‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 8 sur 117 · HISÈRE PUBLIQUE ET PRIVÉE · texte numérisé non relu

HISÈRE PUBLIQUE ET PRIVÉE

qui doive le faire repousser : des motifs d’intérêt général viennent à l’appui des scntimens philantropiques, ceux qui ne secourraient pas la misère privée par bienfaisance devraient la secourir encore par égoïsme et dans l’intérêt de leur propre sûreté. La misère est épidémique et quelques hommes atteints du mal suflisent souvent pour le répandre au loin. Comme elle a été rarement considérée sous ce point de vue, il est nécessaire de faire comprendre par quels canaux s’opère la transmission du fléau. Nous allons examiner un seul de ces canaux, celui dont l’action paraît la plus fréquente; quelques calculs seront présentés : ceux des lecteurs qui désapprouvent les calculs appliqués û la bienfaisance voudront bien nous les pardonner en faveur de l’intention. Démontrer que la misère est contagieuse, c’est intéresser à sa destruction non-seulement les âmes sensibles aux maux d’autrui, mais encore celles qui ne sont sensibles qu’à leurs maux ou à leurs dangers personnels.

Lorsque nous serons arrivés à la question capitale des salaires des ouvriers, nous verrons que ces salaires se règlent de gré à gré entre celui qui les donne et celui qui les reçoit ; cette convention faite à l’amiable suppose de la'part des deux contractans : 1‘* une 'indépendance réciproque qui leur permet de se passer entièrement l’un de l’autre ; 2“ un besoin mutuel qui leur fait trouver de l’avantage à se rapprocher, bien que rien ne puisse les y contraindre. L’urgente nécessité ne peut pas produire un juste accord entre le propriétaire et le capitaliste. Si l’un des deux ne peut en aucune façon se passer de l’autre, il est livré à sa discrétion et il acceptera sans résistance les conditions les plus dures et les plus injustes; pour que l’ouvrier traite librement et sur le pied d’une espèce d’égalité avec le riche qui paie son travail , il faut qu’il ait quelque moyen de se passer de ce travail. L’ouvrier ne peut habituellement , et surtout dans sa jeunesse, posséder de grandes ressources; cependant ilapresquetoujoursdevantluiquelques légères économies qui lui permettent de suspendre son travail

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