‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 37 sur 117 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des résultats de la doctrine du produit net , tels que nous les montre l'histoire des siècles passés.

Quelques personnes objectent contre la doctrine du produit net sa prétendue nouveauté; elles pensent que c'est une invention de date toute récente- et que le monde a marché près de six mille ans sans qu’il en fût question. Cependant, pour tous ceux qui voudront étudier attentivement les enseignemens de l’histoire , aucun système n’est plus intimement lié à la prospérité des peuples célèbres de l’antiquité , aucune doctrine ne remonte à une époque plus reculée. S’il y a peu d’années qu’on en a fait une théorie et que son nom se trouve prononcé par les écrivains de l’économie politique, il n’en est pas moins certain que sa pratique remonte aux premiers âges du monde et que nous la voyons compagne inséparable du progrès des arts, des lumières et de la civilisation. Les peuples les plus éclairés de l’antiquité ont été des peuples commerçans. Tyr, Phocée, Carthage, Marseille, Corinthe ont dû au commerce leur richesse et leur renommée : or, le commerce , c’est la doctrine du produit net appliquée dans toute sa pureté.

Si nous passons à des temps plus rapprochés de nous, nous trouverons que le système du produit net a été pour moitié au moins dans tout ce qui s’est fait de mémorable depuis la chute de l’empire romain ; si l’on veut passer en revue les peuples qui se sont illustrés dans la littérature, les arts , la science du gouvernement , ou quelques autres des exercices de l’intelligence , on trouvera parmi eux les Vénitiens , les Génois, les Pisans , les Florentins, les Anglais, les Hollandais, les Américains : tous ces peuples ont dû leur splendeur à la doctrine du produit net ; elle leur a donné presque

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constamment le sceptre des mers et la gloire d'étendre leurs races bien au-delà des limites de leur pays.

Il se trouve des esprits qui préfèrent au rigorisme du positif quelque chose de plus vague et de moins défini : ces esprits s’amusent à placer la puissance là où ils ont placé leurs facultés et ils se croient sincèrement d’une nature meilleure et plus élevée , parce qu'ils n’estiment pas et ordinairement ne comprennent pas ce qu’il y a de plus réel dans la vie des peuples. Voici les reproches qu’ils adressent assez habituellement à la doctrine du produit net ;

1° Le produit net épaissit et appesantit les intelligences ; il circonscrit la sphère de l’esprit et en restreint l’activité aux opérations mesquines du comptoir ; rien de généreux à attendre de l’homme qui s’attache au produit net; plus d’élan, plus de premiers mouvemens, plus de sacrifices : tout est pesé, calculé, analysé, à la balance et au creuset.

2° Plus de résolution , plus de courage , plus de dévoùmeut; le bien-être occupeune trop grande place dans le cœur de celui qui cherche le produit net : les vertus militaires s’éteignent et sont remplacées par l’amour d’un gain sordide.

3” Plus d’amour des arts, plus d’imagination , plus d’idéal; les arts ne produisent pas, ils charment; mais le charme n’est , dans la vie de l’industriel , qu’un élément improductif, une superfétation.

On peut produire assurément de nombreux exemples d’égoïsme et de faiblesse intimement liés à la doctrine du produit net ; mais à quel système, à quelle croyance n’a-t-on pas accouplé, dans la longue succession des temps, tous les travers et tous les vices ? Le produit net est l’un des élémens les plus puissans de bonheur privé et public ; mais on ne peut le regarder comme une panacée universelle , comme un préservatif assuré contre toutes les influences et toutes les tentations. Quiconque s’attachera au produit net apportera dans sa carrière une cause de puissance et de succès , en ce sens que , toutes choses égales d’ailleurs , il devra

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