DES IMPOTS
a de lésion pour personne : les dépenses occasionées par l’enlrelien d’une armée raisonnable ou d’un corps judiciaire éclairé préviennent assurément plus de pertes qu’elles n’en causent : mais les gouvernemens envahissent fréquemment les fonctions qui doivent être réservées aux individus. Ils veulent tout exécuter par le moyen de leurs agens et se font manufacturiers , négocians , banquiers et architectes.
Or, ils sont presque tous éminemment impropres à remplir aucune de ces fonctions ; ils perdent sur des entreprises où d’autres qu’eux auraient gagné. Ils font une dépense double ou triple , pour obtenir de moindres résultats ; ils diminuent donc la richesse publique de toute la différence qui existe entre le produit tel qu’ils l’obtiennent et le produit tel que d’autres l’auraient obtenu.
Mais quand , par exception , le gouvernement se trouve plus éclairé que les peuples en matière d’industrie, il ne doit pas hésiter à exécuter lui-même, en se procurant de l’argent par l’impôt; l’impôt est alors productif, parce que le gouvernement , étant supérieur en industrie aux particuliers, produit plus qu’eux à meilleur marché; la richesse publique s’augmente donc par l’impôt de tout le surplus obtenu par le gouvernement.
Ce cas fort rare du reste se présente quelquefois quand l’administration d’un peuple nouveau se trouve remise aux mains d’une nation très éclairée : il est inutile d’ajouter que telle n’est pas la position de la France.
En résumé, l’impôt est une dépense productive dans certaines limites et improductive dès qu’il dépasse les bornes du nécessaire; les gouvernemens en ont fréquemment abusé et son abus doit être classé parmi les causes les plus actives de la misère.
118 DE l’obligation BU SERVICE MILITAIRE.
ÿ III, De l'obligation du sertice militaire,
La première des lois sur lesquelles repose la sécurité des empires, c’est l’obligation imposée à chaque homme de combattre pour la défense de ses foyers et de ceux de ses compatriotes. ]^ien ne peut dispenser de ce devoir sacré ; mais, si tout homme libre a des obligations à remplir vis-à-vis de son pays, ceux qui gouvernent ce pays ont aussi des devoirs à remplir vis-à-vis de l’homme libre. Ils y manquent toutes les fois qu’ils abusent de l’obéissance passive que leur doit momentanément le soldat; ils y manquent lorsqu’ils aggravent sans nécessité la charge déjà si lourde du service militaire et lorsqu'ils substituent ou ajoutent aux devoirs de cette profession des réglemens qui la rendent plus rude, sans la rendre plus utile.
Les armées européennes sont organisées sur des bases très différentes ; la plupart pèchent par une absorption trop complète du soldat et en ce qu’elles lui enlèvent non-seulement son présent, mais encore son avenir. Les classes pauvres qui sont en majorité dans les armées comme partout ailleurs sont obligées d’économiser dans leur jeunesse, si elles ne veulent pas subir de rudes privations dans un âge avancé ; c’est celte faculté d’acquérir que l’organisation militaire enlève ordinairement aux prolétaires. Ils ne peuvent mettre en réserve de bien grosses sommes sur leur solde qui , dans certains pays, s’élève comme on le sait à un sou par jour : on ne leur facilite pas les moyens de s’occuper d’autres travaux qui pourraient leur donner des ressources supplémentaires. Le soldat voit donc ses années d’activité et de vigueur s’écouler sans lui laisser rien d’acquis pour ses derniers jours. (1)
(i) Il n’en est pas ainsi chez tous les peuples ; l’Angleterre paie largement ses soldatset leur assiu% une retraite après un certain temps de service; mais le temps du scrricc occupe presque toute la vie active du soldat.
Digilized by CoogI
DU BRU'.ANDAGE.
Ce n’est pas tout : lorsqu’un conscrit a passé 8 ans dans l’oisiveté des casernes, il a perdu le goût et l’habitude du travail ; il a pris souvent en échange le goût du vin et de la débauche : il revient dans sa famille sans ressources, sans talent d’ouvrier et quelquefois détérioré au physique et au moral.
Dans les pays où les engagemens sont libres et très longs, en Angleterre, par exemple, les inconvéniens sont moindres; d’abord la recrue volontaire sait d’avance à quelle vie elle se voue et, comme elle n’est pas contrainte de l’embrasser, elle n’est pas en droit de se plaindre de la position qu’elle s’est faite de son plein gré ; ensuite, le service durant presqu’autant que la vie, peu importe que le soldat perde quelques-unes des vertus civiles qu’il n’aura plus l’occasion d’exercer; mais, dans les pays ou le service est forcé et où le soldat doit rentrer promptement dans la vie commune, c’est un double mal de lui infliger des privations inutiles et de le détourner des habitudes qu’il devra reprendre bientôt.
Lorsque le conscrit est arraché malgré lui à son repos pour porteries armes, on peut lui donner pour raison la nécessité de pourvoir à la défense du pays : mais lorsqu’il est, pendant toute la durée de son service , enlevé au travail et détourné sans aucune nécessité de l’exercice de sa profession, il y a destruction du talent qu’il avait laborieusement acquis, ce qui est le pire de tous les gaspillages.
§ IV, Du bfiganda^e,
Scs effets sont très multipliés ; mais ils rentrent tous dans un seul, la destruction de toute espèce de moralité, de tonte espèce d’industrie ; pour ceux des Français qui ne pensent guère qu’au moment présent, le brigandage en grand peut paraître une fiction, une espèce de création mythologique dont la réalisation est impossible. Cependant on ne doit pas perdre de vue l^que le brigandage le plus universel existe