‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 23 sur 117 · UËÜ HAUTS ET BAS SALAIRES · texte numérisé non relu

UËÜ HAUTS ET BAS SALAIRES

le monde soit d’accord, nous la prendrons pour point de départ et pour base du système qui sera bientôt développé.

Les partisans des salaires élevés n’ont assurément pas le désir de constituer en perte le capitaliste et les chefs d’industrie qui emploient et paient des ouvriers. Ils veulent bien que les bailleurs de fonds s’enrichissent, mais à condition que les hommes dont le travail crée leur opulence ne seront pas sacrihés comme des instnimens inanimés qui s’usent et se détruisent au service de leur propriétaire.

Les partisans des bas salaires ne veulent point la misère et la ruine de l’ouvrier; mais ils regardent la conservation et l’accroissement des capitaux employés comme une condition *ine quâ non Ab la continuation du travail. Iis pensent que si un chef d’entreprise se trouvesoumis à des frais trop considérables et perd sur son exploitation, il la suspendra infailliblement, et alors les ouvriers, au lieu d’obtenir de lui un salaire médiocre , n'en obtiendront plus aucun salaire ; or mieux vaut, disent-ils , être mal payé que de n’étre pas payé du tout.

Le débat roule donc en ëntier sur cette supposition assez gratuite que toute industrie doit laisser en souffrance une partie quelconque de ceux qui s’en occupent ; ce point une fois admis, on peut rechercher aussi longuement qu’on le désire sur lesquels des ouvriers ou des maîtres la perte doit être rejetée ; mais il existe une question préliminaire à vider : est-il nécessaire que l’industrie constitue en perle ou les travailleurs ou les directeurs des travaux?

Les idées vraies en matière d’industrie ne sont pas encore assez généralement répandues pour que les plus élémentaires mêmes soient admises sans conteste. Nous voyons souvent ériger en principe d’énormes hérésies économiques ■qui non-seulement passent en conversation, mais encore se produisent en lettres moulées et prennent gravement possession des journaux et des revues.

- Il s’est trouvé des écrivains qui, confondant les effetsde lu

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concurrence avec ceux du commerce, ont dit: «L’industrie « ne crée rien, seulement elle déplace: elle n’influe pas sur « la masse des richesses; mais elle fait passer dans les mains a de l’un ce qui était entre les mains de l’autre : un perfectiona neinentqui donne la vogue aux produits d’une manufacture « l’ôte nécessairement à une masse égale d’autres produits. K Ainsi le bénéfice de la production a changé de forme et de « propriétaire ; il n’y a rien de plus que cela. »

S’il en était ainsi, l’industrie serait un jeu de hasard ou d’adresse d’où l’on ne pourrait jamais retirer au-delà de l’enjeu qui aurait été déposé sur la table; alors ce qui serait gagné par l’un devrait nécessairement être perdu par l’autre; mais l’industrie n’est point un lapis vert improductif de sa nature et sujet, en outre, aux refaits. C’est une terre abondante et fertile, toujours prête à donner ses fruits et à multiplier au centuple le grain que le laboureur lui confie ; mais en agriculture il ne sulfit pas, pour recueillir des gerbes, de jeter sur le sol quelques grains de blé , il faut encore semer en temps utile et sur un terrain préparé suivant les règles de l’art. Le cultivateur qui les ignore perd ses semences et ses soins; il en est de même de l’industriel sans lumières; une foule d’entreprises malbabilement ou malhonnêtement conçues se sont trouvées dès leur début frappées d’impuissance et, le lendemain de leur création, la question était de savoir qui en supporterait les frais. Mais ce n’est pas sur des cas malheureux et exceptionnels que l’économiste doit raisonner, pas plus que l’agronome ne doit compter spécialement et exclusivement sur les' trombes et sur la grêle. Il y a deux sortes d’entreprises, celles qui donnent un bénéfice net et celles qui rendent une perte sèche. Les premières seules doivent être suivies, et dans leur direction on ne doit, sous aucun point de vue, tenir compte d’autre chose que du produit net. C’est ce qui sera démontré dans le chapitre suivant ; mais avant de clore celui-ci , achevons de faire parfaitement comprendre ce qu’est

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