‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 25 sur 117 · DES HAUTS ET BAS SALAIRES · texte numérisé non relu

DES HAUTS ET BAS SALAIRES

l’ouvrier d’une dette de reconnaissance et de sujétion vis-àvis de celui qui l’emploie (1). Cette sujétion n’existe qu’en ce qui concerne le travail promis ; pour les souffrances que peut éprouver la classe ouvrière , ses maîtres doivent sans doute les secourir quand ils le peuvent, mais uniquement comme ils secourraient celles de tout autre de leurs semblables , ou comme tout autre secourrait celles-là.

Je ne veux pas dire que la proximité ne soit pas un motif légitime pour déterminer d’une part l’attachement, de l’autre la bienfaisance ; je dis que la qualité d’ouvrier et de maître n’ajoute rien à l’obligation qu’ont tons les hommes de se considérer comme frères , de s’entr’aimer et de se secourir.

Le travail est le produit de l’ouvrier, comme le fourrage et les céréales sont le produit de l’agriculture. Il le vend donc , comme le fermier vend ses récoltes et il doit , comme lui , calculer si ce produit ne lui coûte pas trop cher.

La force de l’ouvrier est considérée par le maître comme

(i) Lorsqu’un ordre social imparfait ôte le libre arbitre à une portion de l'espèce humaine et laisse à quelques-uns le soin de penser et de vouloir |)Our tous, il est de droit que les gouvernés demeurent à la charge des gouvemans ; les esclaves vieux, infirmes ou hors de service doivent être nourris par leur maître et ce n’est que justice; ceux qui ont eu le profit de leurs travaux doivent supporter les frais de leurs non-valeurs. Il n’en est pas de même dans un pays libre où chaque homme peut disposer de sa personne sans consulter et sans rendre compte. On ne comprendrait guère comment l’ouvrier qui aurait mésusé de sa force et de sa liberté réclamerait, comme un droit, sa subsistance d’une classe plus riche que lui , mais qui n’aurait eu aucune influence sur son passé. Si l’on donne aux pauvres des droits sur la fortune du riche, il faut forcément donuer aux riches des droits sur la conduite du pauvre, et alors on sort du système d’indépeudance qui peut seul aujourd’hui assurer le bien-être des prolétaires. Vouloir leur accorder une entière liberté d'allures et rendre d’autres qu’eux responsables de leurs écarts , les faire jouir simultanément des bénéfices de l’indépendance et des avantages de la servitude, c’est vouloir concilier des choses incompatibles et sortir complètement des règles de la justice et de la vérité.

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