DE CEUX QUI NE POSSÈDENT RIEN
sance de moyens pécuniaires que donnent les entreprises bien conçues et la force d’attention que produit l’intérét personnel , uni au désir de faire le bien.
Peut-être tirera-t-on de ceci deux conclusions qui sont bien éloignées de notre pensée. Ainsi, diront les uns, vous rangez parmi les hommes pernicieux ceux qui sacrifient leur fortune personnelle , sans espoir de bénéfice et dans l’intérêt seul des classes pauvres?
Ainsi, diront les autres, vous voulez que les richesses soient accumulées dans un petit nombre de mains et qi^ le pauvre n’ait pour ressources que les bribes tombées de la table du riche.
Relativement à la première objection , je dirai que les créations d’hôpitaux et les institutions de sœurs de charité me paraissent éminemment utiles et doivent attirer sur leurs auteurs l’estime et l’admiration générale, bien que les capitaux qu’on y consacre ne doivent jamais retourner entre les mains de leur propriétaire. Mais , comme la maladie n’est pas l’état normal de l’espèce humaine, on ne doit pus transformer en habitude ce qui n’est heureusement que transitoire et exceptionnel. Qu’il y ait des hospices pour les infirmes et les blessés, mais qu’il y ait des ateliers pour les gens valides et que l’ouvrier robuste ne soit pas réduit à choisir entre l’oisiveté et le régime de l’hôpital. On trouve des personnes si complètement absorbées par les œuvres de charité que la bienfaisance et l’aumône leur paraissent les seuls moyens de subvenir aux besoins des classes pauvres. Ces personnes manquent de lumière et il est nécessaire de modérer les effets de leur zèle; on doit pourtant leur en savoir gré : les bonnes intentions doivent être comptées à ceux qui ne peuvent pas offrir autre chose.
Relativement à la seconde objection , je dirai que les petites fortunes ne sauraient être trop multipliées. 11 serait à désirer que chaque ouvrier eût un petit pécule qui le sauverait de la miscro dans les temps difficiles et de la débauche
()ü DU PATRIMOINE DE CEUX QUI NE POSSÈDENT RIEN.
dans les temps d’abondance. On a depuis long-temps remarqué que l’ouvrier qui possède désire augmenter son avoir et que rien ne pousse plus à la moralité qu’un livret de la caisse d’épai^nes; mais, s’il faut de petites fortunes, il en faut aussi de grandes , surtout dans un grand état. Eu augmentant les ressources personnelles de l’ouvrier, il est bon d’augmenter aussi les revenus indirects qu’il tire du riche par son travail , et pour cela il faut augmenter la fortune du riche. Il s’est rencontré des politiques qui , ne comprei^nt pas l’augmentation générale des richesses par le moyen des entreprises productives, n’ont rien trouvé de mieux pour donner aux uns que de prendre aux autres. Tout s’est borné pour eux à une affaire de répartition. Si fon trouve, ont-ils dit, que quelque»-un» n’ont pat a^tez, il n’y a qu’à ôter quelque chote à ceux qui ont trop. C’était une doctrine peu compliquée et à la portée de toutes les intelligences; mais elle détruisait la propriété , l’industrie et toutes les bases sur lesquelles reposent les sociétés modernes.
Rétume du chapitre.
1° En quelques mains que se trouve la propriété, elle profite aux pauvres, soit en totalité, soit en partie; on ne saurait donc trop en augmenter la masse ;
2" C’est une ressource tout-à-faitsecondaire que d’en changer seulement la distribution ; c’est à sa production que les bons esprits doivent s'attacher.
3“ Le seul moyen d’augmenter la masse totale des richesses, c’est de pousser toutes les entreprises dans la voie du bénéfice net.
Les chapitres suivans seront consacres à examiner les points les plus imporians de l’industrie et de la législation françaises, et à faire voir en quoi ils sont défavorables ou avantageux aux progrès de la richesse.