‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 70 sur 117 · DU PASSÉ DE QUELQUES ÉTATS, ETC · texte numérisé non relu

DU PASSÉ DE QUELQUES ÉTATS, ETC

les grands chemins de l’industrie. Le peu de sûreté de ces chemins et la crainte continuelle d’y être détroussé en é}oignent la partie la plus nombreuse et la plus prudente de la population , et il en résulte un retard prodigieux dans les progrès de la richesse publique. Si l’on n’a pas perdu de vue que c’est sur ce progrès seul que peut être fondé l’espoir de détruire la misère dans l’avenir , on comprendra la nécessité l’urgence d’une réforme dans nos lois industrielles. Il serait trop long de les passer toutes en revue ; cependant, nous allons examiner quelques-uns de leurs points les plus importons.

$ I". Du passé de quelques états en matière de finances ; de t altération des monnaies j delà banqueroutem

Quels que puissent être les évènemens, le présent est toujours le fils du passé, et rien ne peut effacer en lui les traces des vertus et des vices de son père. Ceux-là tomberaient donc dans une erreur étrange qui diraient : Il ne rette rien de la vieille France, 89 a itmi renouvelé. La révolution a déplacé et refondu toutes choses, la France a été jetée dans un creuset ardent et coulée dans un moule nouveau ) mais on n’a pas changé la nature du métal; le plomb n’est pas devenu or et l’or n'est pas devenu plomb. On a changé les hommes, les familles et les institutions ; mais on n’a pas effacé le souvenir du passé ni rayé les pages de l’histoire. Interrogeons-les ; voyons quels antécédens nous ont laissés nos pères, et peut-être ensuite cesserons-nous de nous étonner des vices actuels de nos institutions.

La science du crédit est née d’hier; jusqu’en 1815, que trouvons-nous en France ? Des siècles de littérature, des siècles de. splendeur royale et tout le reste absorbé par la guerre. Qu’elle ait été très souvent glorieuse , c’est ce que nul ne saurait contester ; mais les siècles guerriers ne sont pas remarquables par le bon état des finances et le respect

Digilized by Googk

124 DU l'ASSÉ I)K QUELQUES ÉTATS

des engagemens pris. L’épée déliait de tout à cette époque qu’on appelle le bon vieux temps. Les chevaliers avaient plusieurs moyens pour se débarrasser de leurs créanciers ; les plus fréquemment employés étaient de les pendre jusqu'à ce que mort s’ensuivit, d’autres fois ils préféraient les noyer ou leur couper la tète ; mais, quant à ce qui est de les payer, la plupart aurait mieux aimé rester débiteurs toute leur vie. Ce n était pas toujours par avarice qu’ils agissaient ainsi; c’était souvent par excès de délicatesse et par scrupule de conscience. D'abord le créancier était quelquefois Juif, auquel cas il devait pour ce seul fait être frustré et mis à mort ; ensuite le prêteur était souvent un usurier ; comme on appelait alor$ ainsi presque tous ceux qui prêtaient de l’argent, il aurait même été difficile qu’il en fût autrement; or, l’usure étant un crime aux yeux de la loi et de la religion, on ne devait point encourager le criminel en le remboursant ; raisonnement lucratif et sans réplique , quand les débiteurs étaient nombreux et nantis de longues rapières ! Dans quelques siècles , on aura peine à croire que de puissantes monarchies aient subsisté au milieu d’un pareil ordre social; et pourtant c’était alors l’état normal de presque toute l’Europe.

Nous venons de parler des engagemens des particuliers, voyons maintenant ce que devenaient les engagemens de l’clat. La France ne différait pas sur ce point des royaumes qui l’environnaient ; or , nous les voyons tous liquider leurs dettes par trois procédés : l’altération des monnaies, la confiscation et la banqueroute ; il n’y a pas encore cinquante ans que nous les avons vus employer tous les trois simultanément. L’usage fréquent de pareils moyens en a diminue l’odieux aux yeux d’une masse de gens qui les regardent presque comme faisant partie du code politique. La banqueroute en grand parait si naturelle à quelques-uns, que l’industrie ayant éprouvé en 1839 une gêne considérable dans un état voisin de la France, plusieurs journaux liii conseillè-

Digilized by Googk

Page 1