‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 40 sur 117 · DE I.A DOCTUIME DU PRODUIT NET · texte numérisé non relu

DE I.A DOCTUIME DU PRODUIT NET

tait toujours avec eux de gré à gré, ceux qui se plaignaient ensuite de leur avoir engagé ou vendu leurs biens à trop bon marché ne pouvaient disconvenir qu’ils avaient agi librement et consenti à la transaction sur laquelle ils voulaient revenir. Immense différence entre les Israélites et ceux qui les dépouillaient sans aucune apparence de justice!

On ne peut douter que la sécurité et la protection de la loi ne soient un des principaux motifs , comme une des principales récompenses de la probité -, les gouvernemens sont donc mal fondés 4 poursuivre dans leurs désordres ceux qu’ils ne protègent pas dans leur droiture et celui qui sait qu'on le traitera toujours comme un malhonnête homme doit être violemment tenté de le devenir. Que l’on compare de nos jours les Israélites vivant dans un pays libre et leurs co-réligionnaires vivant dans un état de dépendance ; on trouvera qu’en Orient ou en Afrique, par exemple, les Juifs ne valent pas beaucoup mieux qu’ils ne valaient en France au temps où on les traquait comme des espèces de bêtes fauves, tandis que les Hébreux domiciliés en France ne surpassent ni en cupidité ni en mauvaise foi les hommes d’une autre religion qui se livrent aux mêmes occupations qu’eux. Du moment où la Charte lésa assimilés à la population chrétienne, ils s’y sont assimilés eux -mêmes et, bien que de vieux préjugés les mettent encore dans l’opinion de quelquês-uns au-dessous des autres négocians, il serait probablement impossible de prouver d’une manière satisfaisante qu’ils diffèrent aujourd’hui pour la probité commerciale , soit des protestans , soit des catholiques. L’égalité devant la loi a produit en eux l’égalité devant la morale.

Ainsi leurs fautes ont été l’ouvrage des temps, mais leur conservation a été leur propre ouvrage : il faut qu’un peuple possède une force de résistance bien puissante pour se maintenir intact au milieu de persécutions et de violences sans cesse renaissantes. Les Israélites dispersés sur toute la surface du globe, sans gouvernement à eux, sans protection,

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sans aucun point d'appui positif, n’ont pas laissé de se maintenir en corps de nation, et ils ont offert en cela un spectacle unique dans les annales du monde: où ont-ils puisé la force de traverser autant d’épreuves? Quelle ressource a constamment réparé Jeurs pertes et effacé la trace de leurs revers? Aucune autre que la doctrine du produit net. Ils étaient à peine dépouillés , qu’elle leur venait en aide; ils restauraient rapidement les débris de leur fortune ; ils la reconstruisaient avec une persévérance digne d’une meilleure cause et d’un meilleur succès, car on les pressurait de nouveau , dès qu’on les voyait mûrs pour un second pillage. L’imagination a peine à concevoir qu’il soit physiquement possible de tirer autant d’argent qu’on l’a fait d’hommes placés dans une condition aussi désavantageuse que la leur(l).

On ne doit pas prendre ce qui vient d’être dit pour une justification de l’immoralité commerciale ; l’apologie de l’usure siérait mal dans la bouche d’un homme qui a consacré plusieurs années de sa vie à préparer les moyens de la restreindre ; mais c’est précisément parce que Je me suis efforcé de remédier à ses abus, que je crois être en droit d’en parler avec toute la liberté que peut donner la possession d’antécédens favorables, en ce sens du moins qu’ils établissent in-

(i) On me dira que les Israélites étaient le peuple de Dieu, et que leur conservation a été l’œuvre de la Providence : il ne peut pas y avoir de doute là-dessus; rien ne se crée, rien ne se conserve que par l’ordre de ta Providence. Mais la volonté de Dieu se manifeste plus souvent par des moyens ordinaires que par des moyens surnaturels; divine dans son principe, elle devient Ininiaine dans sà forme; je veux dire qu’elle s’exécute ordinairement sans miracle et sans que le cours des lois de ta nature soit suspendu.

Lorsqtie Dieu veut conserver un peuple, une plante, un animal, ou quelque autre objet créé, il n'envoie pas toujours un ange pour veiller auprès avec une épée flamboyante; mais il investit l’objet spécial de sa protection d’une force de résistance toute temporelle qui assure sa durée. Ainsi, si l’on veut connaître quels sont les moyens de conservation les plus efficaces pour les |>euples, il faut rcchercber quels sont ceux que leCréateura donnés aux nations dont il voulait éterniser l’existence.

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cunlesiabicmeai nia bonne volonlé et la pureté de mes intentions. Ce que j’ai voulu prouver, c’est que la doctrine du produit net contient assez de germes de puissance pour avoir empêché seule l’anéantissement d’un peuple contre lequel tout le reste semblait conspirer. Il n’en demeure pas moins incontestable qu’elle ne peut dispenser de la pratique des autres vertus sociales et en particulier de la probité et de la fidélité aux engagemens pris.

Si l’on doutait que la doctrine du produit net pût s’allier avec la culture des arts , nous citerions Florence et les Médicis.

Si l’on doutait qu'elle pût s’allier avec la délicatesse en matière d’argent, nous citerions l’antique Marseille, non telle que l’a faite la conquête romaine qui , en la privant de son indépendance , la priva aussi de presque toutes ses vertus, mais telle qu’elle était dans les jours de sa souveraineté. Les écrivains anciens s’accordent à nous présenter les Marseillais d’alors comme le modèle de la loyauté, de la gravité et de l’humanité éclairée.

Si l’on doutait qu’elle pût s’allier avec la vaillance militaire, nous citerions les cités de Flandre qui tinrent si souvent en échec les plus puissantes armées de la France et de l’empire ; mais pour faire mieux comprendre la situation de ces villes vis-à-vis des états militaires de leur temps, il est utile de parler d’abord de la rivalité constante qui a divisé dans tous les siècles les états guerriers et les états industriels.

La vie des peuples comme celle des hommes n’est qu’une lutte dans laquelle chacun s’efforce de conserver ce qu’il a acquis et d’acquérir ce qui lui manque ; le faible, l’ignorant, le négligent, succombent et voient leur propriété passer entre les mains du fort , du vigilant et du laborieux. Il est rare qu’une race d’hommes l’emporte à elle seule sur toutes les autres et sur tous 1^ points : ordinairement les facultés sont divisées, et ce qui est acquis par un moyen est reperdu par quelque autre voi* de sorte qu’il s’établit une balance outre

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