‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 80 sur 117 · DU GASPILLAGE · texte numérisé non relu

DU GASPILLAGE

vantage ; gorgez de richesses un homiiie privé de raison , ii les gaspillera invariablemeui. Ce que vous verserez d’un côté ne manquera pas de s’écouler de l’autre. Ce n’était point une œuvre de pure invention que le tonneau des Danaïdes ; c’était un emblème comme tous les mythes de l’antiquité, et ce n’est pas sans motifs que les Français ont adopté le mot vulgaire de panier percé, expression énergique qui peint au naturel une variété de l’espèce humaine malheureusement trop multipliée chez nous.

Le désordre chez l’ouvrier a trois principales racines : l’ivrognerie, la vanité, les femmes.

Les uns dépensent en spiritueux, les autres en colifichets; les autres se laissent séduire par la meme cause qui perdit Salomon , bien qu’il fût , à ce qu’on assure , beaucoup plus sage et plus avisé qu’eux.

On doit compter au nombre des désordres occasionés par les femmes les mariages prématurés qui mettent de nombreux enfans à la charge du pauvre ouvrier.

La légitimité est une excuse devant Dieu , mais non pas devant la misère. Quand le besoin frappe sur une famille, il n’importe guère qu’elle soit provenue d’un contrat régulier et approuvé par l’autorité civile et religieuse. Ces circonstances n’arréteni pas la mortalité et ne rassasient pas les créatures affamées. ^

Doit-on préférer les liaisons illégitimes qui, souvent, remplacent pour l’ouvrier les liens du mariage ? On ne le peut sous aucun rapport ; les inconvéniens en sont les mêmes , avec l’immoralité de plus ; ce sont les liaisons illégitimes des' pauvres qui fournissent les enfans-trouvés, plaie hideuse de notre époque qui s’élargit à mesure que nous avançons. Ce que l’on devrait préférer, ce serait de mettre l’ouvrier encore jeune dans une position qui lui permît d’élever une famille ; celte perspective , si elle se présentait avec quelque ■ degré de certitude, lui donnerait la patience d’attendre Jus- , que-là.

PAR I-’lNCONplUlTB DE l’oüVRIKR. 1A8

La vanité et l’ivrognerie ne doivent pas être seulement combattues par l’éducation et les préceptes religieux : on doit s’appuyer contre elles d’une autre passion encore plus profondément enracinée dans le cœur de l’homme ; je parle de l’amour de la propriété. La difficulté des placemeps pour tes pefitcs sommes est la principale cause du désordre des • ouvriers, l’établissement des caisses d’épargnes a fait plus pour les moraliser que les prix Montyon et rétablissemeot des sociétés de tempérance. Cependant ce dernier moyen, employé subsidiairement, peut donner d’excellens résultats ; nous l’avons déjà dit, l’ouvrier français ne peut rien faire seul. L’expansion du caractère national est telle que les individus prennent presque forcément le caractère des masses;

■il faut donc agglomérer les bons senlimens et mettre en faisceaux l’esprit d’ordre et d’économie.

Il faudrait que la vanité de l’ouvrier fût retournée et qu’il la mît, nou à dépenser , mais à économiser plus que ses camarades ; il faudrait qu’il fît consister son orgueil , non porter des habits fins qui prouvent qu’il a beaucoup gagné, mais à montrer un livret de la caisse d’épargnes qui prouvât qu’il a beaucoup conservé (1).

(i) On me dira peut-être que leseentimens que je désirerais voir à l’ouvrier ne sont pas dan, s son caractère et qu’il ne peut trouver un motif d’orgueil dans un livret contenant des reçus.^ cependant le petit propriétaire montre avec fierté son champ, quelque exigu qu’il soit. Il est difficile de comprendre pourquoi la possession d’un rapilal rendrait l’ouvrier moins glorieux que celle d’une terre qui vaut moins.

Ce serait d’ailleurs aux dhefsde manufactures à éclairer sur ce point leurs ouvriers. Indépendamment des conseils qu'ils penvent leur donner tous les jours, il se présente de temps à autre des circonstances fâcheuses, mais inévitables, qu'ils devraient faire tourner aux profits de l’éeonomie et de la moralité, Le défaut de commandes force souvent à suspendre en partie les Iravanx et à renvoyer la moitié des ouvriers d’une fabrique. Pourquoi ne choi- - ' sit-on pas cenx qu’on veut conserver parmi les porteurs de livrets de la caisse d’épargnes ? cette mesure ne coûterait rien à personne ; elle serait avantageuse aux chefs de manufactures en ce qu'elle leur conserverait des ouvriers plus y

lUU BU GASPILLAGE PAR l’iNCONDLITE DE l’OUVRÎeR.

Il faudrait, enfin, le garantir par tous les moyens de l’influence de la camaraderie qui, parmi les ouvriers , pèse de tout son poids dans la balance du désordre. Un grand nombre d'entre eux se laisse entraîner par ceux qu’on appelle bons vivans ; ils ne se .contentent pas de boire ; ils font boire les autres et paient pour eux ; ils prêtent à des gens qui né leur rendent pas ; ils dissipent étourdiment les gains dont ils auront besoin plus tard et ils obtiennent en revanche la réputation de farceur et de bon garçon, dont ils sont infiniment flattés. Il vaudrait mieux leur, apprendre à estimer celle d’homme rangé, économe et sobre.

Msidus, le Iravaitleur le plus économe étant ordinairement aussi le plus laborieux. Ce serait en outre un utile avis pour l'avenir' et 'un encouragement qui ne manquerait pas son «ftet.

Mais nous voyons souvent an contraire les chefs de manufactures renvoyer les ouvriers qui possèdent quelque clioçe en disant : ils sont à leur <ûse, ils peuvent attendre, et conserver ceux qui n’ont rien, sous prétexte qu'Hs ont plus liesoin de travail que les autres. Il y a sûrement de la bonté de cœur dans ce rai.<onnement, mais il est de nature à décourager l'esprit d’ordre et de conservation. Si la possession d’une petite épargne est un titre pour être .expulsé d’uu atelier, ou peut étrè sûr que les ouvriers éviteront tous d’en avoir une; et si le dénuement, résultat de l’inconduite, est un titre pourobtenir du travail, ils's’efforceront tous d’en mériter, ' , -

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