‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 88 sur 117 · DES CORPORATIONS · texte numérisé non relu

DES CORPORATIONS

seuls le droit d’exercer un métier utile , ils doivent trouver un emploi continuel et régulier de leur industrie, puisqu’ils ne peuvent être troublés et dépossédés par l'invasion de nouveaux arrivans. Les conditions d’admissibilité imposées ' par les corporations et qui se composent d’un noviciat prolongé et d’expériences qui prouvent l’aptitude de l’ouvrier • admis, ces conditions sont pour le consommateur une garantie de la bonne qualité du travail. Tels sont les avantages incontestables des corporations ; mais là se borne leur utilité. Voici maintenant leurs désavantages.

Elles tendent à perpétuer les méthodes vieillies et devenues insuffisantes; elles établissent pour les ouvriers une sorte de niveau et les empêchent de s’élever au-dessus aussi bien que de tomber au-dessous ; elles s’opposent à l’esprit de • découvertes et de perfectionnemens (1). Ce sont là des circonstances fâcheuses pour les consommateurs. Elles peuvent le devenir aussi pour l’ouvrier, si d’autres pays non soumis au régime des corporations prennent l’avance des découvertes et s’assurent le monopole des marchés par la qualité supérieure et le bas prix de leurs produits.

Il faut remarquer, d’ailleurs, que le bien-être que les corporations assurent à ceux qui en font partie est acheté au prix du malheur qu'elles font peser sur le reste de la popu- ‘lation. Il n’existe dans chaque pays qu’une quantité donnée de travail ; en la réservant tout entière à quelques-uns, on Tête aux autres qui en ont pourtant un besoin égal. Il n’y a donc pas bénéfice pour la classe pauvre , mais seulement

(■} Od peut objecter qu'elles existent en Angleterre, terre classique du progrès industriel, mais d’abord elles ne s'étendent pas en Angleterre à tous les états, et ceux qui .sont le plus en progrès sont exempts de corporations; ensuite elles y produisent quelques inconvéïiiens que surmonte l’esprit actif et inventif de la nation.Voici un exemple des bizarreries qu’elles y ont créées; un carrossier ne peut pas fabriquer ses roues, ni payer des ouvriers pour les lui faire : il faut qu’il les achète toutes faites du fabricant de roues. Ainsi l'a décidé un desstatuta de la reine Elisabeth (Adam Smith, fFeaith o/ nations, Uv. I, ch. 10 a' partie).

DBS CORPORATIONS.

pour une partie de celte classe qui gagne ce que l’autre perd.

Les corporations me paraissent avoir toujours été moins une institution philantropique qu’une institution politique. Il serait possible d’en donner la démonstration, mais elle s’écarterait trop du sujet qui nous occupe.

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