numéraire que ces comptes se calculent et se liquident ; le guerrier paie de sou sang et de sa personne, comme le savant de ses veilles et l’artisan de ses sueurs; mais depuis le potentat le plus rédouté jusqu’au plus humble prolétaire, il n’est pas un des descendans d’Adam qui ne tire quelque service de ses sem blables et qui ne soit tenu à son tour à faire en échange quelque chose pour eux.

L’admiration ou le mépris des peuples s’attache aux classes et aux hommes en proportion de leur aptitude ou de leur incapacité à servir leur pays. Les Germains et les Francs avaient admis en principe que leur roi dëvait toujours être le plug utile: ils le choisissaient, le conservaient ou le déposaient d’après cette doctrine et, si l’on voulaiten chercher des exemples dans le passé, il ne serait pas nécessaire de remonter à Mérovée et aux Francs-Saliens ou Ripuaires.

^ Ceux qui viennent après les rois sont tenus à plus que ceux qui occupent les rangs inférieurs du peuple. Lorsqu’il y avait une noblesse en France, on disait: Noblesge oblige. Sous quelque dénomination que soient désignés les puissans de la terre, ils doivent payer par de larges services la large place qu’ils prétendent occuper au soleil.

Lorsque les hautes classes ne se rendent pas utileg en proportion de ce qu’elles coûtent au pays, lorsque leurs ser-

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