‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 98 sur 117 · DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

DÉSINTÉRESSEMENT

pas saisie ? car elle était à leur portée ; ils pouvaient détruire leurs richesses et, sans avoir recours à ces moyens extrêmes, ils auraient facilement trouvé des gens moins dégoûtés qu’eux qui auraient consenti à les en débarrasser. Ils ont préféré les garder pour eux-mêmes, ce qui paraît démontrer sans réplique qu’ils en faisaient cas, en quelque sens qu’il leur plut, du reste, de discourir.

D'autres philosophes vécurent sans fortune et prêchèrent la pauvreté par leur exemple aussi bien que par leurs pa rôles ; mais lorsqu’ils disaient aux riches de leur temps : J’aime mieux vivre de raeinet que de prendre comme toi ta peine d être riche, on leur répondait : Si tutavaù comme moi l’art de te procurer de» riche fse», tu ne vivrait pat, comme tu le fait, de raeinet (1).

Il s’est présenté quelques exemples de pauvreté volontaire (il ne peut pas être question ici de la pauvreté évangélique, nous examinons la chose du point de vue purement humain, et non du point de vue religieux) ; mais ils sont en petit nombre. Les éloquens admirateurs de la pauvreté peuvent se diviser en deux catégories, les riches et les pauvres. Ces derniers ont habituellement anaihémalisé la richesse, parce qu’ils ne pouvaient pas se la procurer. Les premiers ont trouvé piquant de paraître mépriser l’opulence dont ils jouissaient : ils ont pensé que, placés dans une position élevée, ils frapperaient d’étonnement le vulgaire en ayant l’air de la fouler aux pieds. Ils ont réussi en partie et leurs discours nous sont restés comme un monument, sinon de leur sincérité, du moins de leur éloquence.

Le mépris complet de la richesse est un sentiment radicalement absurde, de quelque côté qu’on veuille l’envisager. La richesse est , pour celui qui la possède , un moyen d’action ,

(i) Voici la conversation littérale telle que les anciens nous l’ont conservée : > J’aime mieux vivre de racines que de flatter comme toi, les grands. » » Si tu savais flatter lel grands, tu ne vivrais pas de racines. »

ET SE l’amour ds$ richesses. 307

d’indépendance, d’instruction et de bonheur. Ce ne sont pas là des choses ù dédaigner; niais s’il se trouvait quelque homme assez malheureusement organisé pour ne pas en sentir le prix, il devrait désirer la richesse pour les autres et dans le dessein de distribuer ce dont il ne saurait pas jouir. Que l’on mette de côté tout usage personnel des richesses : ne peuvent-elles pas être employées à faire du bien? L’homme riche n’est-il pas en mesure de se rendre utile à ses semblables, et ne voit-on pas des malheureux sans nombre qui ne peuvent être secourus que par ceux qui possèdent au-delà de leur nécessaire?

Il est certain que la richesse apporte avec elle des tentations et des dangers : elle a séduit et corrompu souvent ses maîtres; mais cela ne prouve pas qu’il ne soit pas utile de la posséder ; on en peut seulement conclure qu’il est imprudent de se laisser posséder par elle.

Aujourd’hui, la richesse est un des élémens nécessaires de puissance et de conservation pour les peuples et ceux d’entre eux qui la repousseraient par système prépareraient, dans un avenir plus ou moins éloigné, leur propre décadence et leur asservissement. Plus une nation prise en bloc possède de richesses, plus elle est forte et prospère. Or, la richesse nationale n’est que la collection des richesses privées ; donc les richesses privées doivent être augiqentées autant que possible, puisque c’est leur agglomération qui forme le total de la richesse du pays.

Le premier moyen à employer pour àugmenter la richesse privée, c’est d’inspirer à son propriétaire le désir de la conserver et de l’agrandir. Le mépris des richesses, communiqué à tous les capitalistes d’un pays, aurait pour effet immédiat l’amoindrissement ou la disparition de toutes les fortunes ; une détresse générale en serait la suite ; car une nation composée de pauvres ne saurait être qu’une pauvre nation.

L’amour des richesses ne doit Jamais être développé à tel

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