‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 78 sur 117 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du gaspillage par la sottise d’autrui.

Il arrive souvent qu’un esprit de vertige semble s’emparer de ceux qui gouvernent la nation ; il n’y a pas d’erreur si bizarre qui ne soit entrée dans quelque tête royale et qui n’ait été payée, suivant la coutume, aux prix de l’or ou du sang des nations.

« Quicquid délirant reges, plectuntnr Aefaivi. »

Quelquefois ce sont les grands , d’autres fois ce simt les peuples (|ui paraissent saisis d’une sorte de transport au cerveau ; d’autres fois enfin, et c’est la pire condition de toutes, les rois, les grands et le peuple éprouvent à-la-fois les mêmes allucinations et s’élancent tous ensemble vers uH même bot chimérique. Ce dernier cas, heureusement assez rare, est le présage certain de quelque grande catastrophe ; mais, comme le titre du chapitre l’indique , nous nous occuperons seulement des deux premiers cas, ceux où les classes pauvres souffrent par la faute d’un ou de plusieurs autres.

Lorsque les hommes vivent isolés dans les déserts, chacun d’eux pourvoit comme il l’entend non-seulement à sa subsistance, mais encore à sa sûreté personnelle: il ne rend compte qu’à lui-même de ses actes r mais aussi il ne demande qu’à lui le redressement des griefs dont il croit avoir à se plaindre.

Sa liberté ne coupait pas de bornes ; mais sa sûreté n’a pas d’autres garanties que sa force individuelle et les armes dont il dispose; lorsqu’un homme ainsi isolé entée en contact avec d’autres hommes réunis et agglomérés autour ^d’un centre commun , il est évident que le grand nombre doit prévaloir contre l’unité : les homUies vivant en société i’em-

GASPILLACK

portent en toutes choses sur le sauvage et de là est venue, pour toutes les races humaines , la nécessité de se grouper autour de quelques chefs. En se donnant des niaîlrcs , elles ont dû nécessairement abdiquer quelque portion de leur liberté primitive ; en échange, elles ont acquis une augmentation de puissance, d’ordre et de sécurité.

La besogne du gouvernement est d’exercer, au nom et à la place des gouvernés, les droits qu’ils possédaient et que l’intérêt général les a obligés de déposer entre ses mains. Maintenir la paix entre eux et diriger la défense dans le cas d’agression étrangère , tel est le principal but de l’institution des gouvernemens. Cependant plusieurs droits dérivaient évidemment de la nécessité de veiller au salut de tous ; le plus grave était la disposition des ressources de la nation , jusqu’à concurrence de ce qu’exigeait les services publics. Chez les peuples civilisés, des dépenses accessoires tombaient à la charge des gouvernemens ; tels étaient les frais de représentation , les encouragemens aux arts , la dépense du culte et la construction ou l’entretien de quelques roonumens publics.

Ces différentes dépenses doivent être contenues dans certaines limites et proportionnées aux ressources de la nation. Mais l’équilibre est souvent dérangé par le goût prédominant du plus haut personnage de l’État. On a vu des rois ou des chefs de république saisis tout-à-coup d'un amour désordonné, les uns pour le plaisir, les autres pour l’architecture, d’autres pour les tableaux, d’autres pour la guerre , d’autres pour les cérémonies religieuses. Ils entraînaient alors l’Etat dans des frais énormes, et dépensaient avec des artistes, des maîtresses, des soldats ou des maçons, non-seulement le présent , mais encore l’avenir des finances. On a vu nombre de nations écrasées d’impôts et grevées d'une dette immense pour subvenir à des profusions, que réprouvaient également le bon sens et la morale. Plusieurs d’entre eux agissaient , du 'reste, avec une bonne foi Complète et ruinaient leur patrie

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en croyant rernienienl qu'ils travaillaient à sa gloire et à son agrandissement.

Il importe peu à la classe pauvre que ses ressources lui soient arrachées pour un but ou pour un autre, du moment où elles ne sont pas employées dans l’inlérét du pays.

Les deniers enlevés par des collecteurs ne lui manquent pas moins que ceux enlevés par des bandits et l’appauvrissement, pour être légal, n’en est que plus certain et plus univèrsel (1).

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